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Salomez (Aix) : "Notre préoccupation majeure, c'est la survie du club"

LSL

jeudi 29 octobre 2020 - © Yves Michel

 5 min 53 de lecture

Sa parole est rare mais Christian Salomez, le président du Pays d'Aix Université Club a accepté de réagir dans une période très tourmentée. Le climat d'insécurité ambiant, la situation sanitaire et son aggravation et un reconfinement décrété jusqu'au 1er décembre ne prêtent pas à envisager sereinement l'avenir. Avec à peine trois matches disputés sur le sol national depuis le début de la saison, un huis clos à domicile imposé par les autorités mais non accepté, le PAUC n'est pas dans une période faste. Loin de là. Au cours de cette interview, aucun thème majeur n'a été laissé au hasard, le dirigeant provençal n'a jamais cherché à se dérober à nos questions.

Interview réalisée par Yves MICHEL


Pourquoi avoir choisi le report des matches à domicile et le refus du huis clos ?
C'est au départ une décision collective prise au sein de l'UCPH (Union des Clubs Pros) et à notre niveau, on a adhéré à cela surtout lorsque la préfecture nous a imposé le huis clos.

Le public et les partenaires sont lésés, c'est aussi cette problématique qu'il faut prendre en compte
C'est d'autant plus réel que nous devons rembourser contractuellement les partenaires. La saison passée, ils ont été très corrects, ils nous ont soutenus et n'ont rien demandé en retour. En revanche, cette année, il a fallu changer le mode de fonctionnement. Vu la période d'incertitude, ils nous ont demandé d'insérer une clause de remboursement. Cela concerne chaque match qui serait annulé ou disputé à huis clos. On a évalué ce préjudice à un peu plus de 150 000 euros au total.

Cette clause ne s'applique pas en cas de report
Bien entendu puisqu'on a conserve la possibilité de jouer le match à une date ultérieure.

Vivre entre les murs de l'Arena n'est-il pas trop luxueux ?
Comme le groupe Lagardère qui a une délégation de service public pour gérer l'Arena est exonéré de paiement de sa redevance, on est également exempté des frais de location. Après, on aurait quand même à supporter des frais d'organisation. Mais ce n'est pas ce qui nous ferait le plus mal. Le gros souci avec le huis clos, c'est donc le remboursement des partenaires et en plus, l'absence de billetterie. Nous pourrions tenir 2-3 matches ainsi mais pas au-delà.

A ce jour en comptant le renoncement de St Raphaël, vous n'avez pas pu jouer 4 matches. Il y a le reconfinement jusqu'au 1er décembre, on voit mal comment Aix atteindrait la barre des 10 rencontres disputées avant Noël.
Ça c'est certain et c'est pour cela qu'on avait proposé à nos adversaires d'inverser l'ordre de la rencontre. En fait, ne jouer pour le moment qu'à l'extérieur. Ils ont refusé.

A la fin de la saison dernière, financièrement Pays d'Aix n'était pas au mieux. Cela n'est pas allé en s'améliorant…
Sur cette 2ème partie de saison 2019-2020, nous avons fait de grosses économies (salariés remerciés, réceptions et prestations autour des matches annulées). Ensuite, on ne cache pas que l'aide de l'Etat a été importante. Tout cela nous avait permis de nous remettre à flots.

Malheureusement, vous prenez la 2ème vague en pleine face
Même si on est reparti sur de bonnes bases avec des joueurs qui ont accepté de réduire conséquemment leur salaire, le fait de ne plus pouvoir évoluer à domicile sans recettes privées, nous plonge dans une situation très compliquée..


  A l'intersaison, Thierry Anti a réintégré le championnat français en prenant les rênes de Pays d'Aix

N'était-il pas hasardeux de recruter autant de joueurs de haut niveau ?
Ce recrutement a été pensé bien avant la crise. Des sacrifices de la part des joueurs ont été consentis, donc aujourd'hui, nous pouvons tenir sur la trésorerie que nous avons mais si la situation ne s'arrange pas, il va falloir envisager de nouvelles négociations.

De quelle nature ? Retarder le versement des salaires ? Les baisser ?
Non, pas de retard de salaires mais plutôt de nouvelles négociations. Mais là, on se place dans l'hypothèse où on ne sortirait pas de cette crise sanitaire en empiétant sur la saison prochaine. Pour le moment, on fait le dos rond mais si il doit y avoir de nouvelles négociations, cela ne sera pas à partir de décembre, on peut attendre jusqu'au printemps. Le pire à envisager c'est que le virus persiste et qu'on soit dans l'impasse.

Existe-t-il une réelle crainte que des partenaires vous quittent ?
On a déjà eu pas mal de défections chez ce qu'on pourrait appeler "les petits partenaires" ou d'autres qui s'étaient engagés verbalement. Ils se sont détournés de nous parce qu'ils ne voient rien venir en termes sportifs.

