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Grine Lahrèche, du parquet au barreau
France/Division 1M

Doublure d’Oleg Sapronov à Pontault-Combault en Division 1, Grine Lahrèche a réalisé une belle fin de saison, notamment contre Villeurbanne, et a grandement participé au maintien du PC-HB en Division 1. 

A 28 ans, ce joueur à la personnalité attachante présente une carrière atypique dans le sport de haut niveau puisqu’il a mené de front sa carrière de handballeur au plus haut niveau et ses études d’avocat. Grine Lahrèche est également diplômé de Sciences Po Paris et est désormais vice Président de l’association des juristes de Sciences Po. Une belle carte de visite ! Après avoir goûté aux joies de l’Elite avec le club seine et marnais, il a annoncé à l’issue de la saison qu’il mettait un terme à sa carrière de handballeur afin de se consacrer pleinement à sa profession d’avocat. Ouvert, généreux, modeste et toujours disponible avec les supporters ou les journalistes, Grine Lahrèche est un exemple de réussite pour les jeunes. Du parquet au barreau, HandZone dresse le portrait d’un joueur au profil atypique dans le monde du sport et qui était cette saison le meilleur avocat de la défense pontelloise.

Sa carrière
« J’ai  été formé à Livry-Gargan, formation avec laquelle j’ai été Champion de France cadet. Je suis arrivé à Tremblay en 1999. J’ai effectué la quasi totalité de ma carrière professionnelle dans ce club. J’ai connu la montée de la Nationale 1 à la Division 2 puis en 2005 l’accession en Division 1 qui reste un grand moment de bonheur. J’ai aussi vécu des périodes plus difficiles comme la relégation de Tremblay en N.1 en 2002-2003. Non conservé par Tremblay alors que je touchais enfin à l’un de mes rêves, jouer au plus haut niveau, j’ai rejoint Torcy en Nationale 1. Cela m’a permis de signer ensuite à Pontault-Combault après le départ de Dragan Mladenovic. »

La saison de Pontault en D.1
« L’équipe a du faire face à de nombreuses blessures. On avait pourtant bien débuté les premiers matchs avec deux victoires contre Créteil et Dunkerque. Le succès à Créteil était un peu inespéré car ce n’est jamais facile d’aller gagner dans leur salle. Ensuite, on a cumulé les blessures à répétition, les matchs perdus d’un but, etc… Le doute s’est alors installé. Mais dans les moments clés du championnat, nous n’avons jamais tremblé face à nos rivaux directs. Nous avons réalisé une grande performance en allant gagner à Vernon au mois de mars (21-27). A domicile, on a sauvé l’essentiel même si nous n’avons pas toujours été brillants ! On avait des défauts, des lacunes mais l’équipe avait du cœur. On a toujours compensé par notre envie et notre combativité, tiré par quelques locomotives comme Milan (Manojlovic), William (Holder), Oleg (Sapronov) ou Saïd (Ouksir). Saïd est à mon avis le joueur en devenir. Nous sommes devenus amis cette saison et ce fut vraiment un plaisir de jouer pendant un an avec lui ! Je tiens vraiment à la remercier car dans les moments difficiles, il a toujours été présent à mes côtés. »

Sa saison parmi l’Elite
 « J’étais venu en connaissance de cause, pour apprendre, en sachant parfaitement qu’Oleg Sapronov serait le numéro 1 dans les buts. J’avais signé à Pontault pour un bail de moyen terme de 2-3 ans. En fait, il a été assez difficile au début d’ingurgiter les entraînements. J’ai du apprendre à gommer mes lacunes et à répondre à des exigences tactiques que j’ignorais jusqu’à présent. J’ai pu découvrir que les moindres détails pouvaient influer sur le moral de l’équipe. Avec Philippe (Carrara), j’ai « bouffé » de la relance à tel point que j’avais le bras en compote ! Petit à petit, c’est venu. En fin de saison, j’ai joué un peu plus qu’auparavant. Le déclic s’est produit à Montpellier lorsque Oleg s’est blessé. J’ai joué 50 minutes et ça s’est passé très convenablement. Je ne vais pas dire bien car je suis quelqu’un d’assez objectif. Contre Montpellier, j’ai affronté des joueurs que j’avais l’habitude de voir à la télé. Ça fait une différence de jouer la Roche-sur-Yon puis l’année suivante Montpellier ! C’est un peu étrange mais ça fait partie du charme du sport. J’ai eu de plus en plus de temps de jeu à partir de janvier, environ 10 à 15 minutes par match. J’ai énormément travaillé les penalties et j’ai eu de la réussite en match sur ces jets de 7 mètres, avec des équipes qui me réussissent mieux que d’autres (NDLR : Grine Lahrèche est le 8ème gardien de D.1 au pourcentage d’arrêts penalties avec 10 arrêts). »


