Après la parenthèse internationale, le championnat de France va reprendre ses droits dans quelques jours avec notamment un duel très intéressant entre Ivry et Saint-Raphaël. Montpellier, invaincu lors des matchs allers, entend bien continuer sur sa lancée et accentuer encore plus son avance sur ses principaux poursuivants. La lutte s’annonce acharnée à tous les niveaux, des places européennes jusqu’en bas de tableau où plusieurs formations doivent vite réagir pour éviter la relégation en D.2.
Philippe Carrara, fin observateur de la LNH, décrypte pour HandZone la première partie de saison. L’ancien entraîneur de Sélestat et Pontault et actuel responsable du centre de formation de Tremblay analyse l’état des forces en présence à quelques jours de la reprise.

HandZone : Philippe, avec huit points d’avance sur Dunkerque, peut-on considérer que Montpellier a déjà fait le plus difficile pour décrocher un nouveau titre de champion de France ?
Philippe Carrara : Montpellier a non seulement huit points d’avance sur son premier poursuivant mais aussi un goal-average particulier favorable par rapport à l’ensemble des autres formations. Montpellier était très attendu sur cette phase aller et les joueurs ont été à la hauteur des espérances placées en eux. Le MAHB est plus que jamais présent. Le championnat me parait plus ou moins gagné. La deuxième partie de saison va être très importante avec la Coupe de France, la Coupe de la Ligue mais surtout la Ligue des Champions en point de mire. La Coupe d’Europe va être un challenge exaltant pour cette équipe.
HZ : Selon toi, qu’est-ce qui pourrait empêcher Montpellier d’être champion de France à l’issue de la saison ?
P. C. : Un tremblement de terre sur Bougnol (rires) ! Plus sérieusement, je crois qu’aujourd’hui, Montpellier est son plus grand adversaire. Les héraultais ont la mainmise sur le championnat et ont mis les autres concurrents sous l’éteignoir. Partout où ils passent, ils affolent les scores, au niveau sportif mais aussi au niveau des affluences dans les salles. Tout le mal qu’on peut souhaiter aux autres clubs, c’est de s’inspirer à leur niveau de l’exemple montpelliérain.

HZ : Dunkerque est actuellement deuxième du championnat. Après avoir annoncé l’année dernière viser une qualification en Ligue des Champions, la saison 2009-2010 va-t-elle enfin permettre à l’USDK d’atteindre cet objectif ?
P. C. : On ne va pas leur porter la poisse ! L’année dernière, Dunkerque avait peut être affiché ses objectifs un peu trop vite et un peu trop fort. Les joueurs s’étaient mis un peu plus de pression que par le passé. Cette saison, le club a décidé de faire profil bas. Les nordistes ont répondu présent lors des matchs allers. Le groupe a bien mûri et constitue un bon mélange de joueurs expérimentés et de jeunes en devenir. Dunkerque a néanmoins enregistré quelques défaites qui auraient pu être évitées. La différence avec la saison passée, c’est que certaines formations du peloton de tête ont, elles aussi, enregistré quelques faux pas supplémentaires. Avec cette place de dauphin et une qualification en demi finale de la Coupe de la Ligue, Dunkerque a réussi sa première partie de saison.
HZ : Malgré le départ de Daniel Narcisse à l’intersaison, Chambéry est toujours bien placé pour décrocher une place en Ligue des Champions …
P. C. : Perdre un joueur de la dimension de Daniel Narcisse quasiment en fin de préparation a été un vrai coup dur pour Chambéry. Ça a forcément perturbé l’équipe en début de championnat. Mais dans leur malheur, les savoyards ont tout de même récupéré Gabor Csaszar, un joueur de talent qui, même s’il n’a pas totalement compensé le départ de Daniel Narcisse, a réussi à apporter toute son expérience à l’équipe. Comme les saisons passées, Chambéry n’a pas été épargné par les blessures. Le renfort d’Edin Basic au mois de décembre dernier devrait leur permettre d’affronter les matches retours avec davantage d’optimisme. Les savoyards vont devoir gérer un calendrier chargé en février avec la Ligue des Champions. Ce ne sera pas une mission facile mais ils ont montré, en s’imposant à Rhein Neckar Löwen, qu’ils avaient le potentiel pour accrocher les meilleurs.

