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Conférence /débat de Manuela  Ilie : Entraîneur professionnel du HBC Nîmes (D1F) récemment championne d'Europe (Challenge Cup)


Thème : Relation Entraîneur- Entraînées : expérience d'une femme entraîneur et joueuse de haut niveau.

Je vais partir de mon expérience personnelle de joueuse et d'entraîneur.
En préalable, il faut prendre en compte le contexte politique de la Roumanie, jusqu'en 1989, jusqu'à l'explosion et le changement.
Jusque la, les entraîneurs étaient très rigoureux, comme  le régime politique, à la limite de la soumission. On n'avait pas le droit à la parole, à l'échec, j'ai senti la peur.
Au niveau des contenus, au départ on faisait beaucoup de gammes de  travail physique. Il  y a avait peu de place pour le travail perceptif.
On avait peu de créativité, on jouait avec des combinaisons. Pour s'exprimer c'était très difficile.
En tant qu'entraîneur, je savais déjà, alors,  ce que je ne voulais pas faire vivre à mes athlètes.

Etiez vous heureux dans cette pratique, ou alors en dehors du hand ?
Le groupe était heureux mais en dehors du terrain. Les moments de peur et de soumission se transformaient en enthousiasme en dehors.

Quand vous partiez jouer à l'étranger, était ce pour partir du pays ?
Au début c'était pour avoir de échanges avec les autres cultures ? Pas pour aller y jouer. On partait d'ailleurs souvent dans les pays du bloc de l'Est, qui vivaient la même chose que nous.
On aimait la France, c'est ma première langue, je partageais cette culture.Je voulais vivre cette expérience la, culturelle.

Comment passiez vous de la détection au haut niveau ?
C'était un privilège d'être détecté. Les entraîneurs avaient le droit d'aller voir les séances de sport au collège.Pas pour entraîner, mais pour voir, pour détecter les potentiels !
Il y a une relation entre les clubs scolaires de la ville et le grand club de D1.
Le potentiel athlétique était important. On passait par des gammes athlétiques.
Les entraîneurs étaient tous  formés, à la base comme professeurs d'EPS et s'ajoutait pour tous 2 ans d'études !

Vous ne faisiez que du Hand ?
Les entraîneurs nous ont permis de continuer nos études.
On était  en séance de 8H  à 10H  et de 15H à 17H00. Puis on allait en cours. Nos examens par contre étaient aménagés, en relation avec l'Université.

A quel âge avez-vous commencé le hand ball ?
J'ai commencé le Hand à 14 ans.Avant je faisais du sport à l'école, 3 fois par semaine. (De 1976 à 1980)
Nous pratiquions toutes les activitées.Le sport avait une place primordiale.
Mais il n'y avait pas de pratique de loisir. Cela n'existait pas.
Puis j'ai été détecté par le club de Brasov et je suis restée jusqu'en 1992.Brasov était géré par une très grande entreprise, qui donnait tous les fonds.

Une autre date importante dans ma vie, c'est la naissance de ma fille en 1991.
On peut dire que la naissance a été programmée ! En France, c'est pris en compte, j'ai vu des filles signer dans un club, attendre un bébé, rapidement et reprendre le cours de leur carrière.
Puis je  suis arrivée en France à 28 ans.

Est-ce que cela a été difficile de s'adapter par rapport à votre jeu très programmé ?
C'est sur que nous avons toutes eu  des problèmes sur le plan perceptif.Et puis j'avais besoin de faire des gammes, de venir avant, de m'échauffer.Et à Bouillargues, on ne s'entraînait pas autant qu'en Roumanie. Alors je me rajoutais du travail physique, de pompes.

