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Patrice Canayer, l'incubateur d'idées
Patrice Canayer, l'incubateur d'idées
28 Novembre 2017 | France

Patrice Canayer ne se définit pas comme étant simplement un entraîneur de handball, avide de plans de jeu ou de tactiques sans cesse renouvelées. Le stratège du Montpellier HB est avant tout un organisateur, un manager et fourmille d'idées sur l'évolution d'un sport en pleine mutation.

par Yves MICHEL

Nous aurions pu attendre le dernier épisode de la phase aller du championnat et le rendez-vous au sommet avec le PSG, pour solliciter Patrice Canayer. Montpellier leader de la LSL depuis trois journées mais qui ce dimanche a chuté pour la 1ère fois en Ligue des Champions à Bougnol, face aux Turcs de Besiktas, cela valait bien un petit détour anticipé par l’Hérault. Surtout lorsque celui qui détient le record de longévité à la tête d’une seule et même équipe (23 ans) a engagé une réflexion sur plusieurs fronts. L’anticipation sur le recrutement, la future réforme des compétitions européennes, l’évolution dans le fonctionnement du handball hexagonal, autant de thèmes que le technicien languedocien qui au passage est favorable à un renforcement de l’élite nationale à 16 clubs, a bien voulu nous exposer. 

L’ACTUALITÉ IMMÉDIATE

Cette 1ère défaite à domicile de la saison est-elle un vrai coup d’arrêt ?
Non, c’est un simple moment difficile que traversent toutes les grandes équipes soumises à un calendrier très fourni. La vraie question est de connaitre la fréquence à laquelle tu tombes dans le panneau. C’était un match sans enjeu, on n’a pas très bien démarré, j’ai procédé à des rotations et je dois dire que j’ai été déçu par certains qui sont d’habitude moins sollicités. 

Ce qui est plus contrariant, c’est l'accumulation des blessés, Richardson étant le dernier en date…
Cela fait partie des aléas de la saison. On essaie de minimiser au maximum les blessures, en faisant tourner, en mettant en place des protocoles de récupération mais c’est difficile d’éviter ces pépins. Je ne vais pas passer mon temps à me lamenter sur l’infirmerie, ce qui est clair c’est qu’il faut serrer les rangs et que chacun comprenne qu’il va avoir un rôle plus important dans les matches qui arrivent.

Montpellier est leader mais la fin d’année est assez compliquée…
Les autres aussi vont avoir un calendrier difficile. Et puis sincèrement, le danger n’est-il pas partout ? Lorsqu’on est allé à Massy par exemple, on a gagné mais il a fallu batailler. Paradoxalement, à Toulouse, c’était plus facile et pourtant, Toulouse est potentiellement plus fort que Massy. Il y a tout un tas de facteurs qui entrent en jeu, la détermination, l’investissement, la préparation. Reste à savoir si on a le mental et le caractère pour pouvoir durer longtemps.

LE FUTUR RECRUTEMENT - KEVIN BONNEFOI CONVOITÉ

Montpellier vient de valider la signature de Pettersson. Est-ce important de prendre si tôt les devants ?
Ce qui est important, c’est de pouvoir avoir une visibilité dans le club. Depuis 4 ans, Montpellier a été remis à flots par des actionnaires, la situation financière est très positive, ce qui n’a pas été toujours le cas et donc, tout ça nous permet d’avoir une visibilité pour le futur. Recruter c’est facile, la vraie question est de savoir si les joueurs engagés pourront être payés. La venue de Pettersson répond aussi à une logique avec le départ de Fabregas à Barcelone.



Le gardien Kévin Bonnefoi (notre photo) est-il la prochaine recrue ?
Kévin aimerait venir chez nous, de mon côté, j’aimerais bien travailler avec lui mais il pourrait aussi aller ailleurs ou être prêté. Le raisonnement est simple. On a deux gardiens pour l’année prochaine encore sous contrat (Portner et Gérard jusqu'en 2019) et aujourd’hui, on est relativement satisfait de leurs prestations. Mais on n’est qu’au mois de… novembre. Mon intérêt est de constituer le meilleur binôme pour l’avenir. Les joueurs ne sont pas les seuls à décider, les clubs ont aussi leur mot à dire. Tout dépend du niveau de jeu de chacun. Quand un joueur est performant, on va faire le maximum pour le garder.

Donc…
Kévin Bonnefoi je le répète, est un garçon que j’apprécie, il a un potentiel très intéressant. Ce qu’on peut confirmer, c’est qu'il fait partie de nos options.

Pourquoi avoir abordé l’idée de le prêter ?
C'est une possibilité mais on peut aussi évoluer avec trois gardiens ! Et puis dans les choix qui vont être faits, on est tous soumis à ce qui va se passer dans l’avenir. Où sera Montpellier la saison prochaine ? En EHF Cup, en Ligue des Champions ? Dans le cadre des nouvelles formules de la Ligue des Champions, doit-on avoir les mêmes joueurs pour toutes les compétitions ?  Aujourd’hui, ce qui me ravit, c’est que Montpellier est redevenu un club très attractif, beaucoup de joueurs ont envie de nous rejoindre et pas mal d’agents nous sollicitent.

Le coach aussi, est sollicité ?
Ça arrive oui, bien-sûr.

Par le PSG par exemple ?
Non, non, jamais. Et puis on dit qu’il ne faut jamais revenir là où on est passé (sourires).