HZ : Entre Dunkerque et Chambéry, quelle équipe te semble la plus forte pour terminer deuxième ?
P. C. : C’est du 50-50. Chambéry aura la lourde tâche de se déplacer à Dunkerque et d’effectuer davantage de déplacements que son concurrent avec ses matches en Ligue des Champions. Cependant, Chambéry possède davantage d’expérience pour affronter ce genre de situation et gérer l’enchaînement des rencontres. Ce sera un duel vraiment équilibré et une lutte acharnée jusqu’au bout.
HZ : Quatrième de D.1, Saint-Raphaël peut-il viser une place en Ligue des Champions dès cette saison ?
P. C. : Il va falloir que Saint-Raphaël évite certains faux pas commis lors de la phase aller. L’équipe a perdu deux points à Aurillac qui peuvent valoir chers en fin de saison. L’équipe de Christian Gaudin aura des déplacements difficiles, surtout quand on sait que plusieurs équipes vont devoir se battre jusqu’au bout pour assurer leur survie en D.1. Le grand défi de Saint-Raphaël sera de pouvoir enchaîner les succès à l’extérieur. Le groupe a un fort potentiel. C’est une équipe complète sur toutes les lignes, avec de l’expérience et qui est en phase avec ses objectifs de début de saison.

HZ : Malgré un début de saison poussif, Tremblay est dans le groupe de tête. Quel regard portes-tu sur les matchs allers de cette équipe ?
P. C. : Tremblay est toujours présent. L’équipe en forme de la saison passée ne peut plus compter sur l’effet de surprise qui a si bien fonctionné l’année dernière. Les tremblaysiens sont désormais attendus au tournant par tous. Le début de saison a d’ailleurs été difficile, avec une défaite à Dunkerque puis une autre à domicile contre Toulouse. Il a ensuite fallu retrouver la même dynamique que la saison passée, ce que l’équipe a réussi à faire progressivement. Pour la première fois de son histoire, le club a découvert la Coupe d’Europe et a, de fait, du gérer un calendrier beaucoup plus chargé. Tremblay reste en embuscade en championnat.
HZ : Ivry peut-il encore créer la surprise à tout moment en championnat ?
P. C. : Tout à fait ! Ivry a réalisé un très bon début de saison puis a lourdement chuté à Montpellier en s’inclinant de 15 buts. Je pense que cette défaite a beaucoup affecté le groupe. Ensuite, les résultats ont été un peu fluctuants. Les joueurs de Pascal Léandri se sont bien repris en fin de championnat même s’ils se sont inclinés à Dunkerque en Coupe de la Ligue. Remporter le Marrane avec beaucoup de jeunes joueurs est la preuve qu’Ivry sera à suivre lors des matches retours. Cette victoire est d’ailleurs la première du club dans l’histoire du Marrane ! Selon moi, Ivry peut semer le trouble parmi les outsiders.

