Dans l’ombre du voisin saint cyrien qui règne sur la D2, l’U.S Joué les Tours, club honorable de Pré Nationale, réalise un parcours sans faute en Coupe de France. L’occasion était belle de donner un coup de projecteur sur ce parcours qui fait office d’évènement dans la Jocondie…
Autant le dire d’emblée, pour sa rencontre avec l’entraineur de l’équipe fanion, votre narrateur avait prévu un papier classique avec ses petites questions d’écolier… Et puis, dès l’arrivée à la salle, un petit bonhomme vous accueille avec un sourire de bienvenu. Des yeux "océan", un bonnet roulé et vissé sur une tête de bonze, on accorderait volontiers à Philippe Griet dit «Philou» (1), un destin de pécheur qui «taquine la sardine vers Messine ou bien chatouille le hareng du coté de Lorient...».
Que nenni, dans le civil, l’ami "Philou" est chargé d’études dans la signalisation routière, autoroutière et urbaine auprès d’une entreprise reconnue dans le département… Ca chauffe sous le bonnet finalement… Les premiers échanges sont prometteurs… Y’ a du Michel Audiard dans le texte, les réparties fusent… On se croirait dans « Un Singe en hiver », « les Tontons flingueurs » ou « Le cave se rebiffe… »… Dare dare, je révise les plans. L’occasion est trop belle…Actuellement, tout le monde s'extasie sur « Avatar »… Moi, j’ai trouvé mon personnage !... Chacun son univers… Silence, on tourne !...
Scène 1 : « Le club »
« C’est Jean Pierre Matarazzo qui a lancé l’aventure en 1969 » nous confie «Philou» tout en lançant sa séance d’entrainement. Devant nous, les joueurs se lancent dans un foot en salle en guise de mise en bouche… Aussi à l’aise que des rugbymans sur des patins à glace ou bien des hockeyeurs dans un magasin Lafayette, rayon porcelaine…, nos amis les handballeurs, balle au pied… « Matarazzo, c’était un avant gardiste… A son époque, il avait compris que le hand devait se fédérer. Dommage que tout le monde n’ait pas suivi… ». Aujourd’hui, c’est Pierre-Henri Laveyrat, un monument dans le Landerneau handballistique du 37, qui est aux manettes du club. D’ailleurs, il nous a rejoint : « l’U.S. Joué, c'est 274 licenciés, un club qui vit, avant tout, sur les valeurs humaines et qui s’appuye sur des passionnés. Un budget de 75000 euros, des équipes jeunes quasiment toutes représentées en région et une équipe féminine (coachée par le sympathique Cyril Bourges) qui, en tête de sa poule de pré nationale, peut viser la N3 ». De son pupitre, « Philou » supervise et lance « Hé, les gars, visez plutôt les cages que le bardage, le toit va nous tomber sur la tête… ». En pleine forme, le « Philou »…
Scène 2 : « L’équipe fanion »
Philippe Griet reprend les rênes : « Avec un groupe de 22 joueurs et 3 gardiens, cette année, c’est Byzance… il a fallu faire l’amalgame avec 5 arrivées et ce, après une saison très moyenne. Je crois que la mayonnaise a pris. ». Il demande confirmation à la troupe venue se rafraichir et enfiler des chasubles multicolores… « Nous avons connu une belle entame de championnat, puis un coup de mou. Actuellement 6ème, je pense que nous pouvons mieux faire. Joué, finalement, c’est l’équipe qui peut battre tout le monde (Dreux, le SCT) et perdre aussi contre tout le monde (Vierzon, l’Escale d’Orléans) » constate « Philou », pour poursuivre. « D’ici la fin de saison, on peut viser le podium. Nous venons de récupérer Simon (Dupont), absent deux mois. Il faut dire que je ne peux pas avoir l’exigence d’un Canayer, d’un Berthier. En amateur, l’effectif ne peut pas être au top de septembre à juin… ».
