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Ils étaient partis pour le faire... et ils l'ont fait ! En haussant leur niveau de jeu en seconde période pour maîtriser une équipe croate accrocheuse (25-21), les Bleus ont mis la dernière main à un fabuleux triplé, unique dans l'histoire du handball. Ils sont désormais champions olympiques, du monde et d'Europe en titre.

Ils s'y attendaient, les Bleus, ils savaient à quoi ressemblerait cette confrontation. Ils savaient que l'équipe croate, qui avait souvent peiné dans les matchs de poule, serait transcendée au moment d'entamer la finale. Une équipe rajeunie, certes, mais avec toujours le même style de jeu. Cette capacité à ralentir, à casser le rythme. Et cette défense... Parce qu'ils les connaissent, les Croates. Ils les ont joués, ils les ont décryptés en vidéo. Des milliers de fois. Mais ils sont encore tombés dans le piège.

Souvent surpris par la mobilité de Vori au pivot, que ses arrières et Balic avaient tendance à trouver un peu trop facilement, les Français ont d'entrée couru après le score. Une course épuisante, usante. Et surtout sans ses armes habituelles : les ailes, l'un des points forts des Bleus depuis le début de la compétition, n'avaient pas le rendement habituel. Abalo, trop compliqué ou trop facile, était vampirisé par Alilovic. Et Joli ratait son premier 7 mètres, signe d'une fébrilité qu'on ne lui connaissait plus. Mais signe aussi de la confiance insolente du grand gardien croate.

A 9-12 à la 28e minute, les Croates prennent une dangereuse assurance. Mais Karabatic est un homme de grands rendez-vous, et c'est lui qui initie le retour des siens. Deux buts coup sur coup, Narcisse l'imite et la première mi-temps s'achève à 12-12. Duvnjak marque en premier en rentrant des vestiaires, avant... la déferlante bleue. 8-1 à cheval sur les deux mi-temps, et un Abalo de retour au firmament, les Croates sont alors asphyxiés, impuissants.

Ils se cherchent du regard, ne trouvent pas les solutions. Offrent des images rares, comme celles d'Ivano Balic, diva soudainement atone, prostré dans les six mètres de l'équipe de France après que l'on ait osé lui siffler un appui en zone. Le scénario est parfait : c'est le même que celui de la finale de Zagreb, il y a tout juste un an. Il se déclenche peut-être juste un peu trop tôt...

Et les Croates ne veulent pas le rejouer, ils n'avaient pas aimé la fin. Ils s'accrochent, reconstruisent leur défense. Alilovic serre le poing, il recommence à faire peur aux tireurs français. Et Balic, hors jeu quelques minutes auparavant, redevient hors normes, signant une merveille de lob après s'être faufilé dans la défense française, un chef d'œuvre de finesse qui remet les Croates à un but (19-18, 48e). Une action qui aurait pu relancer la finale, tant les Français peinaient à ce moment à perturber la défense croate.

Mais les Bleus sont définitivement guéris de ces moments de flottement qui avaient marqué leur début d'Euro. Sorhaindo redonne un peu d'air, Ostertag invente une transversale pour Abalo qui claque en apesanteur. Le compteur de la Stadthalle indique un tir à 139 km/ h ! Pas sûr qu'il soit complètement fiable... Et Karabatic part en contre pour donner quatre buts d'avance à la France (22-18, 51e). Si l'accélération du début de la deuxième mi-temps était un coup de sape, celle-là a tout du coup de grâce. Les Croates ne reviendront pas.

La suite ne sera qu'une joyeuse roue libre. Sur le bord du terrain, Guigou et Dinart se jettent poitrine contre poitrine. Onesta essaie de les calmer mais ses gestes reflètent mal sa pensée. Il sait lui aussi qu'il ne peut plus rien arriver à ses Bleus, il sait qu'il est à la tête d'une équipe unique dans l'histoire de son sport. La plus grande de l'histoire du sport collectif français, mais aussi désormais une équipe assise sur un fabuleux pactole, championne olympique, du monde et d'Europe en exercice. Une première.

Dans la zone mixte, à la sortie du terrain, une journaliste croate siffle distraitement La Marseillaise. Comme un symbole. Comme si elle s'était désormais habituée à l'entendre résonner les soirs de podiums, résignée et blasée. Et les yeux pétillants des joueurs français traduisaient leur envie de l'entendre encore. Et encore...
A Vienne, Wiener Stadthalle
Le 31 janvier 2010 à 17h30
France - Croatie : 25 - 21 (Mi-temps : 12-12)
11 000 spectateurs
Arbitres :
MM METHE Bernd et METHE Reiner (Allemagne)
Statistiques du match
