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EDF F: Le chantier tricolore ne fait que commencer
EDF F: Le chantier tricolore ne fait que commencer
19 Décembre 2013 | International > Mondial

Cela aurait pu être le hold-up de l’année. En jouant mal, la France pouvait se qualifier pour les demi-finales du championnat du Monde et rester jusqu’à dimanche en Serbie. La Pologne en a décidé autrement et le succès des partenaires de la Fleuryssoise Karolina Siodmiak ne souffre d'aucune contestation. Les fondations de l’équipe tricolore existent, c’est à partir de cette base et des jeunes qu’il a bien voulu lancer dans le grand bain qu’Alain Portes va devoir désormais travailler.

De notre envoyé spécial en Serbie, Yves Michel

Le chantier était immense avant le début du Mondial, il le reste après l’élimination de la France en quarts par une équipe de Pologne plutôt inattendue à ce niveau de la compétition. On pourra toujours faire et refaire le match, pointer les aspects qui n’ont pas fonctionné, mentionner que certaines absences ont été préjudiciables au rendement de l’équipe, c’est quand même une énorme frustration qui subsiste à l’issue de ces douze jours de compétition. Sur cet ultime rencontre, Alain Portes, la mine des mauvais jours, évoquera un certain « gâchis, notamment dans les moments où on pouvait revenir au score. On a pris des risques qui ont payé par moments. Mais lorsqu’il a fallu faire douter l’adversaire, on a bêtement perdu des ballons.» Le sélectionneur national ne va chercher aucune excuse mais avec quinze petits jours pour préparer cette compétition, il savait que son équipe faisait de l’équilibre sur un fil tendu au-dessus d’un précipice. La corde a cédé après que la France ait battu le Monténégro, les Pays Bas et les deux meilleures nations asiatiques. « On est peut-être allé au bout de ce qu’on pouvait faire, soufflait Nina Kanto, c’est frustrant, c’est tout ce qu’on veut mais peut-être, s’arrêter en quarts, c’est la place qui était la nôtre. On a les bases mais il reste beaucoup de choses à travailler. Bien-sûr qu'on pouvait passer, ces matches, ça ne se joue pas, ça se gagne. La Pologne a plus voulu cette victoire que nous mais je ne veux pas garder que le négatif, on a vécu beaucoup d'émotions positives ensemble, avec un nouveau staff. »  Ni ce staff, ni les filles de l’équipe de France ne voulaient voir l’aventure s’arrêter. Le bus les a bien ramenés à Belgrade mais ce matin, dès potron-minet, toute la délégation s’envolera pour Paris. Laissant la Pologne préparer sa demi-finale face à la Serbie. «  Je ne vous cache pas que je vais prendre un cachet d’aspirine, avouera Alain Portes car tactiquement je me suis bien pris la tête tout le match pour essayer de leur donner les clés, à la sortie, on perd et ça peut être frustrant. »


 
C’est donc sur le secteur offensif que le technicien français et l’ensemble de son staff devront se pencher. Les montées et la conservation de la balle, la préparation des combinaisons, le rythme et le tempo à donner, sont autant de pistes qui vont les occuper pour les mois à venir. « Il y a des aspects positifs. On est loin d’être à notre maximum. On a fait un parcours plus qu’honnête, on vient « mourir » à un but pour passer en demi-finale mais bon, on est aigri car on n’aime pas perdre. »  La reconstruction est donc en marche. Comme il l’avait fait lorsqu’il dirigeait l’équipe de Tunisie, Alain Portes a lancé des talents prometteurs dans la bagarre. Sur ce point, on ne peut pas le lui reprocher et les joueuses qui ont mérité sa confiance, le lui ont bien rendu. On reverra avec plaisir les Abdourahim, Cissé, Zaadi et Niombla. D'autres comme Manon Houette, Astride N'Gouan, Laurissa Landre, Estelle Nze Minko ou Lesly Briemant et qui font partie de la génération montante frapperont aussi à la porte de la maison bleue. L'entraîneur national devra aussi espérer quelques retours salvateurs. Camille Ayglon et Claudine Mendy qui ont fait une pause pour materner, seront très bientôt opérationnelles. Blandine Dancette et Marie-Paule Gnabouyou, blessées ne sont pas non plus rayées de la liste. Et puis il y a les autres. Du coté des gardiennes, Alain Portes possède une assurance tous risques avec Amandine Leynaud. Cléopâtre Darleux devra faire encore quelques efforts, Armelle Attingré et pourquoi pas Linda Pradel peuvent se tenir en alerte. Le secteur des pivots mérite réflexion. Si Nina Kanto n’a pas démérité, Amélie Goudjo n'a été utile qu'en défense, Julie Goiorani, elle, a été un peu plus effacée. Qui peut assurer la relève ? Les ailières n'ont pas été très bien servies et sur la base arrière, on attendait plus des cadres présentes. Si Alexandra Lacrabère a complètement raté sa dernière prestation mais a démontré que sa métamorphose girondine pouvait avoir des effets positifs, si Allison Pineau, blessée à la cheville quelques semaines avant la préparation a connu des performances sinusoïdales, l’énigme Mariama Signaté interpelle.



