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P. Carrara : « Chambéry a son destin en main »
France/Division 1M

Brillant vainqueur d’Aurillac jeudi dernier, Montpellier a remporté son onzième titre de champion de France, une performance incroyable dans le sport français qui place l’équipe de Patrice Canayer au sommet de la hiérarchie. Si le MAHB va désormais pouvoir se consacrer pleinement à la Coupe de France, d’autres clubs doivent quant à eux batailler jusqu’au bout, notamment Chambéry qui doit faire face au retour de Tremblay pour la deuxième place. Dans le bas du tableau, Paris est reléguable et n’a plus que trois matches pour sauver une saison d’ores et déjà ratée.

Avant le sprint final, Philippe Carrara nous livre son analyse sur les forces en présence. Consultant sur Orange Sport pour la fin de saison, l’ancien entraîneur de Sélestat et Pontault-Combault a assisté au sacre des montpelliérains au Palais des Sports Bougnol. Il revient sur le parcours des héraultais et décrypte les forces et faiblesses des différentes formations avant la fin du championnat.

HandZone : Montpellier est une nouvelle fois en haut de l’affiche avant même la fin du championnat !
Philippe Carrara :
Montpellier a transformé l’essai jeudi face à Aurillac. L’équipe avait à cœur de décrocher ce titre le plus rapidement possible et ainsi de se positionner pour la prochaine saison avec toutes les perspectives que le club peut avoir actuellement. Mais je crois que la priorité était d’assurer ce titre pour pouvoir se concentrer sur le doublé Coupe de France – championnat qui est devenu la priorité après le petit couac à Miami.

HZ : Cette défaite en finale de la Coupe de la Ligue face à Istres n’a-t-elle pas donné une motivation supplémentaire aux joueurs pour la fin de saison ?
P.C. :
Peut être mais les joueurs et le staff ont l’habitude depuis de nombreuses années d’être sous le feu des projecteurs et de savoir rapidement se remobiliser sur d’autres projets. Le titre de champion de France est quand même le 25ème titre de Montpellier depuis l’arrivée de Patrice (Canayer) en 1994, toutes compétitions confondues. Cette équipe a l’habitude de se relancer et de ne pas s’endormir après avoir remporté un trophée. Pour revenir sur la finale de la Coupe de la Ligue, il faut bien avoir à l’esprit qu’Istres a très bien joué le coup et les montpelliérains sont tombés comme cela peut arriver de temps en temps, même aux meilleurs. Montpellier a été piqué dans son orgueil mais les joueurs sont des compétiteurs.

HZ : Patrice Canayer est l’un des grands artisans des succès montpelliérains depuis 15 ans.
P.C. :
Patrice a aussi toute une équipe autour de lui mais il a très certainement été un élément déclencheur qui a amené les dirigeants à réfléchir en profondeur sur la structure du club. Il s’est positionné à la fois comme un technicien mais aussi comme un grand manager avec un esprit très visionnaire et ouvert sur le futur. Il est à la recherche permanente de l’évolution de son club. Le projet de nouvelle salle et les tractations en coulisse concernant l’arrivée de nouveaux joueurs montrent toute l’ambition que veut avoir ce club pour se positionner parmi les plus grands d’Europe.

HZ : Chambéry, qui est toujours sous la menace de Tremblay pour la place de dauphin, s’est imposé avec la manière face à Ivry …
P.C. :
Chambéry conserve toujours deux points d’avance sur l’équipe de Stéphane Imbratta et un goal-average particulier favorable. Mais la fin de championnat des savoyards n’est pas des plus simples puisqu’ils vont aller à Paris, ils vont ensuite recevoir Montpellier avant un déplacement à Saint-Raphaël. Chaque match vaudra son pesant d’or, entre des équipes qui se battent pour le maintien et d’autres qui luttent pour une place européenne. Ça risque de batailler jusqu’à la dernière seconde ! Mais Chambéry a encore son destin en main. Si le club ne veut pas être en péril, il lui faudra au moins une victoire et un match nul.

HZ : Tremblay a-t-il vraiment les moyens de dépasser Chambéry lors des trois dernières journées ?
P.C. :
Tremblay a fait le maximum lors de la phase retour puisque le club a battu tous ses concurrents sauf Nîmes. Montpellier, Chambéry et Dunkerque ont notamment subi la loi des tremblaysiens. Sur les matches retours, ils ont un parcours de champion mais les points abandonnés lors de la phase aller ont aujourd’hui toute leur importance. Tremblay n’a plus son destin en main et devra bien gérer ses déplacements à Sélestat et Toulouse ainsi que la réception d’Aurillac, trois équipes de bas de tableau. Tremblay fait une très belle saison et la Coupe de France peut encore permettre de ramener un titre dans le 93 cette saison.

