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Montpellier et Chambéry qui caracolent en tête du classement de D.1 après sept journées, Tremblay et Ivry en embuscade qui se disputent la suprématie francilienne, Nantes qui n’a toujours pas ouvert son compteur de victoires : l’actualité du championnat a été riche ces dernières semaines. Après avoir disputé plus du quart de l’exercice 2008-2009, les différentes formations commencent à installer une certaine hiérarchie à tous les étages.
Philippe Carrara, ancien coach de Sélestat, Pontault-Combault et directeur technique de Tremblay la saison passée, analyse pour HandZone les forces en présence et dresse un premier bilan après deux mois de compétition.

HandZone : Montpellier et Chambéry sont en tête de D.1. Ces deux équipes sont-elles à leur place au vu de leurs performances depuis le début du championnat ?
Philippe Carrara : Ces deux équipes survolent la compétition. Même si Montpellier a eu quelques difficultés à un moment donné, elles sont restées toutes relatives. Le MAHB ne s’est imposé que d’une longueur à Tremblay, tout comme Chambéry à Sélestat. Mais ces deux équipes ont une telle emprise sur certains matches qu’elles me semblent actuellement au-dessus du lot. L’affrontement entre Chambéry et Montpellier lors de la dernière journée des matches allers pourrait bien être décisive dans la course au titre. Les rencontres de Coupe d’Europe pourront peut être engendrer de la fatigue mais je n’y crois pas trop. Les deux collectifs sont assez riches pour disputer de front le championnat et la Ligue des Champions.

HZ : Entre Montpellier et Chambéry, laquelle de ces deux formations t’a fait jusqu’à présent la meilleure impression ?
P.C. : Les deux équipes me plaisent bien aujourd’hui : c’est du 50-50. Cela donne de l’intérêt au championnat. Je pense que Chambéry prend goût à la victoire alors qu’il n’était pas aussi dominateur les saisons passées. En Ligue des Champions, l’équipe a gagné ses trois matches. De son côté, Montpellier possède un effectif pléthorique avec un banc qui me semble beaucoup plus profond que celui des savoyards. Cela leur permet de jouer sur tous les tableaux : ce ne sera pas inutile avec les risques de blessures, de méforme et les convocations en équipe de France.

HZ : Tremblay fait partie du trio de tête, à trois points de Chambéry. Est-ce une surprise de retrouver ce club si bien placé après sept journées ?
P.C. : Non car le collectif a mûri par rapport à la saison passée qui n’a pas été facile pour l’équipe. L’apport de Sébastien Mongin, le retour en forme de certains joueurs qui ont retrouvé la rage de vaincre et l’arrivée d’un nouvel entraîneur sont autant d’ingrédients qui expliquent le bon classement actuel de Tremblay. Le groupe est motivé et cette troisième place est une confirmation de ce que l’équipe était capable de faire par le passé.
HZ : Peut-on parler d’un « effet Stéphane Imbratta » sur le collectif tremblaysien ?
P.C. : C’est un coach qui fait du bon travail, qui apporte sa pugnacité et sa manière d’aborder la compétition au club. Le groupe avait peut être besoin de tout ça pour se relancer et avoir les résultats qui sont les siens depuis le mois de septembre.

HZ : Autre équipe francilienne qui joue les premiers rôles : Ivry. L’équipe val-de-marnaise semble avoir bien digéré les nombreux départs enregistrés cet été.
P.C. : Ivry a eu l’intelligence de bien gérer son début de championnat. Hormis un gros match contre Dunkerque lors de la 2ème journée puis face à Tremblay, les Rouges et Noirs n’ont pas rencontré des équipes de haut de tableau. Les ivryens vont maintenant aborder une phase plus compliquée en affrontant notamment Montpellier et Chambéry. L’équipe a bien su gérer la transition avec tous les départs à l’intersaison. Elle a su gagner les matches qu’il fallait gagner, ce qui est toujours important pour évoluer avec sérénité. Ivry conjugue joueurs d’expérience avec la « pouponnière » qui ne demande qu’à s’exprimer au plus haut niveau.
HZ : Pascal Léandri réalise des débuts plus que satisfaisants en tant que numéro un sur le banc de l’USI…
P.C. : Pascal fait du bon travail. L’équipe a un jeu tiré vers l’avant, rapide, vif, avec toutes les qualités maison qu’on connaît. Ce sont des débuts intéressants pour un jeune entraîneur.