HZ : Nantes a été très en vue lors des matches allers. Quelle est la recette du succès des nantais ?
P. C. : Nantes a su recruter intelligemment, en faisant revenir un joueur revanchard en la personne de Seufyann Sayad et en engageant Audray Tuzolana. Souza et Frédéric Dole sont également des piliers indispensables. Certains joueurs avaient également à cœur de réaliser des meilleures performances que l’année passée. Nantes, c’est aussi un coach, Thierry Anti, qui a su apporter sa patte à cette formation, comme il l’avait fait avec succès par le passé dans d’autres clubs. Il a su placer Nantes sur une bonne dynamique. Il ne faut pas oublier tout le travail des dirigeants qui exploitent parfaitement ces merveilleux outils que sont les deux palais des sports. Nantes est désormais une place forte du hand français, comme le prouve l’attribution de l’organisation des phases finales de la Coupe de la Ligue.
HZ : Nantes peut-il raisonnablement viser la 4ème ou la 5ème place de D.1 ?
P. C. : Oui, c’est un objectif qui peut être réalisable. Reste à savoir si le fait d’affirmer ce genre d’ambition ne va pas mettre trop de pression sur les épaules des joueurs. L’histoire nous le dira. Grâce à sa bonne phase aller, je pense que Nantes a quasiment assuré son maintien en D.1. Cela va permettre au club de travailler un peu plus dans la sérénité, contrairement à la saison dernière.
HZ : Istres est dans le ventre mou de D.1 (8ème). L’effet « Coupe de la Ligue à Miami » se fait-il toujours sentir en Provence ?
P. C. : Istres n’a pas été épargné par les blessures, notamment des joueurs cadres dès le début du championnat. Comme Tremblay, les provençaux ont du gérer l’enchainement des matches avec la Coupe d’Europe. Ils ont laissé beaucoup de forces dans la bataille. Istres a toujours montré qu’il savait être présent dans les moments délicats. C’est un groupe qui ne lâche rien et qui a, à mon sens, gardé toute la valeur qui était la sienne à Miami la saison passée.

HZ : Dijon, l’un des deux promus, est neuvième à la trêve. Pensais-tu voir le groupe de Denis Lathoud aussi bien classé après la phase aller ?
P. C. : Oui et non. Dijon a fait partie de ces clubs qui ont alimenté le « feuilleton » de l’été pour savoir s’il allait évoluer en LNH. Ce n’est jamais facile dans une préparation de ne pas savoir si l’équipe pourra tenir sa place en D.1. De fait, certains joueurs n’ont pas été qualifiés dès le départ et le groupe a été restreint à treize unités, puis à onze à cause des blessures. Le groupe dijonnais a su trouver des ressources pour faire face à cette situation. Denis Lathoud a apporté une touche très positive à cette équipe qui joue très bien au ballon et qui pratique un beau handball. Dijon a montré qu’il devenait une forteresse quasi imprenable à domicile, notamment en dominant Dunkerque. Cette équipe peut encore surprendre.
HZ : Comme depuis plusieurs saisons, Nîmes est toujours à la lutte pour le maintien. Que manque-t-il à cette équipe pour viser plus haut ?
P. C. : Il ne manque pas grand-chose à Nîmes. Le collectif est restreint, ce qui est la conséquence des problèmes financiers du club. Comme Dijon, les nîmois ont du attendre assez longtemps pour savoir s’ils pourraient jouer en D.1. L’équipe a perdu quelques matches d’un but seulement, contre Chambéry et Tremblay notamment. Les gardois ont par contre été capables de gagner de dix buts à Créteil. Ils sont habitués à cette lutte pour le maintien et connaissent le prix à payer pour s’en sortir.

HZ : Quel regard portes-tu sur les débuts de Laurent Puigségur à la tête de l’USAM ?
P. C. : Ce sont de bons débuts ! Laurent est à la tête d’un club qu’il connaît bien puisqu’il y a joué avant de rejoindre Montpellier. En tant que joueur, il a acquis une grande expérience qu’il transmet désormais à ses joueurs. A travers le jeu qui est mis en place, on peut remarquer la « patte Laurent Puigségur ».
HZ : Cesson a fait une belle première partie de saison pour un promu. A l’image de Nantes la saison passée, Cesson peut-il suivre la même progression, à la fois sur le plan sportif mais aussi au niveau du développement du club ?
P. C. : Chaque club a son histoire. Cesson a connu des débuts poussifs puis a progressivement pris le rythme de la LNH. La salle se remplit à chaque match, il existe une effervescence autour de ce club et dans la région rennaise. La deuxième partie de championnat va être difficile et tous les points vaudront chers. Il ne faudra pas que l’équipe passe à côté de ses matches face à ses concurrents directs pour le maintien.