HZ : Si mathématiquement Chambéry possède un avantage sur Tremblay, n’est-ce pas l’inverse sur le plan psychologique ?
P.C. :
Tremblay a un avantage au niveau du mental mais les tremblaysiens ont quand même un déficit de deux points par rapport à Chambéry et un goal-average particulier défavorable. Ils ne maîtrisent rien dans la course à la deuxième place. L’avantage est donc à Chambéry mais si les savoyards étaient battus par Montpellier, la dernière journée serait cruciale avec un déplacement délicat pour Chambéry à Saint-Raphaël.

HZ : Ivry et Dunkerque sont-ils en pole position pour la quatrième place ?
P.C. :
Il ne faut pas oublier Saint-Raphaël qui a gagné à Dunkerque au match aller et qui reçoit les nordistes lors de la prochaine journée. Cela peut permettre aux joueurs de Christian Gaudin d’avoir un goal-average particulier favorable vis-à-vis de l’USDK. Il faut faire attention car dans la dernière ligne droite, Saint-Raphaël pourrait doubler Ivry et Dunkerque. Cette lutte pour la quatrième place va être très engagée jusqu’au bout.

HZ : Ivry est toujours en course en Coupe de France avec un tirage a priori favorable face à Pontault-Combault en quarts de finale.
P.C. :
Le tirage est à priori facile mais Pontault a quelque peu évacué ses soucis liés au maintien en D.2 grâce à son match nul à Nancy. Les pontellois n’auront rien à perdre. Même si Ivry a le niveau et l’expérience qui plaident en sa faveur, il faut toujours se méfier de ce genre de confrontation.

HZ : Saint-Raphaël a annoncé l’arrivée de Yohann Ploquin pour la saison prochaine. Cette signature démontre bien les ambitions élevées du club ?
P.C. :
Depuis que Saint-Raphaël a fait un passage éclair en Division 2 pour se reconstruire, le club a été restructuré pour se donner les moyens de viser plus haut. C’est le cas depuis l’année dernière et cette saison est celle de la confirmation. C’est toujours délicat de répondre présent après un exercice particulièrement réussi. Saint-Raphaël veut aller de l’avant et cela prouve que Montpellier est une véritable locomotive pour tout le championnat.

HZ : Sans être brillant, Créteil est toujours en course pour finir à la sixième place du championnat.
P.C. :
Créteil va lancer un gros chantier à l’intersaison avec de nombreux départs et un effectif qui va être chamboulé. Je pense que les joueurs ont assuré le minimum syndical lors de certaines rencontres. En se déplaçant à Toulouse, en recevant Ivry et en finissant à Nîmes, la fin de championnat ne sera pas simple. Je pense que Créteil terminera en milieu de tableau, à la septième ou à la huitième place.

HZ : Créteil est donc à sa place aujourd’hui en championnat ?
P.C. :
Au vu du calendrier du club et des mouvements annoncés dans l’effectif, je pense qu’il sera difficile pour Créteil de viser plus haut. L’équipe n’a pas été épargnée par les blessures et c’est un élément qu’il a fallu gérer. Ce n’est jamais simple à faire.

HZ : Istres, qui est actuellement huitième au classement, peut-il espérer mieux à trois matches de la fin ?
P.C. :
Istres va à Aurillac, reçoit Saint-Raphaël et finit à Ivry. Ce n’est pas une fin de championnat aisée. Comme le soulignait Christophe Mazel, son équipe veut légitimer en championnat son titre remporté à Miami et viser le plus haut possible. C’est tout à son honneur. Le club n’a pas eu un début de championnat très facile mais a su travailler avec patience, se structurer pour réaliser cette belle deuxième partie de saison. Istres a un beau projet de développement, mis en avant avec un match à Marseille face à Paris.

HZ : Face à la désaffection des Américains pour la Coupe de la Ligue à Miami, Istres n’a-t-il pas sauvé cette compétition du lynchage médiatique ?
P.C. :
Depuis que la LNH a annoncé que la Coupe de la Ligue se déroulerait à Miami, cela a fait beaucoup de bruit dans les médias, tout le monde en a parlé et les journalistes ont été nombreux à suivre la compétition. Les équipes ne se sont jamais autant battues pour participer à la Coupe de la Ligue. On a vu des matches de haute volée, qui se sont joués à pas grand-chose. Il y avait beaucoup d’émotion à la fin des matches, beaucoup de déception du côté des vaincus : cela prouve toute la valeur de ce projet. Il faut maintenant espérer qu’il rebondira autrement par la suite.