Comment pouvez-vous freiner les investissements tout en gardant des ambitions sportives ?
Il est évident qu'on a vu certainement un peu grand, qu'on vivait au dessus de nos moyens, j'estime qu'on a rectifié la situation en termes de gestion mais si la crise perdure, nous serons obligés de tout revoir.

Est-ce que l'existence même du PAUC est en danger ?
Je vais être très franc avec vous, si on ne constate pas une amélioration, si nous n'avons pas la possibilité de jouer assez rapidement devant au moins 1000 spectateurs qui seraient par définition partenaires, l'avenir est sombre et je suis très inquiet. Si on ne retrouve pas un semblant de normalité dans l'Arena, je ne vois pas comment nous pourrions passer la saison.

On est loin de l'objectif Ligue des Champions en 2022...
Complètement. Notre préoccupation majeure, c'est la survie du club. Les ambitions, on est obligé de peut-être les revoir à la baisse et Thierry Anti comprend très bien la problématique. C'est sûr que c'est dommage d'envisager le pire avec un des meilleurs effectifs et le meilleur manager que nous n'ayons eu depuis la montée du club en D1.

Regrettez-vous de vous être passé de l'expérience de Stéphane Cambriels* surtout dans ces moments ?
(silence) C'est compliqué... ça a été une décision collective du conseil d'administration. Si nous n'avions pas réagi de la sorte au mois de janvier dernier, le club n'existerait certainement plus.

Ce constat, vous en conviendrez est cinglant !
On a estimé qu'il fallait changer de gérant et de revoir le projet à la baisse. C'est tout ce que j'ai à dire. La procédure a été respectée.

Si vous deviez résumer la situation en quelques mots ?
Une grande inquiétude existe. Il faut faire bloc contre le huis clos et suspendre le championnat jusqu'au 1er décembre parce que nous sommes plusieurs clubs à fonctionner sur un modèle économique où les ressources privées sont prépondérantes et je le répète, on ne pourrait pas survivre en évoluant devant une salle entièrement vide.


Précision..
* à la mi-janvier, le PAUC s'est séparé de son emblématique gérant Stéphane Cambriels, invoquant la volonté "d'ouvrir un nouveau cycle de stabilisation pour le club […], freiner les investissements tout en gardant des ambitions sportives." L'intéressé, cheville ouvrière d'un club qui à son origine, végétait dans un complet anonymat, avait pris acte de la décision en la regrettant et en refusant d'être le seul responsable de la situation.

Salomez (Aix) : "Notre préoccupation majeure, c'est la survie du club" 

LSL

jeudi 29 octobre 2020 - © Yves Michel

 5 min 53 de lecture

Sa parole est rare mais Christian Salomez, le président du Pays d'Aix Université Club a accepté de réagir dans une période très tourmentée. Le climat d'insécurité ambiant, la situation sanitaire et son aggravation et un reconfinement décrété jusqu'au 1er décembre ne prêtent pas à envisager sereinement l'avenir. Avec à peine trois matches disputés sur le sol national depuis le début de la saison, un huis clos à domicile imposé par les autorités mais non accepté, le PAUC n'est pas dans une période faste. Loin de là. Au cours de cette interview, aucun thème majeur n'a été laissé au hasard, le dirigeant provençal n'a jamais cherché à se dérober à nos questions.

Interview réalisée par Yves MICHEL


Pourquoi avoir choisi le report des matches à domicile et le refus du huis clos ?
C'est au départ une décision collective prise au sein de l'UCPH (Union des Clubs Pros) et à notre niveau, on a adhéré à cela surtout lorsque la préfecture nous a imposé le huis clos.

Le public et les partenaires sont lésés, c'est aussi cette problématique qu'il faut prendre en compte
C'est d'autant plus réel que nous devons rembourser contractuellement les partenaires. La saison passée, ils ont été très corrects, ils nous ont soutenus et n'ont rien demandé en retour. En revanche, cette année, il a fallu changer le mode de fonctionnement. Vu la période d'incertitude, ils nous ont demandé d'insérer une clause de remboursement. Cela concerne chaque match qui serait annulé ou disputé à huis clos. On a évalué ce préjudice à un peu plus de 150 000 euros au total.

Cette clause ne s'applique pas en cas de report
Bien entendu puisqu'on a conserve la possibilité de jouer le match à une date ultérieure.

Vivre entre les murs de l'Arena n'est-il pas trop luxueux ?
Comme le groupe Lagardère qui a une délégation de service public pour gérer l'Arena est exonéré de paiement de sa redevance, on est également exempté des frais de location. Après, on aurait quand même à supporter des frais d'organisation. Mais ce n'est pas ce qui nous ferait le plus mal. Le gros souci avec le huis clos, c'est donc le remboursement des partenaires et en plus, l'absence de billetterie. Nous pourrions tenir 2-3 matches ainsi mais pas au-delà.

