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Le temps du travail a sonné
International/Euro

Le Danemark a pris sa revanche sur le sort et la finale mondiale perdue au bout des prolongations, la Serbie a presque réussi son pari insensé de remporter l’Euro et sa place de finaliste remet le pays dans le gotha mondial du handball. L’Euro 2012 a offert son lot de surprises comme la Macédoine, de confirmations comme le Danemark, de désillusions comme le handball allemand privé totalement de JO où la Russie et la Tchéquie sorties au premier tour, mais pour nous et pour beaucoup le plus gros échec est celui des Tricolores.

Car en ce qui concerne les Français, on ressort de cet Euro avec un gout amer dans la bouche. La fabuleuse équipe de France a quelque peu explosé dans cette compétition alors qu’au départ de celle-ci elle était pour la première fois depuis bien longtemps totalement au complet. Mais entre une préparation écourtée et bradée aux annonceurs et médias pour beaucoup, des matches de préparation plus que moyens où la joie de se retrouver bloquait souvent l’envie de jouer et travailler et une entame de compétition compliquée avec l’Espagne en hors d’œuvre, les pièges étaient nombreux. Quand en plus on y ajoute une défense totalement dépassée par les choix tactiques, un manque évident de tonus en attaque avec des arrières qui prennent quasi systématiquement la balle arrêtés quand ils ne font pas un dribble pour se lancer, un jeu rapide ou de transition à la limite de l’indigent, rien n’était vraiment en place pour conserver le titre conquis brillamment en Autriche.

Alors un Euro qui n’était pas la vraie cible des Bleus cette saison ? Oui en partie ! Un groupe qui vit un peu sur ses acquis pendant que tout le monde travaille pour faire tomber la maison bleue ? Certainement ! Un leader de jeu qui passe complètement à côté de sa compétition ? Oui mais il a été loin d’être le seul, et il aurait dû être remplacé par les autres grands leaders, mais personne vraiment n’est arrivé à entrer dans le costume de Nikola Karabatic, laissant alors l’équipe sans ligne directrice insufflée par un guide. Jérôme Fernandez a essayé de s’y glisser sur les premiers matches, mais lui aussi en proie à des douleurs familiales avait logiquement et humainement autre chose à penser qu’à être à 100% le catalyseur des Bleus en attaque. Le groupe aurait dû prendre en charge tous ces manques, mais il n’a pas eu le temps dans l’enchaînement des matches, pas l’envie et surtout pas les solutions pour pallier à tout cela.

Car si l’attaque n’a pas été flamboyante, que dire de la défense… Historique point fort des Tricolores, elle a explosé en vol en Serbie au gré des tactiques des coaches adverses et de la récurrence des attaques en son centre. Nikola Karabatic, lucide le disait après le dernier match face à l’Islande : « Nous n’avons pas de solution de rechange pour la 5-1 homme à homme… ». Alors le schéma adverse a été simple et même parfois simpliste mais diablement efficace : On écarte le pivot entre les postes 1 et 2, on attend la montée d’un défenseur français en dissuasion et on attaque fort et plein centre l’espace dégagé pendant que le défenseur un peu parti à la pêche ne se replie pas. Donc dans cette configuration, on a des espaces de tirs sans trop d’opposition souvent en 1 contre 1 et beaucoup d’espace et si l’un des postes 2 vient à la rescousse, le pivot ou une entrée d’ailier suffit à trouver la solution claire et nette qui crucifie les Bleus. Et cela on a pu le voir pendant les 6 matches de la France sur cet Euro… De là à dire que cette défense est obsolète il y a un pas à ne pas franchir certes, une meilleure préparation physique gommera certainement pas mal de ces problèmes. Reste que les équipes adverses savent maintenant appuyer là où cela fait mal et qu’il y a certainement urgence à trouver le fameux plan B dont parlait Nikola Karabatic. Encore une fois et de façon récurrente dans cet Euro, l’arbre qui a caché la forêt a été un Thierry Omeyer parfois énorme mais qui ne pouvait boucher tous les trous à lui tout seul.