HZ : Quel est ton analyse sur la première partie de saison d’Aurillac ?
P. C. : Aurillac est belle surprise aux vues des difficultés du club à l’intersaison. Entre les déboires financiers, le départ du président, une nouvelle structure et un changement d’entraîneur, je pense que peu de personnes auraient parié sur les performances de cette équipe qui a fait match nul à Cesson et s’est imposée à Créteil, contre Ivry et Saint-Raphaël. Aurillac s’est bien battu et c’est tout à son honneur.
HZ : Nîmes, Cesson et Aurillac sont à égalité de points. Quelle équipe possède, selon toi, le plus fort potentiel ?
P. C. : Nîmes a plus de forces. L’équipe a davantage de joueurs d’expérience habitués à ces joutes très serrés. Ils ont été confrontés à cette situation les saisons passées, ils s’en sont toujours sortis. Je fais confiance au collectif nîmois pour redresser la tête lors des matches retours.
HZ : Depuis plusieurs saisons, Toulouse occupe le bas du classement. Malgré quelques changements à l’intersaison, la situation ne s’est pas améliorée puisque le club est relégable. Quel est le problème de cette équipe ?
P. C. : Vu de l’extérieur, c’est difficile de répondre à cette question. Chaque année, Toulouse est annoncé parmi les huit premiers de D.1 par les observateurs mais se retrouve toujours à la lutte pour le maintien. Ils ont eu le bonheur de récupérer Cédric Sorhaindo, qui leur a déjà apporté toute son expérience face à Aurillac. Toulouse a un calendrier plutôt favorable puisque le club va recevoir la plupart de ses concurrents directs. Il ne faudra pas déjouer lors de ces rencontres sous peine de se retrouver dans une situation très compliquée.

HZ : L’apport de Cédric Sorhaindo peut-il faire la différence par rapport aux autres équipes qui jouent leur survie en LNH ?
P. C. : C’est certain qu’un joueur comme Cédric Sorhaindo, qui est jeune, possède de l’expérience, attaque et défend bien, est un atout majeur pour Toulouse. La signature du pivot international est un cadeau tombé du ciel pour les toulousains. S’il était resté à Paris, je pense que la situation serait encore plus délicate pour le club.
HZ : Créteil a beaucoup renouvelé son effectif à l’intersaison. Est-ce une surprise pour toi de voir cette équipe autant en difficulté ?
P. C. : Oui car Créteil avait fait une très belle préparation, en remportant notamment le Tournoi de Landerneau. Entre les matches d’avant saison et les matches officiels, on peut constater qu’il y a un monde d’écart. Les cristoliens n’ont pas eu de chance en débutant leur saison à Montpellier qui, comme on le sait, voulait marquer son territoire d’entrée de jeu. Cependant, dans la foulée, ils ont été capables de gagner à domicile contre Dunkerque. Ensuite, ce fut la grande traversée du désert avec un collectif qui se cherche et plusieurs joueurs blessés. Créteil va devoir s’imposer à l’extérieur contre des concurrents directs s’il veut rester en D.1. Le goal-average particulier est également à prendre en compte car il est pour l’instant très défavorable aux cristoliens.
HZ : Les joueurs cristoliens n’ont-ils pas déjà lâché prise dans leur tête ?
P. C. : Je n’espère pas pour eux ! Créteil reste une place forte du hand français. C’est un club qui a une histoire, des valeurs. Il y a des joueurs de qualité au sein de l’effectif. L’apport de Venio Losert, champion olympique et champion du Monde, sera un atout capital dans les buts. La perte de Guéric Kervadec sera cependant préjudiciable.

HZ : Combien de victoires seront nécessaires pour se sauver en D.1 cette saison ?
P. C. : Je pense qu’il faudra au minimum neuf à dix victoires pour ne pas descendre en D.2.
Propos recueillis par