Scène 3 : « La Coupe de France. »
D’emblée, le « Philou » ressort la grosse artillerie : « La Coupe, c’est le cauchemar du président !... coté finances. Plus on avance, plus on se déplace et plus on dépense... D’ailleurs, il a vendu sa maison et pris un abonnement à " FIL BLEU" ! … ». « El President » sourit et embraye : « Cela représente 8 % du budget. Ce n’est pas neutre. La fédé aidera mais on ne sait pas comment et à quelle hauteur. Mais l’aventure est belle. Aller à Nuits St Georges, partir à midi et revenir à 6h du mat’ avec la qualification en poche, ça laissera des souvenirs, un voyage de 900 kms… A chaque problème, on trouvera une solution. On se demm… » conclut le président. "Philou" jubile...
Et le voilà qui revient aux vérités du terrain et aux vertus de Dame Coupe : « La nouvelle formule est sympa. Tu joues et avances avec des équipes de niveau régional. Tu montes en puissance. Avant, tu jouais « Trifouilli les oies » et après une Nationale… Maintenant, cela donne des matchs aux couteaux. Nous avons gagné des rencontres d’un but. Cela décuple l’envie et donne de l’adrénaline qui se répercute sur le championnat (victoire contre Dreux, leader et St Cyr, prétendant à la montée.). Et puis, si tu passes le tour prochain (tournoi à quatre à Sens) (2), ensuite c’est direction Montpellier !... Les gars n‘ont pas envie de s’arrêter en si bon chemin… » se réjouit « Philou » tout en lançant un regard complice vers son président …
Scène 4 : « L’entraineur »
53 ans au compteur, dont 43 dans le hand, « Notre « Philou », il est tombé dedans tout petit… » glisse Pierre-Henri Laveyrat avant de nous souhaiter bonne continuation et de regagner gentiment ses pénates. « Philou » coupe à pique : « je préviens Pierrot souvent : fais attention « Pierrot », tous les clubs où je suis passé, ont disparu et leurs présidents avec !... » Et tac !... « Je lui conseille toujours de bien prendre sa tension !... ». Attention, pas de lézard, le duo s’apprécie. Ce n’est pas « Boule et Bill », ni « Tic et Tac » mais plutôt le tandem bourguignon Jean Claude Hamel et Guy Roux version jocondienne.
« Oui, après avoir évolué à l’ASPO, au TEC et au HBCT, j’ai rejoint Joué en 1990. 20 ans, ça fait un bail. La passion est intacte. Ma longévité, je la puise dans la fidélité. A Joué, c’est 20 CDD d’un an !... ». Du pur Audiard… avant de renchérir : « C’est de l’aventure humaine avant tout. Il faut s’attacher à des choses autres que le hand et le résultat. Faire un barbecue, la galette, une sardinade, ça fédère et permet de créer un esprit… C’est fini le temps où le gars aura joué toute sa carrière et finira à 40 ans, cassé de partout, dans son club de toujours ». Une pose pour mieux relancer « Tiens, regarde le « Jéjé » (Jérôme Payet). A son garage à 7h et à 21h 30, il plonge pour arracher un ballon. 37 ans," le gonze". Et l’autre, là-bas, 7ème année de médecine. Y’a des dimanches où il n’est pas frais après sa nuit de garde… mais, il est là, quand même, l’intello… C’est ça qui te fait durer. Comme je dis toujours, « On ne peut pas toujours gagner le Tour de France mais au moins rafler de belles étapes… » (Elle n’est pas belle, celle là…). Il faut que chacun y trouve son compte, ne pas oublier que nous sommes dans un monde amateur. Là, devant nous, il y a un commercial, un étudiant, un couvreur, un chauffeur, un garagiste… c’est cet hétéroclisme qui te fait avancer, durer. Je pense qu’il faut du cœur, des valeurs, des compétences pour continuer. Vivre avec de la passion… c’est pour cela que je rejoins l’esprit anglo-saxon et celui du rugby… ». Le temps défile « O’ temps, suspend ton vol » serait-on tenté de lancer pour reprendre Lamartine… Il n'y a rien d'évident sur le tarmac où le collectif sue à grosses gouttes. En un tour de main, « Philou » a remisé sa chaise sous le pupitre mais ne siffle pas pour autant la récré !... Il me tape sur l’épaule, tout en glissant : « Allez, on va prendre une mousse !... ». Pas de refus, car si d’un coté, la source à répliques se " tarit", et encore !..., le poignet de votre serviteur, lui, est dans le rouge…
