Affronter l’Islande n’est jamais une partie de plaisir mais dans cet Euro juniors, la seule idée d’imaginer que les Français allaient tomber aussi bas n’avait effleuré personne. Pourtant, la correction est cinglante. Défaite sans appel et sans excuses, 30 à 42. Les Islandais n’en demandaient pas tant. Ils se remettent dans la course aux demis et surtout grâce à la France, ils renaissent de leurs cendres.
Il ne faut pas être bien perspicace pour deviner que le groupe France a sombré collectivement et que tout le monde a sa part de responsabilité. Mais à trop vouloir tirer sur la corde, elle finit par casser. Les cas de Valentin Porte et de Kentin Mahé sont significatifs. Le premier n’avait plus son rendement et cette fraîcheur qui était la sienne notamment lors du match contre la République Tchèque où il avait inscrit 8 buts. L’alerte au genou gauche (même si elle avait été résorbée) a qu’on le veuille ou non, freiné la progression du Toulousain et entamé son rayonnement. Constat légèrement différent mais aussi cruel pour son compère de Dormagen. Depuis jeudi dernier, Kentin Mahé courait dans tous les sens, se dépensait sans compter, créait le surnombre et surtout, marquait des buts, beaucoup de buts (27 en 3 matches). C’était l’homme à tout faire et qui en plus, faisait tout. Hier, sans doute un peu émoussé, il a subi la loi du stratège d’en face, un certain Aron Palmarsson, bien connu des supporters de Kiel et de la Bundesliga. Kentin comptait le museler. Le scénario s’est inversé et sans soutien, il n’a rien pu faire. Et encore heureux, Porte et Mahé, hier, auxquels on rajoutera Mathieu Grébille et Pierre Moreau, ont limité la casse (70% du score à eux quatre). Car pour le reste, c’est la Bérézina. L’attitude de certains, ceux qui ont capitulé trop vite, est dommageable, surtout face à une équipe d’Islande au jeu si prévisible. On peut d’ailleurs se demander à quoi ont servi toutes les séances vidéo, que l’encadrement technique tricolore avait jusque-là, organisées.
L’illusion d’une équipe soudée à partir d’une défense rigoureuse et une attaque en place n’a duré que douze petites minutes. Pourtant tout avait plutôt bien commencé. Deux raids de Grébille et Mahé avaient mis la pagaille dans le camp adverse. C’est d’ailleurs la seule fois (après 1’ de jeu) que les Français mèneront si « largement ». Dès la 6ème minute, les Islandais vont resserrer leur étreinte profitant de deux exclusions dans le camp d’en face (Mahé à la 5ème et surtout Grébille, 8 minutes plus tard). A l’approche du quart d’heure, le tableau d’affichage va s’emballer (6-8 à la 13ème, 6-10 à la 15ème, 7-11 puis 7-12). La mi-temps arrivant enfin sans que l’écart n’évolue ou presque (14-20).

La situation était compromise mais pas désespérée. Toutes les belles promesses qui avaient été faites avant le match, s’étaient envolées en un rien de temps. Au retour des vestiaires, les joueurs islandais décidément insatiables, vont en remettre une couche. De l’aile, de loin, en pivot, désaxé, en appui, de partout ! Les Tricolores ne savaient plus où donner de la tête (18-26 à la 39ème puis 21-31 à la 44ème). Les Islandais lâchaient un peu de lest mais le mal était fait. A dix minutes de la sirène, cela faisait belle lurette, que le bateau gaulois avait perdu sa proue, son gouvernail, son capitaine et sa fierté. L’ultime coup de sirène mettait fin au calvaire des Français (30-42) qui sortaient de la salle, le regard dans le vide avec un sentiment partagé de honte et de colère. Mathieu Grébille (meilleur marqueur de la France) ne pouvait que constater les dégâts : « Nous n’avons pas si mal joué en attaque puisque nous marquons 30 buts. Ce qui est catastrophique, c’est la défense. On ne peut pas gagner en prenant 42 buts. C’est impossible. On connaissait les points faibles des Islandais, mais nous n’avons pas pu les arrêter. » Face aux Islandais dans le tour préliminaire, Israéliens, Slovaques et Portugais avaient fait mieux. Beaucoup mieux ! C’est dire.
