Neuf ans après avoir mis un terme à sa carrière de sélectionneur national sur un titre mondial à Bercy, Daniel Costantini reste l’un des personnages les plus importants du handball hexagonal. Sa connaissance des forces en présence et la rigueur de ses analyses font de lui l’un des meilleurs observateurs du championnat de D.1 Pour Handzone, Daniel Costantini évoque les enjeux de la fin de saison, l’accession en D.1 de Saint-Cyr et Paris, la nouvelle formule de la Coupe de la Ligue et revient sur la Commission Arena 2015 qu’il a présidé.
HandZone : Daniel, les positions en haut du classement de D.1 semblent bien définies ?
Daniel Costantini : Montpellier va remporter un nouveau titre de champion de France, c’est une certitude. Avec son succès à Dunkerque (18-35), Chambéry me semble quasi assuré de terminer deuxième. Pour la troisième place, je pense que Tremblay a pris une option grâce à son succès à Nantes. Ça prouve que cette équipe est sur une bonne dynamique, surtout que les tremblaysiens sont qualifiés pour les demi-finales de la Coupe de France. Tremblay me semble être le mieux armé pour finir troisième. Même s’il a été un peu fragile cette saison, c’est un club qui a des atouts. Saint-Raphaël, qui va recevoir Dunkerque, n’a pas renoncé non plus à une place sur le podium.

HZ : Créteil est-il d’ores et déjà condamné à la relégation ?
D.C. : Aux commentaires du match entre Créteil et St-Raphaël retransmis sur Eurosport, j’ai annoncé clairement que, pour moi, Créteil a trop de retard pour espérer se maintenir. Les cristoliens vont se déplacer à Nîmes et Aurillac. Ce seront deux matchs compliqués. Il faut se faire à l’idée de voir Créteil en D.2 en septembre prochain. Contre St-Raphaël, je n’ai pas retrouvé une équipe de Créteil qui voulait résister. J’ai trouvé les cristoliens la tête basse et très vite résignés. A une époque, on disait qu’il y avait trop de clubs franciliens en D.1. Il ne faudrait pas qu’il n’y en ait plus du tout ! Paris étant de retour, le nombre de clubs franciliens dans l’Elite va d’une certaine manière s’équilibrer.

HZ : Quelle équipe est la plus menacée par la deuxième place de relégable ?
D.C. : Je pense que Toulouse n’est pas complètement condamné. Toulouse va recevoir Dunkerque samedi prochain devant les caméras d’Eurosport. Certes, l’UDK est une équipe de haut de tableau mais elle n’est pas très fringante en ce moment. Si Toulouse est capable de gagner cette rencontre, cela voudra peut-être dire que les toulousains ont une chance de s’en sortir. C’est tout le mal que je leur souhaite ! Ce qui me gêne un peu à Toulouse ces dernières semaines, c’est que le club parlait déjà de l’avenir, avec une nouvelle équipe, en faisant un peu fi de l’équipe présente cette année. Selon moi, Créteil et Toulouse sont « favoris » pour la descente en D.2.
HZ : Aurillac, Dijon et Nîmes ne sont pas encore sauvés …
D.C. : Aurillac a l’épée de Damoclès au dessus de la tête avec l’attente de la confirmation des points perdus sur tapis vert. Si le club évite cette sanction, il a de fortes chances de se maintenir. Même si Dijon a un effectif très réduit, cette équipe a quelques points d’avance sur les deux premiers relégables. Denis Lathoud fait vraiment du très bon boulot. Avec l’effectif limité qu’il a à sa disposition, ce n’était pas gagné d’avance. Je ne suis pas impressionné parce que c’est un des Barjots qui connaît le mieux le handball. Quant à Nîmes, personnellement, j’aimerais que ce club se maintienne. C’est une place forte du handball, avec une très belle salle.
HZ : Après son succès à Pontault-Combault (32-35), Paris est de retour en D.1.
D.C. : Sur ce match face à Pontault, je trouve que Paris a joué avec le feu. Ils ont donné l’impression de snober un peu cette équipe de Pontault qui, on le sait, a du tempérament et voulait offrir un beau spectacle à son public. Grâce à sa jeunesse et sa profondeur de banc, Paris a fini par s’imposer. S’il y a une équipe qui m’a plu ce soir (NDLR : vendredi soir), c’est plus Pontault que Paris !

