La véritable entrée des Bleues se déroulait après deux matches de « chauffe » face à l’Argentine et le Kazakhstan, mais l’heure de vérité était belle et bien là avec cette finale de la poule A où le défi allait sans doute être d’abord sur le plan physique entre deux équipes qui s’attendaient de pieds fermes sur ce sujet. Pour bien lancer les Bleues dans le domaine, Olivier Krumbholz avait fait appel à Mariama Signate préservée jusque là et rappelé Raphaëlle Tervel dans les 16 (voir par ailleurs).

Et l’attendu arrivait en pleine face d’un Palais des Sports une nouvelle fois bondé. Les défenses sortaient le grand jeu pour annihiler quasiment toutes les velléités de prises de risque offensives. Et côté bleu, devant une Valérie Nicolas qui d’entrée enfilait son costume préféré de Zorro, l’attaque, elle, restait un peu trop sous le mode de la timidité, ce mode déjà par trop entrevu sur les deux premiers matches de poule. Résultat un cadenas bien costaud qui verrouille le match et qui donne un score pas trop flatteur de 3-3 au bout de 11 minutes de jeu ou les anciennes, Véronique Pecqueux Rolland et surtout Stéphanie Cano, servaient de tracteurs à l’équipe de France. Pour le reste, une base arrière empêtrée dans ses soucis de finition, une Delphine Guehl de plus en plus nerveuse et une Camille Ayglon devenue beaucoup trop timorée après son « échec » kazakh ne faisaient pas avancer le projet victoire tricolore pour un voyage à Metz le plus serein possible.

C’est pourtant avec ça et surtout le 6° arrêt dont deux jets de 7 mètres de Valérie Nicolas que le premier trou du match allait se faire. Mariama Signate, attendue sur le projet offensif aussi, allait en une passe décisive pour Nina Kanto et une montée de balle parfaitement convertie, donner un + 2 qui commençait à dérider le banc et le jeu des Françaises. Seulement la Croatie avait décidé de ne pas rendre les armes sans combattre. Lançant leur grandes arrières sur des croisés typiques du jeu des Balkans, resserrant un plus leur arrière garde les filles de Josip Sojat allaient recoller au score à 10-10 ce qui sonnait le temps mort français aussitôt. Et autant dire que la remise en place d’Olivier Krumbholz allait être plus que payante. Repartant avec un duo Pecqueux Rolland – Herbrecht de feu, une Makaan Tounkara audacieuse sur son aile, la France infligeait un 4-1 sur les dernières minutes de la première période qui les lançait parfaitement pour le deuxième acte de ce match sous haute tension.

Et c’est parfaitement lancées par cette fin de première période que les Bleues allaient encore plus asseoir leur domination sur le match. Entre Nina Kanto, Sophie Herbrecht et toujours Stéphanie Cano au four et au moulin, les solutions offensives devenaient de plus en plus variées, au point de mettre la défense Croate au supplice et donner un +5 qui sentait bon au bout de 6 minutes de jeu. Restait à afficher de la constance dans la performance, et encore une fois les Tricolores retombaient dans leur péché mignon, pas assez de percussion sur la base arrière, une recherche du pivot trop rapide et les Croates en profitaient à leur tour pour monter des ballons qui battaient irrémédiablement Amandine Leynaud. Il fallait pratiquement tout refaire avec seulement 2 buts d’avance à la 10° minute, et c’est Olivier Krumbholz qui volait au secours des ses protégées en tentant de remettre tout en place lors de son temps mort.

Même si le jeu français repartait un court instant vers l’avant, cela ne réglait visiblement pas le sujet offensif. Manque de réalisme au shoot, recherche des pivots trop systématique et repli défensif pour le moins hasardeux. Il n’en fallait pas plus que la Croatie pourtant pratiquement aphone sur attaque placée elle aussi ne convertisse quasiment toutes ses montées de balles malgré le retour de Valérie Nicolas dans les buts français. Le pire finissait par arriver, la Croatie passait devant après un penalty et une exclusion d’Alisson Pineau à l’entame des 10 dernières minutes.

Restait à sortir l’arme ultime des Bleues, celle qui leur a tant de fois sauvé le jeu. La rage de se battre et l’envie de mourir sur le terrain pour une victoire de plus. Et ça, c’est sans doute ce qu’aucun technicien ne pourra jamais apporter à un groupe mais qui a été offert à Olivier Krumbholz par cette génération. Galvanisées par les arrêts de Valérie Nicolas, transportées par une Sophie Herbrecht trouvant enfin la faille, rassurées par une Capitaine Cano étincelante, tractées par une Alisson Pineau insaisissable et enivrée par une salle aux allures d'enfer pour les espoirs croates, la France allait encore une fois retourner la situation à son profit pour s’imposer au final 28-26. Reste que le courage ne pourra pas toujours sauver les Bleues, il va falloir capitaliser sur cette victoire pour enfin que tout le groupe soit sur la même dynamique. Que Delphine Guehl retrouve tout son peps, que Camille Ayglon en soit pas atteinte du syndrome du grand gaucher français en compétition internationale, enfin que cela gagne aussi bien avec l’ancienne génération que la nouvelle, pour aller au bout, il faudra que tout le monde soit sur le pont.