A ce jour en comptant le renoncement de St Raphaël, vous n'avez pas pu jouer 4 matches. Il y a le reconfinement jusqu'au 1er décembre, on voit mal comment Aix atteindrait la barre des 10 rencontres disputées avant Noël.
Ça c'est certain et c'est pour cela qu'on avait proposé à nos adversaires d'inverser l'ordre de la rencontre. En fait, ne jouer pour le moment qu'à l'extérieur. Ils ont refusé.

A la fin de la saison dernière, financièrement Pays d'Aix n'était pas au mieux. Cela n'est pas allé en s'améliorant…
Sur cette 2ème partie de saison 2019-2020, nous avons fait de grosses économies (salariés remerciés, réceptions et prestations autour des matches annulées). Ensuite, on ne cache pas que l'aide de l'Etat a été importante. Tout cela nous avait permis de nous remettre à flots.

Malheureusement, vous prenez la 2ème vague en pleine face
Même si on est reparti sur de bonnes bases avec des joueurs qui ont accepté de réduire conséquemment leur salaire, le fait de ne plus pouvoir évoluer à domicile sans recettes privées, nous plonge dans une situation très compliquée..


  A l'intersaison, Thierry Anti a réintégré le championnat français en prenant les rênes de Pays d'Aix

N'était-il pas hasardeux de recruter autant de joueurs de haut niveau ?
Ce recrutement a été pensé bien avant la crise. Des sacrifices de la part des joueurs ont été consentis, donc aujourd'hui, nous pouvons tenir sur la trésorerie que nous avons mais si la situation ne s'arrange pas, il va falloir envisager de nouvelles négociations.

De quelle nature ? Retarder le versement des salaires ? Les baisser ?
Non, pas de retard de salaires mais plutôt de nouvelles négociations. Mais là, on se place dans l'hypothèse où on ne sortirait pas de cette crise sanitaire en empiétant sur la saison prochaine. Pour le moment, on fait le dos rond mais si il doit y avoir de nouvelles négociations, cela ne sera pas à partir de décembre, on peut attendre jusqu'au printemps. Le pire à envisager c'est que le virus persiste et qu'on soit dans l'impasse.

Existe-t-il une réelle crainte que des partenaires vous quittent ?
On a déjà eu pas mal de défections chez ce qu'on pourrait appeler "les petits partenaires" ou d'autres qui s'étaient engagés verbalement. Ils se sont détournés de nous parce qu'ils ne voient rien venir en termes sportifs.

Comment pouvez-vous freiner les investissements tout en gardant des ambitions sportives ?
Il est évident qu'on a vu certainement un peu grand, qu'on vivait au dessus de nos moyens, j'estime qu'on a rectifié la situation en termes de gestion mais si la crise perdure, nous serons obligés de tout revoir.

Est-ce que l'existence même du PAUC est en danger ?
Je vais être très franc avec vous, si on ne constate pas une amélioration, si nous n'avons pas la possibilité de jouer assez rapidement devant au moins 1000 spectateurs qui seraient par définition partenaires, l'avenir est sombre et je suis très inquiet. Si on ne retrouve pas un semblant de normalité dans l'Arena, je ne vois pas comment nous pourrions passer la saison.

On est loin de l'objectif Ligue des Champions en 2022...
Complètement. Notre préoccupation majeure, c'est la survie du club. Les ambitions, on est obligé de peut-être les revoir à la baisse et Thierry Anti comprend très bien la problématique. C'est sûr que c'est dommage d'envisager le pire avec un des meilleurs effectifs et le meilleur manager que nous n'ayons eu depuis la montée du club en D1.

Regrettez-vous de vous être passé de l'expérience de Stéphane Cambriels* surtout dans ces moments ?
(silence) C'est compliqué... ça a été une décision collective du conseil d'administration. Si nous n'avions pas réagi de la sorte au mois de janvier dernier, le club n'existerait certainement plus.

Ce constat, vous en conviendrez est cinglant !
On a estimé qu'il fallait changer de gérant et de revoir le projet à la baisse. C'est tout ce que j'ai à dire. La procédure a été respectée.

Si vous deviez résumer la situation en quelques mots ?
Une grande inquiétude existe. Il faut faire bloc contre le huis clos et suspendre le championnat jusqu'au 1er décembre parce que nous sommes plusieurs clubs à fonctionner sur un modèle économique où les ressources privées sont prépondérantes et je le répète, on ne pourrait pas survivre en évoluant devant une salle entièrement vide.


Précision..
* à la mi-janvier, le PAUC s'est séparé de son emblématique gérant Stéphane Cambriels, invoquant la volonté "d'ouvrir un nouveau cycle de stabilisation pour le club […], freiner les investissements tout en gardant des ambitions sportives." L'intéressé, cheville ouvrière d'un club qui à son origine, végétait dans un complet anonymat, avait pris acte de la décision en la regrettant et en refusant d'être le seul responsable de la situation.