HZ : Trois équipes sont à égalité derrière Ivry : Dunkerque, Nîmes et Créteil. L’une de ces formations est-elle en perte de vitesse ?
P.C. : Créteil est en perte de vitesse. Dans l’interview réalisée fin septembre, j’avais dit que cette équipe m’avait impressionné, notamment après sa belle deuxième mi-temps à Montpellier qui lui avait permis de chatouiller l’ogre héraultais en fin de match. Depuis cette rencontre, les cristoliens ont pris une bonne claque en Coupe de la Ligue contre Paris. Ce fut une réelle surprise car ils ont été dominateurs en première période avant de s’effondrer par la suite. Ils ont ensuite été corrigés de dix buts par Chambéry à domicile, ont été s’imposer difficilement à Nantes et ont partagé les points contre Istres dans leur salle. Créteil est peut être en manque de repères pour l’instant.
HZ : Est-ce parce que le jeu cristolien n’est pas encore bien huilé ?
P.C. : Oui et non car il l’était en début de saison et il ne peut pas avoir subitement évolué en quelques rencontres. Il y a certainement des facteurs qu’on ne peut pas maîtriser de l’extérieur, par rapport à la vie du groupe, pour expliquer les résultats en dent de scie de Créteil.

HZ : De son côté, Nîmes semble faire preuve d’une plus grande sérénité …
P.C. : J’ai encore été agréablement surpris par Nîmes contre Tremblay samedi. En plus des départs enregistrés à l’intersaison, Alain Portes a su gérer de belle manière deux absences de marque, Kabengélé et Malesevic. Quand on a un effectif moins riche, l’absence de tels joueurs se ressent indéniablement sur la fraîcheur du collectif, notamment face à des formations plus étoffées. Nîmes me plaît bien : c’est une équipe qui joue bien au handball, qui va vers l’avant, qui fait preuve d’une grande mobilité et qui est séduisante. Ce n’est pas pour rien qu’Alain Portes a été élu « coach du mois de septembre » par 7 Master.
HZ : Avec sa 5ème place, Dunkerque est encore loin de ses ambitions initiales …
P.C. : Il faut tenir compte de la conjoncture qui n’a pas avantagé les dunkerquois. Ils ont rencontré Montpellier, Chambéry, Ivry et Paris, c'est-à-dire des équipes de haut de tableau. Maintenant, une formation qui a annoncé qu’elle souhaitait se qualifier pour la Ligue des Champions se doit de réaliser une toute autre prestation que celle de l’USDK à Chambéry (NDLR : défaite de 10 buts). Ce match marque bien la frontière qui peut exister entre une équipe qui joue le titre et une autre qui peut postuler à la troisième ou à la quatrième place.

HZ : Dunkerque peut-il atteindre son objectif initial, c'est-à-dire jouer la Ligue des Champions l’année prochaine ?
P.C. : Ce sera dur sauf si l’année prochaine la France a une place supplémentaire en Ligue des Champions. Aujourd’hui, je ne vois pas comment Dunkerque pourrait terminer à l’une des deux premières places de D.1., avec tout le respect que j’ai pour ce club et pour son entraîneur.
HZ : Aurillac est actuellement huitième. Est-ce l’équipe du mois d’octobre en LNH ?
P.C. : Aurillac a réalisé de très belles performances au mois d’octobre, notamment avec son succès en Coupe de la Ligue contre Nantes, ses victoires en championnat à Sélestat et face à St-Raphaël. Les aurillacois ont également livré une belle prestation sur le parquet d’Ivry où ils n’ont été défaits que de quatre buts en montrant un visage séduisant. Autant en début de saison, au vu du recrutement et du manque de passé de l’équipe en D.1, on pouvait être interrogatif, autant aujourd’hui, Aurillac a montré qu’il fallait compter avec lui et qu’il ne serait pas qu’un faire-valoir.