LA RÉFORME DE LA LIGUE DES CHAMPIONS 

Le grand chantier à venir, c’est le changement de formule de la LDC...
J’ai entendu beaucoup de choses là-dessus et parfois des bêtises. Ce qui est important dans cette réforme, ce n’est pas tant la formule mais l’approche politique des compétitions. Les clubs rassemblés dans le "Groupe Club Handball"(*) ont réussi à créer avec la Fédération Européenne, une gouvernance mixte sur deux grandes compétitions, "la Champions League et l’EHF Cup". Cette dernière compét' va d'ailleurs changer de nom et s’appeler, "l’European League". C’est déterminant car le système actuel ne pouvait plus durer. Cela générait surtout une économie complètement opaque et la distribution aux clubs était catastrophique.

Les clubs vont-ils être mieux rémunérés ?
Oui. Désormais, les clubs se verront rétrocéder 60% de leurs droits marketing. Par exemple à Bougnol, en Ligue des Champions, il y a dans la salle quatre sponsors propres à l’épreuve, le club ne peut même pas mettre correctement en avant ses propres partenaires. Ça va donc changer. En plus, les droits garantis vont être multipliés par deux.

Le changement de formule de la compétition a focalisé l’intérêt…
C’est le volet suivant. On partirait sur une formule à 12, 14 ou 16 clubs. Jusqu’à 14 clubs et une poule unique, on entre dans la logique de pouvoir jouer à la fois le championnat national et la compétition internationale. Par contre à 16, ça ne passerait pas et on s’orienterait vers deux groupes de 8. La "Champions League" serait un vrai championnat d’Europe des clubs avec matches aller et retour, quarts de finale et Final Four. Il y aurait une 2ème compétition, "l’European League" dans une formule à quatre poules de 6, quarts de finale et Final Four.

Combien y aurait-il de clubs français en Ligue des Champions ?
Le champion et le club qui va répondre au cahier des charges. A Montpellier, on jouerait aujourd’hui l’EHF Cup plutôt que la poule basse de "Champions League", cela ne remettrait pas en cause notre économie et notre motivation. En fait, on a voulu nous faire croire que même en étant en poule basse, on pourrait aller loin. A moins d'un exploit permanent, c’est illusoire.

On est toujours sur l’idée de ce qu’on a appelé, une Ligue fermée ?
Non parce qu’il n’en a jamais été question ! La réflexion qui a lieu aujourd’hui, a cours aussi en France. La réflexion est la suivante. Aujourd’hui, par rapport à des investissements lourds (construction de salles, d’équipes, contrats de joueurs, etc…), la saison sportive est-elle le modèle référent en termes de rentabilité des investissements ? 

(*) ce rassemblement dont Montpellier a été l'un des pionniers en 2006 regroupe la majorité des clubs qui disputent régulièrement la Ligue des Champions



LE CALENDRIER EN FRANCE - UNE LIGUE ÉLARGIE ? UNE SEULE COUPE ?

La réflexion a cours en France ? Cela mérite des explications…
Aujourd’hui quand un club monte, il doit consentir à des investissements colossaux pour se mettre au niveau. Souvent, la 1ère année, il descend. Est-ce bien raisonnable économiquement ? Dès lors, ne pourrait-on pas travailler sur une formule de licences qui seraient attribuées sur deux ou trois saisons ? Pour les descentes ou les montées, on prendrait en compte non pas les critères d’une seule saison sportive mais de 2 ou 3. C’est une discussion qu’on peut mener. Je n’occulte pas la sanction sportive mais je suis persuadé que si on veut créer une Ligue très forte, cela nécessite de la stabilité.

Quelle serait la solution idéale, si tant est qu’elle existe ?
Je suis à titre personnel, favorable à un passage de la Lidl Star Ligue à 16 clubs mais en contrepartie, il faudrait remodeler les coupes et n’en faire qu’une.

Comment cela ?
Une coupe gérée à la fois par la Fédération et par la Ligue, ce qui permettrait de gagner des dates. Il est primordial de disputer des matches… utiles. Et une compétition utile, c’est quelque chose qui a un fort intérêt à la fois sportif et économique. Je dis qu’aujourd’hui, il y a des matches qui ne servent à rien. Deux clubs de plus parmi l’élite, cela équivaut à 4 journées supplémentaires. Et en ayant une seule coupe, on récupère quatre dates. Ce changement ne surchargerait pas la saison.

La coupe de la Ligue a donc du plomb dans l’aile…
Pas forcément ! Soyons innovants et d’ailleurs, je ne fais que relayer une proposition qui m’a été faite. On pourrait réfléchir à une épreuve cogérée par la Fédération et la Ligue Nationale. Une compétition qui démarrerait d’un côté par la coupe de France et de l’autre, par la coupe de la Ligue et qui se rejoindrait à moments donnés avec une finale à Bercy.

C’est un vœu pieu que la Fédération et la Ligue travaillent ensemble…
Il y a un effort à faire de chaque côté mais faut-il être toujours en opposition ?  
 
Le dialogue est-il amorcé avec ceux qui sont aux affaires et ceux qui ambitionnent de l’être ?
Je n’ai aucun problème de personnes. J’aime bien Philippe Bernat-Salles (président de la LNH) et j’apprécie Olivier Girault (candidat à la présidence). Ce qui m’intéresse c’est ce qu’ils ont envie de faire. Je ne crois pas en l’homme providentiel, les ententes doivent se faire sur des projets. Pour le moment, je n’ai pas vu grand-chose.

La question de la visibilité du handball notamment à la télé, pose aussi problème…
C’est une question qui m’importe mais il ne faut pas cracher dans la soupe. On est tous satisfaits du travail réalisé par beIN et de l’argent que cette chaîne a bien voulu apporter. Certes la visibilité n’est pas top mais le produit et l’engouement sont importants.

© Yves Michel
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