A Pau, Palais des Sports
Le 2 décembre 2007 à 19h00
France – Croatie : 28 – 26 (Mi-temps : 14-11)
6 500 Spectateurs
Arbitres :
MM Andorka et Elbeltagy (Roumanie)
Les réactions
Véronique Pecqueux Rolland.
HZ : C’était un match fou avec un final auquel vous nous avez souvent habitués ! Et quel public !!
VPQ : On s’est battu avec notre cœur, notre volonté. Et ce public de Pau, exceptionnel !
On part avec 2 points à Metz. On s’est fait peur. On a été en difficulté en attaque placée qui n’est pas notre point fort, cela aurait pu nous jouer des tours, mais on a été assez fortes et soutenues par tous. La semaine qui vient sera très dure, avec la Norvège, la Russie, l’Angola. On va attaquer avec un bon mental.

Valérie Nicolas :
HZ : Quelle analyse faites vous à chaud du match ?
VN : On gère bien la première période, puis en deuxième, on a un passage très moyen, on est surprise par leurs tirs. En plus sur nos échecs, on est en difficulté sur le repli et elles en profitent. Il faudra revoir ce secteur pour la suite, car on va être analysées.
HZ : Et cette ambiance, est ce réellement un plus ?
VN : Le public a été super important, il nous a poussé. Oui c’est véritablement un plus !!
HZ : Tout le monde a joué un rôle, les anciennes et cette jeune Alisson …
VN : Alisson, elle n’a jamais peur, c’est incroyable.
HZ : Tu disais hier que tu avais besoin de rentrer dans ce mondial, ce match décisif, le voilà !
VN : Quand je connais mon adversaire c’est plus simple. Hier et avant hier, je ne connaissais pas les tireuses et c’est dur. Ce n’est pas une question de motivation. La, j’ai mes repères. J’avais annoncé que le Mondial commençait aujourd’hui, on y est !

Stéphanie Cano :
HZ : Vous avez fait un joli 7/9 au tir, c’est votre meilleur match.
SC : Aujourd’hui, je ne voulais pas rater ce match car j’aurais eu l’impression de rater Mondial. Il ne fallait pas commencer à douter. J’avais besoin de cela et dans un match décisif. Le public magnifique a joué un rôle. Il nous a poussé. Le Mondial commence aujourd’hui.

Sophie Herbrecht :
HZ : Après un début difficile, vous êtes présente dans le « money time » avec ces buts libérateurs.
SH : J’ai été en échec au début mais je n’ai pas eu peur d’y retourner. On a été porté par l’ambiance. Le public a été le 8iéme homme. Le mot d’ordre, c’était la défense. On savait qu'en attaque, ce serait dur.
HZ : Les championnes du monde n’ont pas tremblé : Val, Stéphanie, Myriam :
SH : On a relevé ensemble le défi. On a été au bout. On a peut être fait basculer le match, mais si il faut le faire, on le fera. On est là pour cela, mais que la rentrée d’Alisson a été positive ! Maintenant, il faut se reposer et réattaquer.
Réactions de Olivier Krumbholz :
On est très satisfait du résultat. On a maîtrisé 50’ puis on n’a pas tenu physiquement. La bonne circulation de la balle de la Croatie nous a mis en difficulté. C’est une belle victoire contre une belle équipe. On a peiné en attaque placée, notamment au niveau des arrières. Alisson Pineau nous a fait du bien. On manquait de percussion, on a un peu craqué physiquement et comme on a eu peu de possibilités de jouer la montée de balle. Maintenant, il faut arrêter de rêver, et regarder sereinement la suite. Nous avons eu ici un accueil extraordinaire. C’est l’ambiance du Sud Ouest . On a joué à un de plus !
Statistiques du match :
France
Gardiennes :
1 LEYNAUD Amandine 10' 1/8
16 NICOLAS Valérie 50' 14/40 dont 3/5 pen.
Joueuses :
4 KANTO Nina 2/2
5 AYGLON Camille 0/2
7 PINEAU Allison 1/1
8 PECQUEUX ROLLAND Véronique 3/3
10 HERBRECHT Sophie 8/17 dont 2/3 pen.
11 CANO Stéphanie 7/9
13 WENDLING Isabelle 0/1
14 BORG Myriam 2/5 dont 1/1 pen.
18 GUEHL Delphine 1/2
20 TERVEL Raphaëlle 1/1
21 TOUNKARA Maakan 2/2
24 SIGNATE Mariama 1/3

Croatie
Gardiennes :
1 GRUBISIC Jelena 30' 4/15 dont 1/3 pen.
16 JELCIC Ivana 30' 4/21 dont 0/1 pen.
Joueuses :
2 TATARI Miranda 4/7
5 GOLUBIC Dijana 3/4
7 STARCEK Petra 1/3 1/2 pen.
8 GACE Anita 0/1
10 PUSIC Nikica 3/6
11 PALCIC Bozica 2/4
13 HORVAT Lidija 2/5
14 PASICNIK Svitlana 5/10 dont 1/3 pen.
15 PENEZIC Andrea 3/7
18 LOVRIC Ivana 1/2
19 ZEBIC Maja 2/3
23 FRANIC Kristina 0/1 pen.

Photos : S. Lebègue