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Des générations qui refusent d'être sacrifiées

International

lundi 2 novembre 2020 - © Yves Michel

 7 min 29 de lecture

Alors que France "A" est en partie rassemblée à la Maison du Hand pour un stage sans match, les U18-19 (génération 2002-2003) et les U20-21 (génération 2000-2001) se sont vus priver de rassemblements mais surtout d'un Euro estival qui avait été reporté sur janvier et qui finalement n'aura jamais lieu. Dans une période devenue incertaine, 2021 pour ces espoirs nationaux ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Devra-t-on dès lors parler de générations sacrifiées ?

Depuis leur création respective en 1992 et 1996, les championnats d'Europe des moins de 18 ans et des moins de 20 masculins n'avaient jamais été annulés. Pas de compétition donc l'été dernier et l'EHF avait entretenu l'espoir en annonçant un report sur janvier 2021. Peine perdue, face à la propagation de l'épidémie, l'instance européenne a du se rendre à la raison et annuler les deux épreuves. Antoine Tissot, ailier droit des U20 (notre photo de tête) a espéré jusqu'au dernier moment, revêtir la tunique tricolore en Croatie dans un peu plus de deux mois. « C'est en effet une grosse déception même si on s'en doutait. Le dernier stage remonte à janvier (Tournoi des 4 Nations), c'est uniquement là qu'on a eu vraiment l'occasion de prendre contact avec le staff de Yohan Delattre. Ce n'était que notre 2ème rassemblement en U20. » Les derniers souvenirs en bleu, le Chambérien les avait gravés quelques mois plus tôt lors d'un Mondial des moins de 19 bouclé à la 6ème place en Macédoine. « On ne se contentait pas de ce classement et on comptait sur le passage dans la génération suivante pour mieux faire. Surtout quand je vois que cette année, pas mal d'entre nous ont eu leur chance avec les pros, on a forcément acquis un peu plus d'expérience.» Désormais, Antoine Tissot n'a qu'une idée en tête. Pour sa dernière levée avec ses potes de galère, que le Mondial (en principe en Hongrie du 23 juin au 4 juillet 2021) ait lieu et qu'il puisse y participer. « Si on rate celui-là, il n'y aura plus rien derrière puisque le cycle sera terminé. Et finir sur deux ans, sans aucune compétition, ce sera une immense frustration. En club, j'ai l'habitude de partager ce genre d'émotions avec Benjamin (Richert - champion du Monde U21 en 2019) et Queido (Traoré qui avec deux autres Chambériens, Julien Meyer et Alex Tritta a décroché l'or au Mondial U21 en 2015), ils nous ont raconté leurs aventures et obligatoirement, ça donne envie de se hisser à leur niveau.» A 800 kilomètres un peu plus à l'ouest, à Cesson-Sévigné, le sac de Mathieu Salou (photo ci-dessous) avec tout l'équipement tricolore est resté désespérément à la même place dans un fond d'armoire. 



L'arrière droit vit cette période, un peu comme une punition. Un manque que rien ne pourra remplacer.« Cela nous tenait vraiment à cœur de faire cette compét'. Sincèrement, j'étais sorti du dernier Mondial chez les Jeunes avec une sensation d'inachevé notamment avec ce quart de finale raté contre le Portugal. Là, on pouvait se dire, on remet les compteurs à zéro et montrons ce qu'on vaut vraiment. Avec les deux générations précédentes, la France avait ramené des médailles, on voulait apporter aussi notre contribution. On a tous grandi et acquis plus de confiance.» Alors, ces jours-ci, le longiligne gaucher ronge son frein. Il ne peut même pas se défouler en championnat puisque la Starligue vit également sa vague de reports. « On est dans le flou d'autant que jouer en plus devant des tribunes vides, ce n'est pas excitant. Il faut souhaiter une accalmie du virus et qu'on reprenne normalement la saison. On aura le temps de penser au Mondial et même si les dates sont avancées, peu importe. On aura une envie décuplée et on sera en jambes puisque le championnat sera terminé depuis peu.» La nature ayant horreur du vide, les jeunes générations méritent leurs confrontations internationales. Et l'été prochain, comme les U21 de Yohan Delattre en Hongrie, les U19 d'Eric Quintin espèreront fouler les parquets grecs (du 18 au 29 août) et les U17 de Pascal Person convoiteront début juillet, l'Open européen en Suède.   



Au-delà de la frustration des jeunes joueurs, il y a toute une organisation à remettre en place. Des stratégies, des nouvelles méthodes de détection peut-être à inventer. A la FFHB, Pascal Bourgeais (photo ci-dessus) reste attentif à tout ce qui remonte de la base. Là où se trouvent les noyaux du réacteur: les clubs et les structures de formation. Le responsable du projet de performance fédéral masculin était la personne toute indiquée pour répondre à nos questions. 