Photo J.Y. Lhors

Son départ de Tremblay en 2005
« Tremblay ne m’a pas conservé alors que le club accédait en D.1 Je l’ai digéré un peu par la force des choses. J’ai pu resigner en D.1 un an plus tard en grande partie grâce au club de Torcy. Les dirigeants torcéens m’ont donné la possibilité de jouer un an en Nationale 1 et je les en remercie, notamment l’entraîneur et le président. Ça a parfois été un peu compliqué car je suis un garçon qui a du caractère mais sans eux, je n’aurais jamais pu rebondir. Sans mes copains de Torcy, je n’aurais jamais joué en D.1 avec Pontault. Ce fut une année tremplin. La première partie de la saison, j’ai pu réviser pour passer mes examens et je n’ai pas forcément été à la hauteur de ce que les dirigeants de Torcy pouvaient espérer. Par contre, la deuxième partie de saison a été vraiment bien. »

Les meilleurs souvenirs de sa carrière
« Dans ma carrière, j’ai deux souvenirs qui me frappent le plus. Tout d’abord en 1995, mon premier titre de Champion de France cadet avec Livry-Gargan. L’équipe était notamment composée de Christophe Orjas, Sébastien Mias et Sébastien Ostertag qui ont tous réussi par la suite au plus haut niveau. C’est mon premier titre et ça reste quelque chose d’exceptionnel. Chez les pros, en intensité, ce fut sans aucun doute l’avant dernier match de la saison avec Pontault à Villeurbanne (26-26). Je réalise 11 arrêts sur 15 tirs dans les dernières minutes. Alors que le PC-HB était mené de 7 buts à la pause, nous décrochons le match nul qui offre le maintien au Club ! Un gardien fait du hand pour vivre des choses comme cela. »

Une brillante carrière d’avocat
« Je me suis orienté exclusivement vers cela et j’ai eu très peu de temps à moi. Jusqu’à l’âge de 25 ans, c’était révisions-maison-entraînement-dodo ! Quand j’arrivais à sortir, c’était grâce au hand qui était un peu mon échappatoire. Cela me permettait d’avoir une vision un peu différente par rapport à mes collègues avocats ou à mes camarades qui étaient à Sciences Po. Travail, organisation, motivation : ce sont les trois mots essentiels qui m’ont permis de réussir ». (NDLR : en 2005, dans le magazine Hand Action, Grine déclarait : « Ma vie est rythmée entre l’école ou les cabinets d’avocats d’une part, et l’entraînement ou la compétition d’autre part. Mais c’est tellement stimulant que le jeu en vaut la chandelle. J’ai toujours réussi à cumuler les deux. C’est ce qui me permet aussi de relativiser et savourer l’instant présent, sans faire de plan sur la comète pour la suite. »).

Son avenir
« J’ai fait le choix de ma carrière professionnelle avec de fréquents déplacements aux Etats-Unis. J’ai reçu une proposition très intéressante d’un grand cabinet américain qu’il était difficile de refuser. J’arrête le haut niveau et c’est un crève cœur. Je suis triste d’arrêter. J’avais la proposition de poursuivre deux ans avec Pontault, ce qui m’aurait permis de jouer trois ans en D.1. Il fallait faire un choix raisonné, un choix de projet de vie. J’arrête le plus haut niveau mais je vais essayer de continuer à un niveau inférieur. D’ici quatre ou cinq ans, quand je ne pourrais plus jouer, j’essaierais de devenir un contributeur de fonds afin de m’investir encore et toujours dans le hand. Sur le même modèle que le travail réalisé par mon coéquipier Nicolas Ivakno avec son association « DK Handball Cœur Afrique », j’aimerais organiser un match avec des personnes très connues soit pour le tiers monde, soit pour les enfants malades. Je ne pense pas qu’avec seulement Grine Lahrèche, ça fasse venir les foules ! J’aimerais organiser cet évènement l’année prochaine. Ce serait une sorte d’All Star Game. »

Ils nous parlent de Grine Lahrèche


Photo S. Lebègue


Philippe Carrara, son entraîneur à Pontault cette saison : « Dans une saison, la richesse d’un groupe ressort lorsque l’on a besoin à un moment donné de tout le monde. Il faut toujours s’accrocher, toujours répondre présent. Grine a eu l’intelligence de comprendre qu’il partait de loin, qu’il était un numéro 2 et qu’il était dans l’ombre d’Oleg. Il s’est accroché, il a su répondre présent au moment où il fallait. A Villeurbanne, il a démontré toute l’étendue de son talent et de sa pugnacité. C’est quelqu’un qui est intelligent, qui comprend toutes les composantes, qui sait faire la part des choses, qui a un bon relationnel en dehors du terrain et avec qui j’ai énormément échangé. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec lui. On ne se connaissait pas plus que ça auparavant et on a appris à s’apprécier. Je lui souhaite bonne route pour la suite de sa carrière, à la fois sportive et professionnelle. »


