Après avoir emmené la génération des Alisson Pineau, Alice Lévèque et autre Cléopâtre Darleux à la médaille de Bronze européenne et la 4° place mondiale, Pierre Mangin, coach des jeunes Bleues a fait encore mieux avec la génération suivante en décrochant en Slovaquie un titre européen, chose jamais réalisée par aucune sélection de jeunes françaises et français. Il a accepté de revenir sur cette semaine de tous les exploits en décortiquant un peu le jeu et les forces des Bleuettes, où les forces du groupe ont été avant tout une maîtrise du jeu, un respect des consignes et un mental à toute épreuve, pour finir sur l'avenir et les générations à venir.
HZ : Quelle a été la genèse de ce titre ?
Pierre Mangin : La force principale de cette génération et son homogénéité, elle ne possède pas des joueuses de si haut niveau que la précédente au même âge, mais le groupe est la principale force. La preuve, juste avant l'Euro, Claudine Mendy, notre pivot et future Havraise, s'est blessée et avec cette blessure c'était un gros potentiel qui restait en France. Le groupe tout entier a sut rebondir et passer outre, avec une Eva Turpin qui s'est un peu sacrifiée pour la remplacer au mieux et une Isaure Vigner qui a été d'une constance absolue pendant tout l'Euro.
HZ : Quelques joueuses ont vraiment su tirer ce groupe, peux tu nous situer lesquelles et dans quel domaine ?
P. M. : Bien évidemment ce groupe possède ces propres leaders, mais certaines filles ont vraiment sut faire encore mieux pendant cette semaine de compétition. Bien sur les cadres que sont Martine Rigayen, Gnonsiane Niombla et Isaure Vigner ont répondues présentes, mais des gardiennes et notamment Pauline Leythienne énorme en fin d'Euro, ou nous savions que nous avions un petit déficit au départ aux "remplaçantes" toutes ont vraiment élevé leur niveau tout au long de la compétition. Avec en exergue les performances de Marie Prudhomme qui a vraiment fait parler son bras gauche et une Marie Jaubert qui a su devenir indispensable au fil de la compétition.

Gnonsiane Niombla
HZ : Pour toi, quelles sont celles dont nous devrions entendre parler le plus vite.
P. M. : Biens sur, Martine Rigayen de Metz et Gnonsiane Niombla de Lyon sont de celles là, mais d'autres devraient aussi percer. Entre autre Isaure Vigner, étonnante de maturité à 17 ans et qui devrait avoir une vraie carte à jouer avec Angoulême en D1, Marie Jaubert de Celles / Belle qui m'a épaté tout au long de l'Euro et qui pourrait profiter de la D2 pour continuer à faire un joli bout de chemin. Reste que cette catégorie est souvent dispendieuse en individualités, elles ont encore énormément à prouver et à faire mais ce titre peut aussi les y aider en terme de confiance et de certitude.

Isaurz Vigner
HZ : Quel a été pour toi le moment clef de cet Euro
P. M. : Sans aucun doute le match face au Danemark. Car après un premier tour assez facile nous savions que ce premier match du deuxième tour pouvait nous ouvrir directement les portes des demis. Encore fallait-il dominer cette superbe équipe du Danemark. Mais nous savions comment les jouer, entre les rencontres de l'année dernière à Apt, la tournée de janvier où nous les avions rencontré 3 fois chez elles, nous savions comment les jouer et comme les joueuses ont parfaitement adhéré au projet, ce match a été la clef de toute la suite. C'est d'ailleurs ce qui est vraiment ce qui m'a le plus étonné au niveau du groupe, cette facilité à appliquer les consignes, ne jamais déjouer et toujours rester dans le projet de jeu ! Un véritable bonheur pour un coach de guider un tel groupe aussi à l'écoute.
HZ : Après la Russie, match légèrement raté ou petite impasse ?
P. M. : Pour la Russie on avait décidé de faire souffler quelques éléments clefs. Céline Blard qui avait joué le feu en première phase avait besoin de souffler et avait été en échec complet face au Danemark, Martine Rigayen a été épargnée et Gnonsiane Niombla n'a joué que la moitié du match. Mais bon, la Russie avec des joueuses comme Khmyrova, c'est quand même un sacré morceau. Mais comme nous étions qualifiés et qu'essayer de choisir sa demi était impossible avec le match Pays-Bas - Espagne qui avait lieu après le notre, autant essayer d'économiser un peu le groupe dans l'objectif d'aller au bout. Avec 7 matches en 10 jours, on savait que la différence se ferait aussi sur la fraîcheur des joueuses.