En quoi ces reports puis ces annulations sont dommageables ?
Avant tout pour les "petits", ce sont des repères dans leur parcours de jeunes joueurs, ce sont des moments qu'ils aiment vivre avec la fierté de porter le maillot tricolore. Pour les différents staffs, ce sont des expériences humainement enrichissantes et en plus ces dernières années, on a eu la chance d'être souvent récompensés par le résultat sportif. La différence c'est que nous aurons j'espère, l'occasion d'en vivre d'autres, alors que pour eux, c'est vécu autrement. 

Le suivi fédéral est-il perturbé ?
Il ne faut pas uniquement se focaliser sur les compétitions estivales. Il y a aussi des rassemblements qui sont de vrais temps de travail, d'expertise et d'évaluation. Cela sert c'est vrai, à la construction d'équipes mais je dirais que c'est secondaire. La priorité, c'est pour nous, d'accompagner les gamins dans leur progression. Pour que demain, ils deviennent les plus performants possibles en ayant la lucidité que l'essentiel du boulot est réalisé en club, en pôle ou en centre de formation. La sélection, c'est un catalyseur, un environnement différent dans lequel le joueur doit exprimer sur une période très courte ce qu'il est capable de produire. 

Au-delà des rassemblements en sélection, les inter-pôles (en mars) avec des gamins de 2002 à 2004 ont eux aussi été annulés, non sans avoir quelques conséquences
Malgré le contexte actuel très difficile, on a pu remonter partiellement des opérations de détection et d'évaluations de ces générations. On a organisé par exemple récemment un regroupement avec des 2003 à la Maison du Handball. Mais je le reconnais, cela ne vaut pas l'habituel tournoi inter-pôles s'étalant sur la semaine. On doit s'interroger sur son maintien au prochain printemps. On navigue à vue. 

L'annulation des inter-pôles a pénalisé beaucoup de 2002 qui n'ont pas pu entrer en centre de formation (CF).
Je vais tempérer cela. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, il y a eu un petit peu plus d'entrées en CF que les autres années. 2ème remarque, c'est que les CF n'attendent pas les inter-pôles pour recruter. Chacun possède ses réseaux. Mais c'est vrai, à l'occasion des inter-pôles, il y a toujours des jeunes qui se révèlent sans être au préalable dans le radar des clubs. Le tournoi permettait aussi cela, malheureusement, cette année, il n'a pas eu lieu. 

Un joueur de talent peut-il passer entre les mailles du filet ?
Je dirai non car les clubs sont là pour l'éviter. L'exemple de Thibaud Briet à Nantes est significatif et loin d'être un aveu d'échec. C'est un 99, arrière gauche qui n'est pas entré dans la filière fédérale parce que tout simplement à cette période, il n'avait pas plus de choses qu'un Prandi ou un Gibelin qui ressortaient. Il s'est retrouvé à Nantes, a saisi sa chance et on voit ce que cela donne. 

Pour revenir sur les sélections, l'été prochain sera attendu à la fois avec appréhension et envie…
D'autant que les 2000-2001 par exemple, représentent une génération à maturité tardive et on pense très sincèrement que le Mondial peut être le point d'éclosion de la meilleure performance qui soit. Qui plus est, avec des jeunes qui depuis quelques semaines ont du temps de jeu et parfois des responsabilités chez les pros. 

Ce Mondial U21 en Hongrie, s'il a lieu, s'étalerait du 23 juin au 4 juillet 2021...
Ce serait en effet très proche de la fin des championnats nationaux. Et inversement pour les U19, ce serait plus tardif, en Grèce entre le 18 et le 29 août, il y aura largement un temps de régénération mais au-delà de la reprise en club. On a toujours trouvé de bons compromis avec les clubs et chaque intérêt sera préservé. 

La performance animera toujours ces équipes de jeunes..
Ces gamins ont débuté au handball, à 5 ou 6 ans et ils ont toujours connu France A parmi les sinon la meilleure du Monde. Donc ce désir de se surpasser existe tout comme l'émulation car les autres nations même chez les jeunes, veulent battre la France. 

Avec des staffs chez les masculins inchangés ?
Tout à fait. Nous ferons un point à l'issue de l'été puisqu'un cycle se termine. Mais on a déjà étoffé notre groupe avec un ancien international qui commence sa formation… un certain Guillaume Joli (actuel responsable du Pôle Espoirs de Lyon).


