Face au Kazakhstan, la France savait que les choses seraient peut-être un peu plus compliquées que la veille face à l’Argentine, mais que de toute façon la victoire était impérative pour jouer le lendemain l’esprit tranquille face à une Croatie vainqueur aisée de l’Argentine la finale de cette poule et le droit de partir vers Metz avec le pécule d’une victoire à l’entame du second tour. Pour rendre le match facile, il fallait avant tout faire courir une équipe Kazakhe qui ne brille guère par ses ressources physiques. Jouer concentrées en défense, bloquer le jeu avec les deux pivots, monter les balles récupérées ou arrêtées par la paire de gardiennes et savoir être patiente sur une défense très solide au centre mais plus friable sur les extérieurs, notamment sur les ailes.

Et les Bleues allaient jouer la première mi-temps sur un rythme très cyclothymique, tendues d’entrée de match, mais tout de même moins que la veille face à l’Argentine, se lançant enfin dans le match au grès des arrêts de Valérie Nicolas et faisant courir les asiatiques. Plus compliquées sur attaque placée ou les arrières avait tendance à venir défier les gros gabarits centraux, réussissant enfin à décoincer la machine sur la base arrière, avec notamment une Sophie Herbrecht très en vue sur le tir de loin, puis variant les plaisirs défensifs avec brio avec une 4-2 sortie du temps mort d’Olivier Krumbholz ou Véronique Pecqueux Rolland et Stéphanie Lambert faisaient plus que des misères aux grands gabarits adverses. La France jouait en courant alternatif mais au final avec suffisamment d’ampères dans les tuyaux pour décrocher peu à peu cette équipe du Kazakhstan.

Le rythme donné par les Françaises commençait à donner le tournis aux Kazakhes, les bras commençaient à plus servir que les jambes en défense et les accrochages qui en découlaient faisaient quelques dégâts dont Siraba Dembele allait être la victime la plus visible avec une sortie sur une grosse béquille à la cuisse droite. Mais l’addition continuait à enfler, pas de façon démesurée car les échecs récurrents au shoot ne facilitaient pas la chose, mais tout de même de façon assez sensible pour que l’avantage de 5 buts à la pause donne quelque assurance pour la fin du match. Restait à se re-concentrer sur la base défensive, car sans une superbe prestation de Val Nicolas, les choses n’auraient sans doute pas eu cet aspect à la pause. La mine assez renfrognée à la fin de la première période d’Olivier Krumbholz en disait assez long sur ses intentions de recadrage dans les vestiaires.

Mais malheureusement la concentration restait toujours à géométrie variable pour les Bleues et ces échecs bien trop répétés aux tirs finissaient par avoir raison des bonnes intentions offensives tricolores. Le coach français était obligé de prendre son temps mort très rapidement, au bout de 10 petites minutes de jeu et un écart réduit à 4 unités. Un temps payante cette nouvelle remise en place du jeu tricolore n’allait pas avoir d’effets sur la durée. Retombant un peu trop dans le rapide et l’à peu près, les Françaises ne pouvaient capitaliser sur une fatigue kazakhe devenue pourtant évidente. Hésitant à tenter le défi en fin de montées de balles, ne trouvant que de façon parcimonieuse le cadre des buts adverses, les Bleues ne pouvaient encore une fois profiter de la bonne prestation de leur gardienne, devenue pour la deuxième période, la très calme mais très efficace Amandine Leynaud.

Continuant à faire tourner son effectif pour trouver la bonne alchimie de jeu, Olivier Krumbholz relançait la paire Myriam Borg – Véronique Pecqueux Rolland dont les habitudes de jeu donnaient quelques jolies solutions à la deuxième nommée, quelques ballons de montée de balle étaient enfin exploités de bonne façon et le décrochage tant attendu arrivait mais à après 50 minutes de jeu un peu pénible pour une salle pourtant encore une fois exceptionnelle d’envie, de joie d’être là et de soutien inconditionnel à ses Chimènes.

Au final, la victoire est incontestable, mais pour la manière il reste quelques doutes quand même. Certes cette équipe du Kazakhstan est loin d’être peuplée de « manchotes », mais tout de même la France aurait pu et du faire un peu mieux si la sensation d’avoir réussi de façon pleine et entière son entrée dans le mondial n’avait pas éclipsé un peu trop l’envie de bien faire sur ce match. La France aura fait un tout petit mieux que la Croatie face au même adversaire, cela ne veut pas forcément dire grand-chose, mais quand même cela prouve que le match face à ces Croates sera tout sauf une formalité et qu’il faudra sans aucun doute beaucoup plus de rigueur, notamment dans la qualité de shoot, pour ne pas subir une grosse déconvenue et partir à Metz en culottes plus que courtes.