HZ : Selon vous, il reste du travail pour Bruno Martini et Olivier Girault s’ils veulent construire une équipe compétitive en D.1 ?
D.C. : Oui car c’est une chose de remonter en D.1 mais ça va être un vrai challenge de s’y maintenir. On voit bien cette saison le combat que mènent les clubs de l’Elite pour ne pas descendre. Les parisiens vont dire qu’à chaque jour suffit sa peine et ils auront raison. Paris va faire une vraie fête en recevant Montpellier en demi-finale de la Coupe de France. C’est une belle saison pour les parisiens qui ont des joueurs de grand talent dans leur collectif. Je suis content que mon ancien poulain Bruno Martini marque son arrivée dans ce club par une remontée en D.1. C’est encourageant même s’il y a du boulot.
HZ : St-Cyr va-t-il devoir recruter des joueurs expérimentés pour mettre toutes les chances de son côté en D.1 ?
D.C. : C’est difficile de parler de ce que je ne connais pas car je n’ai pas vu jouer Saint-Cyr cette saison. Je connais bien le président Christophe Bouhour et l’entraîneur François Berthier. C’est sérieux. La montée de St-Cyr va créer un bel engouement en Touraine. C’est une bonne chose pour le handball français. J’espère que l’agglomération de communes de Tours va faire un effort pour aider ce club qui le mérite. Ce sera dur pour St-Cyr de se maintenir car le cubain Hernandez Pola ne pourra pas à lui tout seul reproduire les mêmes performances qu’en D.2.

HZ : La Coupe de la Ligue aura une nouvelle formule la saison prochaine. Le public ne risque-t-il pas de s’y perdre avec les nombreux changements opérés ces dernières saisons ?
D.C. : Tous ces changements m’énervent mais je comprends que la LNH, qui n’a pas trouvé de formule idéale, tâtonne un petit peu. La Ligue veut que le maximum de clubs de D.1 participe à la première phase. La prochaine édition se terminera également en 2010. C’est compliqué … Il faudrait qu’on arrive à une formule définitive. Le président Smadja a toujours des rêves d’externaliser une finale de la Coupe de la Ligue à l’étranger.
HZ : Après l’expérience à Miami, est-ce la voie à suivre pour la LNH ?
D.C. : L’édition à Miami a fait le buzz. A la sortie, le buzz a été plus négatif que positif. J’entends parler d’une phase finale à la Réunion, je sais également qu’Alain Smadja aimerait voir une finale à New-York au Madison Square Garden. Au début, j’étais très dubitatif d’exporter la phase finale à Miami. Et lorsque vous faîtes partie du voyage, vous finissez par y trouver des avantages ! Je ne suis pas quelqu’un qui a beaucoup d’imagination à ce niveau là. Je me dis qu’il y a des gens à la Ligue qui savent ce qu’ils font en initiant ce genre de projet. Même si on s’est moqués un peu de nous après l’expérience à Miami, il faut reconnaître qu’on a quand même parlé énormément de la Coupe de la Ligue. « En bien ou en mal, pourvu qu’on en parle » dit le vieil adage.
HZ : Vous avez présidé la commission « Grandes Salles – Arena 2015 » et avez remis vos conclusions début mars à Rama Yade. Pensez-vous que ce rapport va vraiment permettre de faire bouger les choses ?
D.C. : J’espère qu’il y a une réelle volonté du Ministère des Sports de faire bouger les choses, même si je n’en suis pas encore sûr. Parmi les dix-huit préconisations qui concluent le rapport, certaines comme l’enveloppe nécessaire de 140 millions d’euros sont très importantes. Cette enveloppe n’est pas encore débloquée car il faut l’aval du Ministère des Finances. C’est un peu dur. La création du Comité Arena est envisagée mais n’est pas encore sûre. J’attends ces gestes forts de Rama Yade et de son cabinet. Je suis optimiste, et ce n’est pourtant pas dans ma nature !
Propos recueillis par