                     Lou Derisbourg (USAM Nîmes) un des leaders de la génération 2002-2003

Des générations qui refusent d'être sacrifiées  

International

lundi 2 novembre 2020 - © Yves Michel

 7 min 29 de lecture

Alors que France "A" est en partie rassemblée à la Maison du Hand pour un stage sans match, les U18-19 (génération 2002-2003) et les U20-21 (génération 2000-2001) se sont vus priver de rassemblements mais surtout d'un Euro estival qui avait été reporté sur janvier et qui finalement n'aura jamais lieu. Dans une période devenue incertaine, 2021 pour ces espoirs nationaux ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Devra-t-on dès lors parler de générations sacrifiées ?

Depuis leur création respective en 1992 et 1996, les championnats d'Europe des moins de 18 ans et des moins de 20 masculins n'avaient jamais été annulés. Pas de compétition donc l'été dernier et l'EHF avait entretenu l'espoir en annonçant un report sur janvier 2021. Peine perdue, face à la propagation de l'épidémie, l'instance européenne a du se rendre à la raison et annuler les deux épreuves. Antoine Tissot, ailier droit des U20 (notre photo de tête) a espéré jusqu'au dernier moment, revêtir la tunique tricolore en Croatie dans un peu plus de deux mois. « C'est en effet une grosse déception même si on s'en doutait. Le dernier stage remonte à janvier (Tournoi des 4 Nations), c'est uniquement là qu'on a eu vraiment l'occasion de prendre contact avec le staff de Yohan Delattre. Ce n'était que notre 2ème rassemblement en U20. » Les derniers souvenirs en bleu, le Chambérien les avait gravés quelques mois plus tôt lors d'un Mondial des moins de 19 bouclé à la 6ème place en Macédoine. « On ne se contentait pas de ce classement et on comptait sur le passage dans la génération suivante pour mieux faire. Surtout quand je vois que cette année, pas mal d'entre nous ont eu leur chance avec les pros, on a forcément acquis un peu plus d'expérience.» Désormais, Antoine Tissot n'a qu'une idée en tête. Pour sa dernière levée avec ses potes de galère, que le Mondial (en principe en Hongrie du 23 juin au 4 juillet 2021) ait lieu et qu'il puisse y participer. « Si on rate celui-là, il n'y aura plus rien derrière puisque le cycle sera terminé. Et finir sur deux ans, sans aucune compétition, ce sera une immense frustration. En club, j'ai l'habitude de partager ce genre d'émotions avec Benjamin (Richert - champion du Monde U21 en 2019) et Queido (Traoré qui avec deux autres Chambériens, Julien Meyer et Alex Tritta a décroché l'or au Mondial U21 en 2015), ils nous ont raconté leurs aventures et obligatoirement, ça donne envie de se hisser à leur niveau.» A 800 kilomètres un peu plus à l'ouest, à Cesson-Sévigné, le sac de Mathieu Salou (photo ci-dessous) avec tout l'équipement tricolore est resté désespérément à la même place dans un fond d'armoire. 



L'arrière droit vit cette période, un peu comme une punition. Un manque que rien ne pourra remplacer.« Cela nous tenait vraiment à cœur de faire cette compét'. Sincèrement, j'étais sorti du dernier Mondial chez les Jeunes avec une sensation d'inachevé notamment avec ce quart de finale raté contre le Portugal. Là, on pouvait se dire, on remet les compteurs à zéro et montrons ce qu'on vaut vraiment. Avec les deux générations précédentes, la France avait ramené des médailles, on voulait apporter aussi notre contribution. On a tous grandi et acquis plus de confiance.» Alors, ces jours-ci, le longiligne gaucher ronge son frein. Il ne peut même pas se défouler en championnat puisque la Starligue vit également sa vague de reports. « On est dans le flou d'autant que jouer en plus devant des tribunes vides, ce n'est pas excitant. Il faut souhaiter une accalmie du virus et qu'on reprenne normalement la saison. On aura le temps de penser au Mondial et même si les dates sont avancées, peu importe. On aura une envie décuplée et on sera en jambes puisque le championnat sera terminé depuis peu.» La nature ayant horreur du vide, les jeunes générations méritent leurs confrontations internationales. Et l'été prochain, comme les U21 de Yohan Delattre en Hongrie, les U19 d'Eric Quintin espèreront fouler les parquets grecs (du 18 au 29 août) et les U17 de Pascal Person convoiteront début juillet, l'Open européen en Suède.   



Au-delà de la frustration des jeunes joueurs, il y a toute une organisation à remettre en place. Des stratégies, des nouvelles méthodes de détection peut-être à inventer. A la FFHB, Pascal Bourgeais (photo ci-dessus) reste attentif à tout ce qui remonte de la base. Là où se trouvent les noyaux du réacteur: les clubs et les structures de formation. Le responsable du projet de performance fédéral masculin était la personne toute indiquée pour répondre à nos questions. 