A Pau, Palais des Sports
Le 3 décembre 2007 à 20h30
France – Kazakhstan : 31 – 21 (Mi-temps : 17-12)
6 000 Spectateurs
Arbitres :
MM Andorka et Elbeltagy
Réactions d'après match :

Isabelle Wendling :
HZ : Ce fut un match difficile, notamment pour les plus jeunes. Comment leur apportes tu ton expérience ?
IW : J’essaie de rassurer les plus jeunes. On essaie de dédramatiser. Nous aussi au premier Mondial, on a vécu cela. Leur plus gros problème, en fait, c’est le fait qu’elles restent sur un échec. Elles ne doivent pas s’appesantir et se relancer. Il faut alors se raccrocher aux bases.
HZ : Ont elles trop pensé à la suite ?
IW : Je ne sais pas, on prend les matches les uns après les autres et aujourd’hui, on est qualifiées !
HZ : On vous a vu varier les défenses ? Jouer aussi en 2/4 ?
IW : On les alterne pour travailler.Si on joue les Russes, par exemple on ne pourra pas défendre en 6/0. On a essayé un peu la 2/4, cela dynamise aussi le groupe mais on ne peut pas la tenir tout le temps.Elle mange de l’énergie.
HZ : Deux gardiennes qui assurent, C’est le top !
IW : Elles sont très complémentaires, c’est rassurant. Amandine joue son rôle à merveille. Elles s’entendent très bien.
HZ : Comment vis tu cette compétition, peut être la dernière avant Pékin ?
IW : Je la vis très bien.Je savoure.Ce sera sans doute le dernier Mondial, mais on pense fort aux jeux. Cela ne s’arrête pas la pour l’instant !

Valérie Nicolas :
HZ : Es tu inquiète après le match de ce soir ?
VN : Non, pas du tout. Les jeunes sont en courant alternatif mais c’est normal avec le stress. Elles doivent se libérer. Elles se mettront au diapason. Pour l’instant Véro, Sophie et d’autres sont bien mais les différences vont s’annuler. Les gros matches, on sera la !!
HZ : Tu es un peu le baromètre de l’équipe, on t’a vu très heureuse quand tu effectuais plusieurs arrêts de suite.
VN : Je dois rentrer encore plus dans ce Mondial. J’ai besoin de ces sensations, cela fait du bien.
Olivier Krumbholz :
OK : Ce fut un match difficile à l’image de l’entraînement de ce matin. Heureusement les anciennes sont bien rentrées dans ce Mondial. On va être obligé de s’appuyer sur elles. Certes il y a sans doute un problème de concentration, mais au niveau du tir, c’est sur du long terme, dans les fondamentaux du duel Tireur / Gardien que cela se passe. Camille, par exemple est passée à coté de son match. Elle ne tirait même pas dans le but ! Au moins 3/4 en dehors du cadre !!
HZ : Etes vous inquiet ?
OK : Inquiet, oui mais on est la pour les aider. Hier, elles s’entraînent bien et jouent bien et aujourd’hui tout est inversé surtout chez les jeunes ! On va essayer de les relancer. Elles ont manqué de lucidité. Mentalement, elles se sont mises en difficulté. Si l’adversaire avait été plus fort, on aurait eu du mal à s’en sortir.
Hier il y avait l’envie de bien rentrer dans le match, la peur. Aujourd’hui on a manqué de concentration. C’était évident qu’on gagnerait ces deux premiers matchs , sans faire injure aux adversaires, mais je ne suis pas content du tout du deuxième.
HZ : Les changements défensifs effectués pendant le match, c’était pour travailler les dispositifs ou pour dynamiser ?
OK : Les deux, on défend pour travailler et on a voulu dynamiser. En fait, quand on peut, on essaie de défendre avec l’équipe avec laquelle on attaque, pour limiter les changements. Aujourd’hui on a eu une stratégie minimaliste.
Statistiques du match :
France
Gardiennes :
1 LEYNAUD Amandine 30' 5/13 dont 0/4 pen.
16 NICOLAS Valérie 30' 10/22 dont 1/3 pen.
Joueuses :
3 LAMBERT Stéphanie
4 KANTO Nina 2/3
5 AYGLON Camille 1/7
7 PINEAU Allison 2/4
8 PECQUEUX ROLLAND Véronique 5/6
10 HERBRECHT Sophie 9/15 dont 4/4 pen.
11 CANO Stéphanie 2/3
13 WENDLING Isabelle 2/2
14 BORG Myriam 3/6
17 DEMBELE Siraba 1/2
18 GUEHL Delphine 3/4
21 TOUNKARA Maakan 1/4

Kazakhstan :
Gardiennes :
12 MISHURINA Yekaterina 0/2 pen.
16 AITENOVA Zhannat 60' 12/41 dont 0/2 Pen.
Joueuses :
2 POZHEMITE Ruta 0/1
3 CHUMAKOVA Tatyana
4 BORECHKO Irina 0/1
7 KILIBAYEVA Lyazzat
8 KOZLOVA Yelena 3/13
10 PORTOVA Yelena 1/2
11 YEGUNOVA Olga 6/7 pen.
14 KULAKOVA Natalya 0/2
15 ISKAKOVA Gulzira
17 KUBRINA Natalya 2/5
19 YAKOVLEVA Natalya 3/11
20 VASSILYEVA Yana 5/6

Photos : S. Lebègue