En perdant devant Le Havre, malgré une bonne partie, Yutz s'est condamné. Le plus difficile sera de retrouver une synergie, une harmonie.
Une ambiance lourde. Des regards qui se fuient, des bonjours polis, des conciliabules entre ex-amis. Yutz vit le temps de la crise de croissance. La décision qui a exclu Francis Manneau fait mal. Elle fait des dégâts collatéraux. Sur le terrain, les joueuses, comme depuis le début des matches retour, ne montrent rien des dissensions. Elles jouent. Et plutôt bien. « On a manqué notre début de rencontre. Alors, on a couru après le score. On a bien défendu, très haut comme je l'avais demandé même si on s'est exposé sur les ailes et au pivot. Mais comment peut-on être satisfait quand on ne gagne pas ? Le mal, chez nous, c'est que personne n'est bon en même temps. Samedi, Carmen Nitescu a fait un bon match, d'autres n'ont pas suivi. Au Havre, l'équipe répond présent du début à la fin. » Rodi Covaliuc analyse ainsi la partie. La Roumaine, joueuse historique du club, femme de responsabilité, s'il en est, quand elle était aux affaires sur le terrain, explique la petite différence entre une équipe de haut de tableau et une formation reléguable qui en reste à quatre victoires à trois rencontres de la fin. « Bien sûr que c'est joué », concède Rodi Covaliuc. Des tribunes, on ne perçoit pas grand chose du malaise qui gangrène l'équipe et le club depuis le début de la saison. On aperçoit un banc pacifié où Francis Manneau est devenu un adjoint de circonstance qui donne des conseils à celles qui veulent bien encore écouter le coach qui les a amenées après trente ans au plus haut niveau.
Maintenant, il faudrait rapidement intégrer la réalité, tirer un trait sur une saison dommageable, en tirer les leçons et refaire l'unité, sans oublier qu'on ne fait pas une histoire en se coupant de ses racines. Tout au contraire. Le temps est court. Il reste trois mois pour formuler un projet, rebâtir une équipe dirigeante et une équipe de joueuses tout simplement. C'est un Gilles Becker attristé qui confiait samedi soir en toute humilité : « Tout le monde est responsable. Mais, pour moi, la responsabilité la plus grave est celle des dirigeants et j'en fais partie. » A l'heure où certaines joueuses négocient des contrats ailleurs, à l'heure où la plus emblématique d'entre elles s'apprête à clore un long et beau chapitre sous le maillot bleu, il serait peut-être temps d'effacer les différends, de se regarder dans les yeux, de se rendre justice et de prendre enfin les bonnes décisions, celles qui garantissent l'avenir. Car en sport, il n'est jamais grave de perdre, il est grave de vendre son âme.
A. Z. pour le républicain Lorrain