HZ : Toulouse a été battu le week-end dernier par Nantes et reste plus que jamais concerné par le maintien en D.1.
P.C. :
Si les toulousains avaient battu Nantes, ils auraient pu se mettre définitivement à l’abri. Toulouse compte tout de même deux points d’avance sur Paris et un goal-average particulier favorable. Je pense qu’une victoire lors des trois prochains matches permettrait d’assurer le maintien de cette équipe. Au vu du potentiel du collectif, le maintien aurait même pu être assuré plus tôt dans la saison. Toulouse a manqué de constance tout au long de la saison.

HZ : Nantes est sorti de la zone rouge après son succès face à Toulouse. Peut-on parler d’un « effet Thierry Anti » pour expliquer les bons résultats de ces dernières journées ?
P.C. :
L’arrivée de Thierry a apporté un plus énorme au collectif, c’est indéniable. Cela a peut être rassuré les joueurs et le fait d’avoir deux personnes pour s’occuper de l’équipe a permis de montrer que tout le monde était concerné par l’opération maintien. Nantes est un club tout jeune parmi l’Elite mais son développement prouve qu’il a envie d’aller de l’avant. Ce serait une bonne chose que Nantes puisse rester en D.1.

HZ : Au niveau mental, le maintien est-il bien engagé pour les nantais ?
P.C. :
Avec un point d’avance sur Paris, Nantes a en ligne de mire un match crucial face aux parisiens lors de l’avant dernière journée. Les nantais ne pourront pas passer à travers s’ils veulent se maintenir.

HZ : L’autre promu, Aurillac, est également toujours concerné par le maintien. Les aurillacois sont au coude à coude avec les nîmois. Leur inexpérience en D.1 ne risque-t-elle pas de les désavantager dans le sprint final ?
P.C. :
Aurillac a l’avantage du goal-average particulier par rapport à Nîmes et va également disputer deux rencontres à domicile dont la dernière face à Sélestat. Je pense qu’Aurillac a encore besoin d’au moins une victoire pour se maintenir. Quand on regarde le bas du classement, c’est peut être l’une des premières fois où on retrouve tant d’équipes avec autant de victoires concernées par la rétrogradation.

HZ : Nîmes et Paris se disputaient les places européennes il y a quelques saisons. D’après toi, comment expliquer que ces deux formations soient aujourd’hui à la lutte pour le maintien ?
P.C. :
Ces deux équipes ont accumulé les blessures au fil de la saison. Le collectif a été handicapé et il a fallu s’adapter à cette situation dans l’urgence. Quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, le doute s’installe, surtout que Nîmes et Paris n’avaient pas l’habitude de se retrouver en bas de classement. C’est tout un enchaînement d’évènements qui fait qu’ensuite, on ne joue plus avec la même facilité.

HZ : Olivier Girault a annoncé son retour en tant que joueur du Paris Handball jusqu’à la fin de la saison. Est-ce une bonne nouvelle pour le club parisien ou, au contraire, est-ce symptomatique des faiblesses du collectif ?
P.C. :
Dans l’urgence, tout le monde essaye d’amener sa pierre à l’édifice. Le choix du staff parisien de faire rejouer Olivier Girault, c’est peut être se donner toutes les chances jusqu’au bout de maintenir le club. Pour Paris, la fin de saison va être compliquée, avec la réception de Chambéry, un déplacement à Nantes et une confrontation face à Dunkerque. A mon avis, Paris aura besoin de deux victoires pour rester en D.1.

HZ : Entre Toulouse, Nantes, Aurillac, Nîmes et Paris, quelle formation te semble la plus faible ?
P.C. :
Je pense qu’il faut raisonner sur deux aspects : d’un point vue psychologique, pour les raisons évoquées ci-dessus, Paris et Nîmes tiennent la corde. Au niveau du calendrier, Paris a le moins favorable. Ce championnat a été disputé à tous les niveaux, il serait étonnant qu’il ne nous réserve pas son lot de surprises  jusqu’à la dernière seconde.

HZ : Sélestat est condamné à la relégation. Quelle peut être la source de motivation pour les joueurs aujourd’hui ?
P.C. :
Il faut bien distinguer l’aspect joueur de l’aspect club. Reste à savoir quels sont les joueurs qui vont être concernés. Chacun essaye de sauver sa peau et de rebondir peut être ailleurs. Le club, quant à lui, se place davantage dans une perspective de reconstruction et de développement avec notamment l’arrivée d’une nouvelle salle. Etre fixé très rapidement sur son sort n’est pas agréable mais permet de savoir de quelle manière la prochaine saison va pouvoir être abordée.

Propos recueillis par

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