Comment êtes vous devenu entraîneur ?
Au départ, je ne pensais pas le devenir, mais la stratégie du club à Nîmes, c'est que les professionnels encadrent les jeunes.Et puis j'ai pris " la graine " et à partir de 2001, j'ai passé mes diplômes en  2005, le club me confiait la D1.Alain Portes s'est arrêté et le club a fait ce qu'il fallait pour m'aider.
J'ai échangé avec les filles qui m'ont aidé dans ma tâche quand je suis devenue entraîneur. Mes idoles sont Patrice Canayer et Marit Breivik.
 J'ai lutté contre la tentation de ne pas reproduire le même fonctionnement.Je n'ai pas de recette, l'important c'est la mesure, conserver de l'initiative, de l'adaptation.Le perceptif, oui, mais il ne faut pas oublier le travail physique et moteur.
La richesse c'est aussi mélange des cultures.
Au début j'étais dans l'extrême, j'ai trop laissé faire. Puis j'ai régulé. Je suis moitié " maman poule "moitié directive.
Il faut aussi gérer les joueuses caractérielles, car avec elles on peut être plus fort !
Quand Mariama Signate n'a pas été prise pour l'Euro, il a fallu gérer la situation. Et en fait le groupe a aspiré vers le haut, a très bien réagi.
Je me suis rendu compte que si on ne se cache pas, en montant " la vraie Manuela " je pouvais porter le groupe vers le haut.
La coupe d'Europe, c'est 4 ans ensemble ! J'ai construit pour compléter le groupe.

Comment concevez vous les relations Homme /Femme dans l'entraînement  ?
Il y a une relation de séduction, toujours. Les filles veulent attirer l'attention.
La première année, il y avait trois femmes dans le staff.  Non ! J'ai pris ensuite un adjoint homme, qui est  modérateur. Les kinés sont aussi trois hommes.

Dans le club, vous vous investissez dans la structuration ?
Au début je ne faisais qu'entraîner mais de plus en plus, je dois aller plus loin. Avoir d'autres missions.
Est-ce difficile de s'imposer dans un milieu d'homme ?
En fait, à ce moment c'était ok, j'avais un équilibre dans ma vie, familiale, aussi. Tu dois être soutenue. En fait c'est mieux si ton mari est sportif.

Comment voyez vous le handball féminin par rapport au masculin ?
On ne peut pas comparer. Il y a presque 20 ans d'écart. Le handball féminin doit évoluer.
Il faut faire attention  avec les jeunes. Quand on reçoit des filles, il y a le contrat, d'accord mais il  faut penser " comment je me forme " et non pas " combien " !
Qu'est ce que tu m'apportes ? Les valeurs sont primordiales.On doit rester dans la simplicité. Le savoir être est important.

Que mettez vous en place pour entretenir la relation entraîneur /Entraîné ?
Au départ je me préservais de ces moments la car  je cadrais des filles avec qui j'avais fait la fête. Et puis il y a eu une autorégulation. On a proposé des moments informels, hors handball,  le bowling, pour parler en confiance. Ce sont des moments riches !
L'échange, l'ouverture, c'est la richesse. J'ai pris un coach personnel, qui m'a aidé.
J'ai vu mon idole Patrice Canayer, évoluer, lui aussi.Il a changé dans on rapport aux joueurs.
Marit Breivik, elle, à une approche extraordinaire.La culture nordique, favorise aussi l'autonomie du groupe.

Que s'est il passé quand les filles sont revenus travailler avec l'entraîneur roumain (club + équipe nationale) : alors qu'elles étaient partis en Hongrie….. ?
En fait les filles n'ont pas supporté d'être sous sa tutelle, d'être entraîné de cette façon. C'est pourquoi malgré le potentiel de l'équipe, ce fut un échec total, le mondial en France !
Maintenant, c'est Radu Voinéa , qui a lui aussi voyagé et joué ailleurs qui a pris la  main et cela se passe beaucoup mieux.

Comment avez-vous vécu ce match de 2007 : France- Roumanie ?
J'ai été complètement tiraillée de tous les cotés .Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je suis née en Roumanie. Je vis en France depuis 10 ans, je suis française maintenant. Mais on a ses racines. J'étais en fait à la fin pour la Roumanie. Mais ce fut un moment très dur !!

 

Une occasion de découvrir une femme qui à touché par son parcours, sa simplicité, sa force, sa douceur et son humilité. Elle a fait l'unanimité parmi les participants.

Catherine TACHDJIAN et Jean-Philippe OMER

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