Au centre de bien des débats depuis quelques semaines, Bruno Martini donne quelques éclaircissement sur son futur et engage une vraie réflexion sur ce que doit être la position du handballeur professionnel. De sa genèse avec l’épopée des « Barjots » jusqu’à aujourd’hui, une analyse qui colle parfaitement avec le personnage : accomplie, réfléchie et sans concession. Des propos qui ont toujours pour objectif de faire avancer les choses pour celui qui, à 37 ans, reste un des plus gros compétiteurs au Handball. Celui pour qui tout doit commencer avec l’apprentissage du haut niveau et finir avec la transmission du savoir acquis.
Nîmes, quels souvenirs, quelles valeurs, quels enseignements ?
Bruno Martini : Nîmes, c'est un beau parcours sportif, une aventure avec des joueurs qui possèdent un cœur énorme et un vrai potentiel de Handballeurs. Cette aventure de deux saisons fut vraiment très enrichissante avec des gens qui méritent le détour, des personnes qui se mettent au service du collectif sans se prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Le genre de joueurs qui sont entrain en de disparaître avec la professionnalisation de ce sport.
Personnellement j'étais venu à Nîmes pour un projet sur la durée, mais j'ai très vite compris dans la saison en court que je ne faisais plus partie des plans à long terme de l'USAM. Cela fait un peu mal au cœur quand tu sais que tu as quitté un club comme le Paris HB qui venait d'accéder à la Champion's League, mais il faut faire avec ! Même un peu amer, sans contrat, tu ne peux pas te permettre de mettre tout sans dessus-dessous. L'aventure va s'arrêter là, dommage pour les joueurs et les personnes que j'ai énormément apprécié dans ce club, mais cela fait partie du monde du Handball maintenant, je ne suis pas sur que je peux y changer grand chose.

Photo : J.Y. Lhors
Alors Montpellier ? Pourquoi, comment et sinon ?
Bruno Martini : Maintenant je suis en discussion avec le staff du Montpellier HB, une aventure qui me donne envie c'est évident, mais rien n'est fait au jour d'aujourd’hui même si le décor est bien planté si cela se concrétise. Pour moi et pour le MHB les choses sont claires, si je rejoins ce club, c'est pour être derrière Doudou (Daouda Karaboué), aujourd'hui il est le N°1 indiscutable à Montpellier et c'est totalement justifié. Je serais là pour le seconder avec toute mon expérience mais pas pour lui faire une guerre de performance qui ne serait pas forcément utile. Après cela, le deuxième axe du projet est d'amener Vincent Gérard tout doucement au très haut niveau. C'est un jeune gardien avec un talent évident, mais il n'a pas encore le bagage suffisant pour affronter le top européen, j'ai vraiment envie de lui transmettre ce que je connais, ce que j'ai appris moi quand j'étais au contact d'un certain Mirko Basic à l'OM, celui qui fait encore référence dans les buts 15 ans plus tard. C'est pour moi un des aspects essentiel de ce jeu, transmettre ce que les autres t'ont transmis, un rôle qui me tient à cœur depuis longtemps.
Maintenant, si le décor est bien planté et les choses très claires, il reste que le MHB doit d'abord régler des dossiers internes avant que cela ne se formalise. Je n'ai pas de proposition établie, je suis tributaire en particulier du sort de Marouene Maggaeiz et de la masse salariale du club. Mais avoir un projet aussi ambitieux à 37 ans pour jouer à très haut niveau, oui c'est quelque chose qui me séduit.
Après, si cela ne se fait pas il ya quand même de grandes chances pour que ce soit la fin de la route sportive pour moi, pour plein de raisons, ce projet est un vrai objectif, mais sans doute le seul qui se présente qui me donne vraiment envie de continuer.

Le handball professionnel aujourd'hui ?
Bruno Martini : Aujourd'hui le handball professionnel est entrain de perdre une partie de ses valeurs. Et même si les joueurs n'ont plus les attachements et le respect pour les clubs, pour moi la faute ne leur en n’incombe pas. Ce sont les dirigeants qui font les valeurs, ce sont eux qui donnent l'image, ensuite les joueurs ne font qu'adhérer à ces projets. Pour moi c'est quelque chose d'anormal, il faut remettre le joueur au centre des attentions et des valeurs. Mais le système du handball professionnel peut rapidement devenir pernicieux, il ne peut se développer qu'avec du marketing, des salles pleines, des audiences, c'est une chose évidente, mais en ce moment c'est presque devenu inhumain, on demande de l'exemplarité et un engagement de tous les instants à des joueurs qui pour beaucoup touchent 1000 euros par mois ? Est-il possible d'être pro dans ces conditions là ?

Photo : S. Lebègue
1995, une génération qui disparait peu à peu ?
Bruno Martini : Que dire ce cette génération qui n'a pas été déjà dit, sans elle le handball français n'en serait certainement pas là, ils ont été le phénomène déclencheur, c'est une évidence, mais tout cela portait en soit ses propres limites, tout était trop excessif pour que cela perdure vraiment ! Cette génération était exceptionnelle à pratiquement tous les points de vue, capable de décrocher le premier titre de champion du monde d'un sport collectif français et de perdre dans la foulée face à la Belgique, avec un match totalement destructeur pour le groupe, le genre de chose inimaginable ailleurs. Mais au final c'est parce que ces joueurs étaient tout sauf lisses qu'il a transmis tant d'émotions, rien n'arrive vraiment au hasard en sport, c'est un formidable vecteur d'émotions et les émotions, tu ne les a pas avec des joueurs trop lisses. Maintenant si ce groupe possédait les gènes de sa destruction il a aussi fait changer la donne pour le handball en France. Une des clefs de ce changement a été la capacité de Daniel (Costantini) à savoir le gérer, il avait et a toujours une très forte personnalité, mais il a parfaitement su accepter que les joueurs se retrouvent en pleine lumière.
Reste que ce qui a été fait par tous ces joueurs sera à jamais là comme la première fois, même si nous ne sommes plus beaucoup sur les terrains et que la fin approche, que la suite appartient aux nouvelles générations, à nous de transmettre le meilleur de tout cela pour que le handball français continue à progresser tous les jours.