En quoi ces reports puis ces annulations sont dommageables ?
Avant tout pour les "petits", ce sont des repères dans leur parcours de jeunes joueurs, ce sont des moments qu'ils aiment vivre avec la fierté de porter le maillot tricolore. Pour les différents staffs, ce sont des expériences humainement enrichissantes et en plus ces dernières années, on a eu la chance d'être souvent récompensés par le résultat sportif. La différence c'est que nous aurons j'espère, l'occasion d'en vivre d'autres, alors que pour eux, c'est vécu autrement. 

Le suivi fédéral est-il perturbé ?
Il ne faut pas uniquement se focaliser sur les compétitions estivales. Il y a aussi des rassemblements qui sont de vrais temps de travail, d'expertise et d'évaluation. Cela sert c'est vrai, à la construction d'équipes mais je dirais que c'est secondaire. La priorité, c'est pour nous, d'accompagner les gamins dans leur progression. Pour que demain, ils deviennent les plus performants possibles en ayant la lucidité que l'essentiel du boulot est réalisé en club, en pôle ou en centre de formation. La sélection, c'est un catalyseur, un environnement différent dans lequel le joueur doit exprimer sur une période très courte ce qu'il est capable de produire. 

Au-delà des rassemblements en sélection, les inter-pôles (en mars) avec des gamins de 2002 à 2004 ont eux aussi été annulés, non sans avoir quelques conséquences
Malgré le contexte actuel très difficile, on a pu remonter partiellement des opérations de détection et d'évaluations de ces générations. On a organisé par exemple récemment un regroupement avec des 2003 à la Maison du Handball. Mais je le reconnais, cela ne vaut pas l'habituel tournoi inter-pôles s'étalant sur la semaine. On doit s'interroger sur son maintien au prochain printemps. On navigue à vue. 

L'annulation des inter-pôles a pénalisé beaucoup de 2002 qui n'ont pas pu entrer en centre de formation (CF).
Je vais tempérer cela. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, il y a eu un petit peu plus d'entrées en CF que les autres années. 2ème remarque, c'est que les CF n'attendent pas les inter-pôles pour recruter. Chacun possède ses réseaux. Mais c'est vrai, à l'occasion des inter-pôles, il y a toujours des jeunes qui se révèlent sans être au préalable dans le radar des clubs. Le tournoi permettait aussi cela, malheureusement, cette année, il n'a pas eu lieu. 

Un joueur de talent peut-il passer entre les mailles du filet ?
Je dirai non car les clubs sont là pour l'éviter. L'exemple de Thibaud Briet à Nantes est significatif et loin d'être un aveu d'échec. C'est un 99, arrière gauche qui n'est pas entré dans la filière fédérale parce que tout simplement à cette période, il n'avait pas plus de choses qu'un Prandi ou un Gibelin qui ressortaient. Il s'est retrouvé à Nantes, a saisi sa chance et on voit ce que cela donne. 

Pour revenir sur les sélections, l'été prochain sera attendu à la fois avec appréhension et envie…
D'autant que les 2000-2001 par exemple, représentent une génération à maturité tardive et on pense très sincèrement que le Mondial peut être le point d'éclosion de la meilleure performance qui soit. Qui plus est, avec des jeunes qui depuis quelques semaines ont du temps de jeu et parfois des responsabilités chez les pros. 

Ce Mondial U21 en Hongrie, s'il a lieu, s'étalerait du 23 juin au 4 juillet 2021...
Ce serait en effet très proche de la fin des championnats nationaux. Et inversement pour les U19, ce serait plus tardif, en Grèce entre le 18 et le 29 août, il y aura largement un temps de régénération mais au-delà de la reprise en club. On a toujours trouvé de bons compromis avec les clubs et chaque intérêt sera préservé. 

La performance animera toujours ces équipes de jeunes..
Ces gamins ont débuté au handball, à 5 ou 6 ans et ils ont toujours connu France A parmi les sinon la meilleure du Monde. Donc ce désir de se surpasser existe tout comme l'émulation car les autres nations même chez les jeunes, veulent battre la France. 

Avec des staffs chez les masculins inchangés ?
Tout à fait. Nous ferons un point à l'issue de l'été puisqu'un cycle se termine. Mais on a déjà étoffé notre groupe avec un ancien international qui commence sa formation… un certain Guillaume Joli (actuel responsable du Pôle Espoirs de Lyon).


                     Lou Derisbourg (USAM Nîmes) un des leaders de la génération 2002-2003

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