Céline Blard
HZ : Restait à finir le travail en demi et en finale
P. M. : Oui, face aux Pays-Bas cela a été tendu, pour la première fois de la compétition, hormis le match face à la Russie, nous avons eu de vrais problèmes à régler. Après avoir été dominateurs, on a un peu craqué en début de deuxième période et les Pays Bas en ont profité pour égaliser à 17-17. Et là encore une fois, les joueuses ont montré de vraies qualités de battantes. Car face à cette superbe équipe il fallait de sacrées qualités pour rebondir après avoir si bien entamé le match. Après pour la finale, encore une fois les joueuses ont su prendre le match par le bon bout, et même si rien n'a été facile, elles ont parfaitement su s'adapter aux problématiques du match telles que nous les avions prévues. Voir le gros travail que nous faisions sur la vidéo porter aussi bien ses fruits est une vraie récompense du boulot accompli.
HZ : Alors la France meilleure nation d'Europe donc du Monde chez les jeunes ?
P. M. : Houlà !!! Pas si vite, ce titre est la consécration du travail fait depuis trois ans, mais avec des équipes comme la Norvège, la Roumanie et la Croatie qui ont complètement raté cet Euro et le Danemark qui reste au top, il ne faut pas se voir trop beaux. Maintenant, ce titre, il est là et avec tous les sacrifices fait par les filles comme par exemple accepter de passer le bac Français en septembre ou tous les stages mis en place depuis un an, ont peu quand même se dire que le travail paie. Comme en plus l'équipe de France a été celle qui a le plus maîtrisé le jeu et ses adversaires, il est évident que le retour en Slovaquie pour le Mondial l'année prochaine se fera avec de vraies ambitions. Il y aura peut-être quelques retouches au niveau du groupe avec quelques 91 très proches du niveau, mais globalement le noyau fort ne devrait pas vraiment bouger.
HZ : Et après adieu à ces joueuses, pas trop frustrant de ne pouvoir continuer à les faire progresser et tout recommencer à zéro avec un nouveau groupe ?
P. M. : Bien sur il y a un peu de frustration, mais elle est très vite compensée par l'envie de donner de nouveau à un groupe. C'est la règle du jeu que de laisser partir les filles vers d'autres choses et comme depuis quelques saisons nous avons mis en place un système de "pouponnière" cela nous permet de commencer le travail sur le groupe suivant avant même de voir l'autre partir. Tout ça nous donne bien sur plus de travail mais le passage de témoin se fait dans de bien meilleures conditions et quand le nouveau groupe devient opérationnel en termes de compétitions internationales il a déjà une saison complète de travail.
HZ : Au final, la formation française toujours au top ?
P. M. : Je le pense, même si beaucoup de choses doivent être revues sans doute. Il faut que les élites puissent être resserrées au fur et à mesure des progressions. A Aujourd'hui il y a sans doute trop de pôles ce qui emmène à travailler sur des joueuses au potentiel pas forcément évident pour le très haut niveau. Mais quand même il ne faut pas dénigrer le système, il a porté ses fruits et si les choses doivent être améliorées comme toujours en sport où quand on n'avance pas on recule, la filière française de formation est loin d'être mauvaise. Ce titre en est une bien jolie preuve.

Martine Rigayen