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Joanne Dudziak : "Place aux jeunes maintenant"

LBE

samedi 17 novembre 2007 - Handzone

 4 min 33 de lecture

Dimanche, pour le dernier match de la carrière de Joanne Dudziak à Nîmes, j'ai accepté, à l'invitation de Midi Libre, d'accompagner mon ancienne coéquipière et amie dans cette journée. J'ai débarqué chez elle dans la matinée.

Étalage de pinceaux, pots de peinture, meubles démontés : « Je m'occupe l'esprit ces derniers jours. Les sollicitations des médias m'ont fait réaliser la particularité de ce rendez-vous, une certaine angoisse m'a gagnée. Il est difficile d'expliquer que l'on peut arrêter en pleine possession de ses moyens. Je veux pouvoir profiter pleinement de ma vie à présent ». L'après -midi, sous nos yeux, elle d oit défendre une dernière fois ses buts, « mon espace dans lequel je me sens si bien et en sécurité », comme elle a l'habitude de dire. Cette remarque m'a toujours sidérée. Il n'y a pas un endroit sur un terrain de handball où on est plus exposé aux velléités de l'adversaire que lorsqu'on est le dernier rempart. Joanne n'a rien d'un rempart. L'image d'un chat lui convient mieux. Une souplesse et une vivacité exceptionnelles qui ont largement compensé ce 1,70 m plutôt raisonnable pour une gardienne.

Devant un café, nous évoquons sa carrière. « Jeune, on m'a souvent dit que mon gabarit serait un obstacle à ma progression et que je risquais d'être vite limitée, se souvient-elle. J'espère avoir apporté la preuve du contraire. C'est plus difficile, mais tout est possible si l'on s'en donne les moyens. Je voulais aller au bout de moi, tester mes limites, aller le plus loin possible. » Nous abordons alors les valeurs qui lui semblent essentielles. Je mets immédiatement en garde les gardiennes en herbe qui auraient tendance à penser que ce n'est qu'une question de talent, tellement la performance dégage une impression de facilité. Le secret de Joanne est beaucoup moins rigolo : du travail, de multiples préparations physiques, des entraînements à répétition, des analyses tactiques et observations vidéos. « J'ai souvent pensé laisser une trace de tout ce travail pour les jeunes générations. Peut-être que je le ferai. » Elle poursuit : « Le plus important est le partage des émotions, quelles qu'elles soient. Que l'on perde ou que l'on gagne en ayant tout donné, on se sent vivre. C'est ce qui donne un sens à tous les efforts et sacrifices. Et cela n'est possible que si l'investissement et le respect du groupe sont entiers. Il ne faut pas tricher. » Elle dit encore : « J'ai eu ma part d'émotions, de résultats gratifiants, l'impression d'avoir contribué à l'aventure du handball féminin national et nîmois. Place aux jeunes maintenant. J'espère qu'elles sauront écrire leurs pages. »

A l'heure du repas, c'est le calme et la sérénité sur la terrasse, autour de la table, en compagnie de sa maman et de Jérôme, son ami. Au moment de partir pour la salle, où je l'accompagne, pas un mot, la musique seulement. Je crois que ma gorge se serre, je ne m'attendais pas à cela. Je connais Joanne depuis l'âge de 14 ans, elle était déjà la terreur de toutes les tireuses et raflait tous les titres avec son équipe niçoise. Devant le Parnasse, elle est silencieuse et calme, des traits de caractère dominants chez elle, prête à profiter pleinement de chaque instant. Deux petites heures plus tard, je la retrouve au bord du terrain : « Je voudrais un feu d'artifice ». Cette confession traduit le coeur et l'envie qu'elle mettra, c'est certain, dans cette ultime prestation chez elle. Clin d’oeil du destin, l'adversaire du jour n'est autre que Besançon où Joanne a évolué une saison, histoire d'enrichir son palmarès d'un championnat et d'une coupe de France. Ovation nourrie, hommage de son club, elle est touchée, émue même en regagnant ses cages, son refuge. La suite, on la connaît. Avec 21 arrêts et une victoire (29-21) à laquelle elle a largement contribué, Joanne a fait à elle seule le feu d'artifice. La jeune équipe bisontine ne sera pas fâchée de ne plus croiser "Jo" sur sa route.

Le temps de répondre aux médias, de remercier son public et ses amis et elle me confiera combien elle a été touchée par les mots de l'entraîneur de Besançon, Christophe Maréchal, par la présence discrète de Jacques Grandjean, un de ses « précieux entraîneurs » lorsqu'elle jouait à Bouillargues, et par notre présence, celles des déjà retraitées du HBCN. « J'ai partagé des choses tellement fortes avec vous », lâche-t-elle. Mélancolique Joanne ? « Non. Soulagée, heureuse de partir en l'ayant décidé. J'ai vu tant de mes coéquipières arrêter sur blessure ou malgré elles. » Dans la vie d'une sportive de haut niveau, arrêter indemne et sans amertume, est un luxe. « Il y a un temps pour rire, un temps pour pleurer, un temps pour chanter, un temps pour danser. » Un temps pour jouer aussi. Dimanche, Joanne a senti venir le moment de se retirer avec élégance, brio et discrétion. Du haut de son petit mètre soixante-dix, c'est une grande dame qui quitte la scène du handball nîmois et français. Riche de tant d'émotions et d'expériences intenses, c'est avec avidité qu'elle va croquer sa vie de femme et d'institutrice.

Jouer à tes côtés, Joanne, fut un immense honneur. Alors, tout simplement, merci.