Voilà une joueuse pétrie de qualités, dotée d’un bras droit et d’une puissance de feu exceptionnels, solide et rugueuse en défense et qui globalement, n’a pas produit ce qu’on pouvait attendre d’elle. « On a pourtant essayé de la relancer, on a beaucoup parlé avec elle, souffle Alain Portes, mais encore une fois, ce n’était pas son jour. Elle a été arrêtée longtemps, on ne revient pas comme cela de cinq mois d’interruption, elle pensait le contraire et du coup, elle s’est un peu impatientée et comme d’autres, sur des ballons importants, elle n’a pas été très adroite. »  Celui qui avait pris ses fonctions pendant l’été a désormais quelques semaines pour analyser l’ensemble de ce parcours dans un championnat du Monde qui en quelque sorte, était son baptême du feu. Il devra se nourrir de cette expérience car la réalité va très vite le rattraper. Dès le mois de mars avec les qualifications pour l’Euro 2014, à deux reprises contre l’Islande.


Les réactions et la frustration des filles à l’issue du match….

Dounia Abdourahim (arrière droite): "J'ai d'autant plus de frustration qu'on a joué, crispées, pas vraiment libérées. Chacune faisait son truc, ça manquait de mouvement, on ne s'est pas assez appuyé sur le jeu collectif et à ce niveau-là, ça ne pardonne pas. Quand tu cours tout le temps après le score, il arrive un moment où tu craques et quand on a réussi à trouver des solutions face à leur défense, on a buté sur leurs gardiennes. En jouant mal, on perd ce match d'un but ! Je suis énervée à cause de ça. Je suis jeune, c'est vrai, j'ai vécu un Mondial assez particulier car je suis rentrée lors des deux derniers matches. On perd au final, c'est quand même frustrant."

Alice Lévêque (arrière gauche): "Je ne pense pas que cela se joue sur le mental. Elles ont eu plus de shoots que nous, en défense, elles ont mis peut-être plus de coups, on en a pris plein la gueule, on en n'a pas assez mis. Tactiquement, je crois qu'Alain fait les bons choix depuis le début, chaque joueuse a su s'investir et donner le meilleur de soi, la différence se fait sur des détails, sur des petites erreurs qui coûtent cher. Je garde de cette compét, une expérience humaine exceptionnelle. Trois semaines loin de chez nous, ce n'est pas évident mentalement. Je n'ai pas été toujours en réussite mais j'ai essayé de faire de mon mieux."

Amandine Leynaud (gardienne de buts): "Bien-sûr que c'est de la déception. On n'a pas su gérer les moments importants du match. On joue très mal, on a su revenir avec de la rage, de l'engagement et de la défense mais lorsqu'on était tout près de passer devant, on a cafouillé des ballons importants. Après le Japon, j'avais dit que si en face on avait eu une équipe plus solide, on ne serait pas passé parce qu'elles avaient craqué en fin de match. Les Polonaises ont tenu le coup physiquement. Je pense que tout leur a souri ce soir mais on les a bien aidées quand même."

Après les quarts, l'œil avisé de l'expert...

Pendant la durée du Mondial féminin, Frédéric Bougeant, l’entraîneur de Fleury Loiret HB nous apporte son expertise et son ressenti sur ce qu’il vit en direct de Serbie. 

«La déception est d'autant plus grande qu'on s'était pris au jeu de la compétition et je suis frustré car je suis convaincu que c'est une occasion qu'on a gâchée. Techniquement, on a été trop en dessous pour gagner un tel match. Ce qu'a proposé la Pologne, c'est ce qu'elle avait proposé face à l'Espagne par exemple en phase de poule. Pour Alain Portes et son staff, ce Mondial est très riche en informations, les joueuses sont parvenues à un niveau de la compétition qui est peut-être inattendu, on va laisser faire ceux qui sont à la tête de cette équipe, on reste plus que jamais supporter. Tout le monde me dit, c'est bien tu vas récupérer tes joueuses et la dynamique sera préservée. Je ne suis pas du même avis, une joueuse qui rentre avec une médaille est dans un autre état d'esprit et plus facile à entraîner que celle qui n'en a pas. Après il y a ce petit rayon de soleil qu'est Karolina Siodmiak. Je l'ai entraînée huit ans, je pense qu'on s'est mutuellement apporté beaucoup de choses et ce soir, elle a été décisive avec la Pologne. Je me rappelle qu'ici même, j'avais mis tout le monde en garde, elle a eu cette capacité à s'adapter aux dispositifs adverses, à faire jouer les autres, elle est élue meilleure joueuse du match, j'étais très ému pour elle à la fin. Cette rencontre contre la France, elle s'en souviendra longtemps. On va assister à des demi-finales inédites et le podium le sera obligatoirement. Je pense aussi que nous sommes sur un Mondial de transition et que les équipes qui avaient beaucoup donné aux Jeux, accusent le coup. La Serbie a bien su contenir la pression d'un championnat organisé à domicile, elle sort la Norvège et c'est un coup de tonnerre, le Brésil confirme son rang et la Pologne est l'invitée inattendue. Je dirai enfin que ce qu'on a vu entre le Danemark qui a battu l'Allemagne, était en termes de qualité technique, de haut vol. Il va falloir tout analyser et très, très vite mettre en place ce qu'on a pu relevé. Il y a des éléments sur le plan défensif, sur la vitesse du jeu, sur les grands espaces qu'on va être obligé de prendre en compte pour essayer de préparer nos joueuses. Et cela vaut aussi et surtout pour tous nos clubs. »


© Yves Michel
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