Offensivement, outre là aussi le manque de dynamisme parfois à la limite du criard, il y a eu beaucoup trop de déchets aux shoots. Claude Onesta avait rapidement mis le doigt sur le problème, annonçant après la Hongrie « Tous les gardiens que l’on rencontre deviennent subitement les meilleurs du monde, cela doit nous interpeller ! »  Bien évidemment, sans vitesse, sans grinta, pas évident de se retrouver en situation claire de shoot, mais il y a aussi la compétence face au gardien et ce problème trop souvent pointé dans la formation à la française qui possède tant de savoir faire a été lui aussi visible comme le nez au milieu de la figure. Dans le domaine, seul le travail, la confiance en ses moyens et l’analyse des gardiens adverses permettront de progresser suffisamment pour ne plus dépendre d’une réussite trop souvent aléatoire.

Enfin, un dernier point peut être soulevé : la rotation des joueurs. On sait qu’un Euro est impitoyable au plan physique, surtout si dans le domaine on n’est pas au mieux. Voir par exemple un Bertrand Gille enchaîner les minutes sur le 40*20 pendant que Grégoire Detrez se morfond au bout du banc a questionné, surtout après son show en fin de match face à l’Islande. L’utilisation plus que parcimonieuse de William Accambray, même en conflit larvé avec le staff, a aussi surpris quand on connait la puissance de shoot du Montpelliérain, puissance qu’il a fait éclater lors du match face à l’Islande joué pour du beurre. Bien évidemment, il est facile d’analyser à posteriori et de donner des solutions qui n’étaient pas forcément marquées du sceau de l’évidence avant la compétition. Dernier point aussi qui pose son tombereau d’interrogation, la gestion des gardiens. A Kiel, Thierry Omeyer fait une saison de rêve. Hors, Alfred Gislasson, le coach du club allemand, n’hésite jamais à faire sortir le mythe bleu pour mieux le relancer dans le match, et cela le plus souvent est marqué du sceau de la réussite. Même si l’on sait que Thierry Omeyer déteste être sorti en plein match, c’est aussi une façon de le préserver et de le relancer utilisée à bon escient au TWH Kiel, pourquoi ne pas s’en inspirer dans la gestion des Tricolores ?

Au final, si cet Euro pose beaucoup de questions, il pourrait aussi être le chantier d’un petit bouleversement dans la gestion des Bleus, bouleversement qui aura peut-être comme finalité un nouveau sacre olympique. Les talents sont toujours là, reste à remettre tout cela en ordre pour refaire de cette équipe celle qui met la « trouille » à tout le monde. La côte droit Abalo – Barachet a été solide pendant quasiment tout l’Euro et est une des vraies satisfactions, Arnaud Bingo a visiblement muri dans son jeu et lui aussi a fait dans le positif, même si il est encore loin de susciter autant de méfiance qu’un Michael Guigou qui aura énormément manqué pour sa capacité à mobiliser et à faire la bonne passe, le duo Honrubia – Accambray à gauche a produit lui aussi de belles choses notamment face à l’Islande, alors les raisons d’espérer sont légion et même si l’invincibilité des Bleus a pris une grosse claque dans cet Euro, il ne faut tout de même pas oublier tout ce que cette équipe a réussi comme miracles depuis 6 ans.

Les voir perdre était presque anormal… On avait certainement oublié qu’en sport la défaite fait aussi partie du jeu et qu’il faut savoir accepter les échecs pour mieux gagner après. La fixation sur la défaite face à l’Espagne a sans doute trop vite viré à la crispation. Pourtant perdre face à une équipe qui fait elle aussi des podiums presque à toutes les compétitions n’est sûrement pas infamant. Si bien des choses sont visiblement à reconstruire ou à changer dans cette équipe, laissons là travailler et tenter son pari fou de conserver son titre olympique à Londres. Après il sera temps de savoir si cet Euro était le début de la fin où un épisode passager bien amer. La réponse leur appartient à eux et à eux seuls.

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