Angélique DAIZÉ

Joanne Dudziak : "Place aux jeunes maintenant" 

LBE

samedi 17 novembre 2007 - Handzone

 4 min 33 de lecture

Dimanche, pour le dernier match de la carrière de Joanne Dudziak à Nîmes, j'ai accepté, à l'invitation de Midi Libre, d'accompagner mon ancienne coéquipière et amie dans cette journée. J'ai débarqué chez elle dans la matinée.

Étalage de pinceaux, pots de peinture, meubles démontés : « Je m'occupe l'esprit ces derniers jours. Les sollicitations des médias m'ont fait réaliser la particularité de ce rendez-vous, une certaine angoisse m'a gagnée. Il est difficile d'expliquer que l'on peut arrêter en pleine possession de ses moyens. Je veux pouvoir profiter pleinement de ma vie à présent ». L'après -midi, sous nos yeux, elle d oit défendre une dernière fois ses buts, « mon espace dans lequel je me sens si bien et en sécurité », comme elle a l'habitude de dire. Cette remarque m'a toujours sidérée. Il n'y a pas un endroit sur un terrain de handball où on est plus exposé aux velléités de l'adversaire que lorsqu'on est le dernier rempart. Joanne n'a rien d'un rempart. L'image d'un chat lui convient mieux. Une souplesse et une vivacité exceptionnelles qui ont largement compensé ce 1,70 m plutôt raisonnable pour une gardienne.

Devant un café, nous évoquons sa carrière. « Jeune, on m'a souvent dit que mon gabarit serait un obstacle à ma progression et que je risquais d'être vite limitée, se souvient-elle. J'espère avoir apporté la preuve du contraire. C'est plus difficile, mais tout est possible si l'on s'en donne les moyens. Je voulais aller au bout de moi, tester mes limites, aller le plus loin possible. » Nous abordons alors les valeurs qui lui semblent essentielles. Je mets immédiatement en garde les gardiennes en herbe qui auraient tendance à penser que ce n'est qu'une question de talent, tellement la performance dégage une impression de facilité. Le secret de Joanne est beaucoup moins rigolo : du travail, de multiples préparations physiques, des entraînements à répétition, des analyses tactiques et observations vidéos. « J'ai souvent pensé laisser une trace de tout ce travail pour les jeunes générations. Peut-être que je le ferai. » Elle poursuit : « Le plus important est le partage des émotions, quelles qu'elles soient. Que l'on perde ou que l'on gagne en ayant tout donné, on se sent vivre. C'est ce qui donne un sens à tous les efforts et sacrifices. Et cela n'est possible que si l'investissement et le respect du groupe sont entiers. Il ne faut pas tricher. » Elle dit encore : « J'ai eu ma part d'émotions, de résultats gratifiants, l'impression d'avoir contribué à l'aventure du handball féminin national et nîmois. Place aux jeunes maintenant. J'espère qu'elles sauront écrire leurs pages. »

A l'heure du repas, c'est le calme et la sérénité sur la terrasse, autour de la table, en compagnie de sa maman et de Jérôme, son ami. Au moment de partir pour la salle, où je l'accompagne, pas un mot, la musique seulement. Je crois que ma gorge se serre, je ne m'attendais pas à cela. Je connais Joanne depuis l'âge de 14 ans, elle était déjà la terreur de toutes les tireuses et raflait tous les titres avec son équipe niçoise. Devant le Parnasse, elle est silencieuse et calme, des traits de caractère dominants chez elle, prête à profiter pleinement de chaque instant. Deux petites heures plus tard, je la retrouve au bord du terrain : « Je voudrais un feu d'artifice ». Cette confession traduit le coeur et l'envie qu'elle mettra, c'est certain, dans cette ultime prestation chez elle. Clin d’oeil du destin, l'adversaire du jour n'est autre que Besançon où Joanne a évolué une saison, histoire d'enrichir son palmarès d'un championnat et d'une coupe de France. Ovation nourrie, hommage de son club, elle est touchée, émue même en regagnant ses cages, son refuge. La suite, on la connaît. Avec 21 arrêts et une victoire (29-21) à laquelle elle a largement contribué, Joanne a fait à elle seule le feu d'artifice. La jeune équipe bisontine ne sera pas fâchée de ne plus croiser "Jo" sur sa route.

Le temps de répondre aux médias, de remercier son public et ses amis et elle me confiera combien elle a été touchée par les mots de l'entraîneur de Besançon, Christophe Maréchal, par la présence discrète de Jacques Grandjean, un de ses « précieux entraîneurs » lorsqu'elle jouait à Bouillargues, et par notre présence, celles des déjà retraitées du HBCN. « J'ai partagé des choses tellement fortes avec vous », lâche-t-elle. Mélancolique Joanne ? « Non. Soulagée, heureuse de partir en l'ayant décidé. J'ai vu tant de mes coéquipières arrêter sur blessure ou malgré elles. » Dans la vie d'une sportive de haut niveau, arrêter indemne et sans amertume, est un luxe. « Il y a un temps pour rire, un temps pour pleurer, un temps pour chanter, un temps pour danser. » Un temps pour jouer aussi. Dimanche, Joanne a senti venir le moment de se retirer avec élégance, brio et discrétion. Du haut de son petit mètre soixante-dix, c'est une grande dame qui quitte la scène du handball nîmois et français. Riche de tant d'émotions et d'expériences intenses, c'est avec avidité qu'elle va croquer sa vie de femme et d'institutrice.

Jouer à tes côtés, Joanne, fut un immense honneur. Alors, tout simplement, merci.

Angélique DAIZÉ