Le coin des stats
A Bratislava, Pasienky Sports hall
Le 3 août 2010 à 18h00
France – Islande: 30-42 (mi-temps : 14-20 )
500 spectateurs
Arbitres: Mrs Bonifert & Olah (Hon)
France : Andry, Bonnefoi (gardiens) – Grébille (6), Mahé (5), Porte (5), Moreau (5), Capella (2), Claire (2), Pintor (2), Afgour (2), Molinié (1), Guillermin, Gaillard, Eymann
Islande: Gudmundsson, Stefansson (Grd) – Palmarsson (9), Olafsson Gud. (7), Gretarsson (7), Gudmunsson Olaf (6) Steinborsson (3) Heimisson (2) Johansson (2), Olafsson Porg (2) Elisson (2) Bjakarsson (1), Agustsson (1), Gudmunsson Kris., Sigurmannsson,
Confidences à un micro
Pas de longs discours après la rencontre dans le camp français. Les explications tournaient plus sur le thème de la démission collective que sur une analyse technique rationnelle de ce qui n’avait pas marché. Pour certains, participer à un championnat d’Europe dans les prochaines années et surtout le gagner, relève de l’utopie. Voilà une chance que le demi centre de St Raphaël Robin Molinié avait conscience d’avoir laissé passer.
Palmarsson le magnifique
Voir un sourire sur le visage d’Aron Palmarsson est un luxe que peu de spectateurs peuvent s’offrir. Hier, à l’issue de la rencontre, le puissant leader de la cohorte islandaise a esquissé une mimique qui en disait long sur son indice de satisfaction. Malgré neuf buts au compteur (soit autant que lors des trois rencontres disputées en Tour préliminaire) et un titre de meilleur joueur de la rencontre, la doublure de Daniel Narcisse à Kiel, avait un autre motif de satisfaction. En janvier dernier, il était face à la France sur le parquet de Vienne en demi-finale de l’Euro (celui des grands) et malgré une excellente prestation individuelle en 1ère mi-temps, son équipe avait dû une nouvelle fois s’incliner. Hier, ce n’était pas les « A » mais qu’importe, c’était quand même la France. A à peine 20 ans (il les a eu en mai dernier), le natif d’Hafnarfjördur (banlieue de Reykjavik) a de l’or dans les bras. Son intelligence de jeu, le fait de peser sur les défenses adverses, sa marge évidente de progression et une forme de générosité vis-à-vis de ses équipiers vont faire de ce joueur un des leaders de l’Islande des années 2010-2025. Un autre leader, un certain Olafur Stefansson, gaucher de son état et qui termine cette saison, sa belle carrière à Rhein Neckar Löwen, peut dormir sur ses deux oreilles, la relève est assurée. D’autant que dans cette sélection junior islandaise, d’autres talents comme le petit ailier Olafsson ou l’arrière gauche Gudmundsson ne demandent qu’à percer.

Merci aux Portugais
Ils apportent du sang neuf à un handball qui en manquait sans doute un peu. Au jeu stéréotypé des Nordiques, les Portugais répondent par leur fougue, leur fraîcheur, leur spontanéité devant un public du handball qui en redemande. Et depuis que la victoire est au rendez-vous, il faut les voir les Rosario, Ferraz et la triplette Silva, esquisser des pas de samba en quittant le terrain. Après avoir accroché les Islandais à leur tableau de chasse (tiens, tiens) et fait un sans faute en tour préliminaire, les Lusitaniens ont battu des Danois complètement usés, d’un but mais un but qui vaut de l’or. Ils sont en tête de ce groupe 1 et aujourd’hui, les joueurs de l’entraîneur Rolando Freitas et du buteur prodige Pedro Marques (tous les deux sur notre photo) attendent de pied ferme les Français pour un match qui n’aura que très peu d’enjeu car seule équipe pour le moment avec quatre points, le Portugal devrait terminer en tête de son groupe et donc éviter l’ogre allemand en demi-finale.
Panorama sur le Tour Principal
Groupe 1 :
Portugal - Danemark 29-28
France – Islande 30-42
1- Portugal 4pts (+2)
2- Islande 2pts (-11)
3- Danemark 2pts (+1)
4- France 0pt (-14)
Mercredi 4 août
à 14h, Danemark – Islande (décisif pour la 2ème place)
à 18h, France – Portugal
Groupe 2 :
Espagne – Suède 26-23
Allemagne – Slovénie 31-25
1- Allemagne 4pts (+11)
2- Slovénie 2pts (-3)
3- Espagne 2pts (-2)
4- Suède 0pt (-6)
Mercredi 4 août
à 18h, Allemagne - Suède
à 20h, Slovénie – Espagne (décisif pour la 2ème place)
Les deux premiers des groupes 1 et 2 se retrouvent en demi-finales, vendredi 6 août. Les finales étant programmées dimanche.
Reportage en direct de Bratislava réalisé par Yves MICHEL (www.rtl-lequipe.fr)