Scène 5 : « On refait le monde… »
Nous voilà, dans le Club House… La capsule à peine "sautée", deux-trois gorgées et notre « Philou » qui redégaine : « Ca sent la ferraille, ici !... » en allusion aux trophées qui ornent les murs bleu défraichi du lieu… Je remarque 2-3 trophées en verre (magnums de Vouvray vides !...) et là, j'en profite pour prévenir :« moi, je préfère ceux-là !... mais pleins… ». Rires complices !... Hé oui, moi, aussi, je peux avoir de la réplique… Nous poursuivons entre discussions et avis sur l’économie locale, le monde sportif tourangeau, le destin de "Doudou" Karaboué. Petit à petit, le poil encore humide, la clique à « Philou » vide les vestiaires, se désaltère rapidement, salue son maitre et s’évade dans une nuit noire et froide. Le mentor en profite pour en placer une dernière : « Ah, les jeunes, ça tourne à l’eau toute la semaine et le weekend… bien la peine !... » Intarissable le « Philou » En personne polie, je salue tout ce petit monde plein d’humanisme. On aurait bien continué à disserter avec Maitre « Philou ». Seulement, demain, il y a école !..., enfin travail si vous préférez...
Scène 6 : « Clap de fin… »
Dehors, les degrés sont négatifs mais, à l’intérieur, ça bouillonne… Toute à l’heure, « Philou » fermera son « Cinéma Paradiso ». Une chose est sûre, ce ne sera pas « La dernière séance »... Il réajustera son bonnet sur son crâne reluisant mais n’enfilera pas encore de ciret jaune. Sa prochaine destination n’est toujours pas prévue pour Messine, ni Lorient mais plutôt vers Sens en espérant qu’elle en ait un... Il se fout, « Philou » des contraintes du déplacement envié et enviable dans l’Hérault… Il avait prévenu plus tôt l’ami Pierrot, qui, à cette heure, ne compte pas les moutons mais les euros !...: « Montpellier, c’est pas un souci, y’a untel et untel à tel endroit… ». "Les pécheurs ont des femmes dans chaque port" dit la légende. « Philou », lui, c’est des amis un peu partout… Et ce n’est pas une légende… Encore une belle occasion pour refaire le monde !... Sacré « Philou » va !...
Christophe Poupault.
1. Surnom de Philippe Griet. De tout temps, c’est « Philou ». D’ailleurs, la soirée le confirme. A croire que personne ne connait son nom et son prénom !...
2. Le 21 février, 16ème de finale à Sens contre Chaussin (Franche Comté). Si victoire, 8ème de finale contre le vainqueur de Dreux / Palente-Orchamps (Franche Comté). Le vainqueur ira faire les phases finales à Montpellier. On brûle, sagement, un cierge …
LE CASTING
Les acteurs :
Gardiens de but : Girard Romain, Royer Pierrick, Zephir Romain.
Pivots : Payet Jérôme (capitaine), Velasco Jonathan.
Ailiers : Coupireau Frédéric, Zephir Thibault, Pasquier Quentin.
Arrières : Figard Ugo, Dervieux Benjamin, Bingler Romain, Dervieux Guillaume, Dupont Simon, Nicolle Fabien, Ilahayane Driss.
Le metteur en scène : Griet Philippe, pardon " Philou"...
Le régisseur : Laveyrat Pierre-Henri
Le chroniqueur : Poupault Christophe, correspondant "Handzone" et prochainement de "Première" et "Des cahiers du cinéma"...