Photo J.Y. Lhors

Stéphane Imbratta, entraîneur d’Ivry : « Je garde un très bon souvenir de Grine lorsque j’étais entraîneur à Livry-Gargan. J’ai passé deux très bonnes années avec lui. Nous avons notamment décroché un titre de Champion de France Juniors. C’est un vrai compétiteur, qui a eu une maturité assez précoce, à la fois d’un point de vue culturel mais aussi intellectuel. Il est curieux de tout, cultivé et toujours à la recherche de l’excellence. J’ai bien sûr suivi ses performances cette saison avec Pontault-Combault. C’était un vrai challenge pour Grine qui a toujours rêvé de jouer en D.1. En tant que numéro 2, il a fait quelques piges intéressantes, notamment le match pour le maintien à Villeurbanne où il fait une très belle deuxième mi-temps.


Photo J.Y. Lhors

Oleg Sapronov, gardien de Pontault-Combault : « Tout s’est très bien passé entre nous deux cette saison. Grine est vraiment quelqu’un de très gentil. Depuis son arrivée, il a fait beaucoup de progrès et a su s’habituer aux exigences de la D.1. Il a toujours accepté que je lui donne quelques petits conseils sur les tireurs adverses par exemple. Grine a toujours été très ouvert à ce sujet. Je comprends tout à fait son choix puisque les carrières des handballeurs ne durent pas si longtemps que ça. Il a eu raison de penser à l’avenir. Mais c’est tout de même dommage qu’il ne continue pas avec Pontault car nous nous entendions très bien tous les deux.


Photo S. Lebègue

Sébastien Mias, gardien de Tremblay : « Avec Grine, on se connaît depuis très longtemps, au moins une quinzaine d’années. Je garde de très bons souvenirs lorsque nous avons joué ensemble en équipes jeunes à Livry-Gargan. A Tremblay, on a joué ensemble en N.1 puis en D.2. Nous avons notamment terminé meilleure paire de gardien au nombre d’arrêts en Division 2. C’est un excellent souvenir ! On s’est toujours très bien entendus avec Grine. Humainement, c’est quelqu’un  de très bien. Il n’y a vraiment rien à dire, Grine a toujours été impeccable ! Cette saison, il a eu peu de temps de jeu mais il s’est bien débrouillé lorsqu’il est rentré sur le terrain. Sur la fin de saison, il a réalisé des belles performances, notamment contre Villeurbanne lors du match qui donne le maintien à Pontault. Je pense que Pontault peut lui tirer un beau coup de chapeau sur ce match. »


Photo J.P. Riboli

Saïd Ouksir, ailier gauche de Pontault : « Grine est devenu un ami. J’ai appris à le connaître cette saison puisque nous ne nous connaissions pas du tout auparavant. Nous nous sommes trouvés très vite des affinités et j’aime partager de bons moments avec lui. C’est un gars super sympa ! Grine est quelqu’un de très appréciable, attachant, intelligent et travailleur. Il ne lâche jamais rien et s’est toujours entraîné avec le même sérieux même s’il ne jouait pas beaucoup. Malgré un temps de jeu réduit, il a montré qu’il pouvait répondre présent lorsqu’il gardait les buts de Pontault. J’ai toujours essayé de trouver les bonnes paroles pour l’encourager lorsqu’il ne jouait pas beaucoup. Je ne voulais pas qu’il lâche et je lui ai dit que ses efforts finiraient par payer tôt ou tard. C’est pour cela que j’ai été très heureux à chaque fois qu’il s’est montré à son avantage sur le terrain. »

Thierry Mayeur, entraîneur de Torcy : « J'ai côtoyé Grine la saison passée en Nationale 1. Sa première partie de saison a été difficile puisqu'il avait des échéances professionnelles qui lui prenaient beaucoup de temps. Sa seconde partie de saison a été bien meilleure. Grine est un joueur que j'apprécie même si je ne l'ai entraîné qu'une saison. Pontault-Combault est un club voisin et j'ai pu suivre ses prestations cette saison. Il n'a pas beaucoup joué mais a su saisir sa chance lorsqu'il était titulaire. Dommage que Grine arrête sa carrière au plus haut niveau car il avait les qualités pour s'y imposer. »

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