HZ : De même que Tremblay il y a quelques saisons ou St-Raphaël l’année passée, peut-on imaginer Aurillac terminer en milieu de tableau à la fin de l’exercice ?
P.C. : Je pense que ça risque d’être difficile car Aurillac n’a pas forcément le collectif pléthorique qu’ont pu avoir Tremblay et St-Raphaël par le passé. Mais c’est tout le mal que je souhaite à cette formation ! Attention tout de même à certaines équipes qui sont un peu en retrait à présent mais qui pourraient bien se réveiller dans la deuxième partie de la saison.

HZ : St-Raphaël et Paris sont au coude à coude au classement. Peut-on s’attendre à voir ces deux formations retrouver davantage de réussite dans les prochaines semaines ?
P.C. : Paris a perdu trois matches d’un but ! Si les parisiens avaient eu plus de réussite, ils auraient aujourd’hui un tout autre classement. C’est une équipe qui a beaucoup changé à l’intersaison, qui a besoin de repères, de certitudes. Le match livré récemment contre Ivry a peut être rassuré le club. Il faudra suivre attentivement les performances parisiennes dans les semaines qui viennent. C’est une équipe qui va certainement monter en puissance. Quant à St-Raphaël, elle se montre souvent intraitable à domicile mais a quelques soucis pour bien gérer ses matches à l’extérieur. Les défaites subies à Créteil et à Aurillac en sont des illustrations. Entre ce que j’ai vu à St-Raphaël et ce que j’ai vu à Créteil, j’ai l’impression que ce n’est pas la même équipe.

HZ : Toulouse, Sélestat, Istres et Nantes forment le quatuor pour le maintien. Quelle formation te semble un cran au-dessus de ses adversaires ?
P.C. : Au classement, Toulouse est un peu au-dessus mais il ne faut pas oublier que les toulousains ont déjà perdu deux matches à domicile et pas des moindres contre Sélestat et Aurillac. Ces points perdus, il faudra tôt ou tard aller les chercher à l’extérieur. L’équipe va devoir jouer des matches importants avec le couteau sous la gorge. Ce n’est pas la meilleure situation, évidemment.
HZ : Au delà du coup de pub que cela a engendré, le recrutement de deux internationaux chinois est-il une bonne affaire pour Toulouse ?
P.C. : La LNH est un championnat au sein duquel il faut être performant le plus rapidement possible. Sans forcément se focaliser sur les deux joueurs chinois, on voit déjà qu’avec des européens, l’adaptation à une nouvelle culture, l’apprentissage du français sont autant d’obstacles à une intégration rapide. Or aujourd’hui, Toulouse a besoin que ses internationaux chinois soient immédiatement opérationnels.
HZ : Depuis plusieurs saisons, Sélestat et Istres sont proches de la zone de relégation. Ces deux équipes ne méritent-elles pas mieux au vu de leurs prestations ?
P.C. : Sélestat est en pleine mutation, avec un projet de construction d’une nouvelle salle notamment. Le club savait au départ que cette année serait difficile. Les deux prochaines rencontres de Sélestat auront toute leur importance puisque les alsaciens vont aller jouer à Nantes puis recevoir Istres. Au sortir de ces deux matches, ils en sauront plus sur leur avenir. Istres, de son côté, a peut être fait un petit faux pas à domicile en partageant les points avec Nantes. Mais ce point a été récupéré à Créteil. C’est une équipe que beaucoup attendaient à une autre place au vu de la préparation effectuée et du collectif. A sa décharge, le début de championnat n’a pas été évident, avec les réceptions d’Ivry et de Chambéry et les déplacements à Montpellier et Nîmes. Pour se mettre en confiance, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux ! Istres a les joueurs et les qualités pour surprendre lors des prochaines semaines.

HZ : Nantes, lanterne rouge de D.1, vit une adaptation difficile au plus haut niveau d’un point de vue comptable…
P.C. : Nantes va devoir bien gérer son prochain match contre Sélestat. Cette rencontre est capitale pour l’avenir du club en D.1. Si les nantais étaient battus, cela serait difficile ensuite dans les têtes des joueurs. C’est une situation que j’ai connue avec Pontault. Lorsque les joueurs perdent confiance, ils déjouent et une spirale négative se met en place. Nantes a su prouver qu’en arrivant dans l’Elite, il savait construire autour de l’équipe en fidélisant un public nombreux. Les nantais ont des ambitions et tout le mal que je leur souhaite, c’est de pouvoir décrocher rapidement leur premier succès en D.1.
Propos recueillis par