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Thierry Dentz, plus belle la vie !
Thierry Dentz, plus belle la vie !
23 Avril 2019 | France

C'est l'histoire d'un mec aussi attachant que désarçonnant qui avec son compère Denis Reibel figure au fleuron de l'arbitrage français. Thierry Dentz a du stopper sa passion en décembre dernier pour se soigner. Nous avons tout simplement eu l'idée de prendre de ses nouvelles.

par Yves MICHEL


C’est une image positive et un message d’espoir qu’a voulu transmettre notre ami Thierry Dentz lorsque ce lundi matin, nous lui avons passé un coup de fil. 

Depuis la trêve de décembre, le binôme d’arbitres qu’il forme avec le fidèle Denis Reibel a disparu des feuilles de match. Car celui que mène Thierry est tout autre. Bien plus difficile, souvent inégal. Il se bat contre la maladie et cette fois, ce n’est pas lui qui détient les clés du règlement. La leçon de courage qu’il donne au quotidien à sa famille et à ses proches force le respect et suscite l’admiration. Dans l’échange que nous avons eu durant presque trente minutes, il n’était pas question de glisser dans le pathos. Nous avons tout simplement voulu raconter l’histoire d’un homme digne, plein de vie, amoureux de son sport, amoureux de l’instant présent qui va relever un des plus beaux challenges qui puissent exister.

Ce mercredi 19 décembre 2018, l’Arena de Montpellier est bien remplie, les spectateurs sont venus en masse assister au derby entre les champions d’Europe et le voisin nîmois. La commission de l’arbitrage a soigné le casting et délégué deux de ses meilleurs sifflets Denis Reibel et Thierry Dentz. « Ça se passe vraiment bien, par le passé, on avait eu l’occasion d’arbitrer ce genre de duel et cela avait été plus compliqué. Vraiment, un match entre gentlemen. Montpellier domine la rencontre et s’impose largement. Avant de quitter la salle, on fait un tour par le VIP, quelques échanges, l’hôtel, retour vers l’Alsace, le lendemain. » La 13ème journée de championnat marque le début de la trêve hivernale. Chacun va pouvoir préparer les fêtes de Noël. Nos deux compères eux, ont prévu comme souvent de profiter de la période. « Avec Denis, on avait dirigé Montpellier-PSG juste avant, j’étais loin de me douter que ce serait nos derniers matches de la saison. » Depuis quelques jours, Thierry souffre de maux de tête. Un mauvais moment à passer, réglé par la prise de banals antalgiques. Mais le mal s'avère insidieux. «Ça disparaissait puis ça revenait. Arrive le Nouvel An et une amie infirmière me conseille de consulter et elle m’obtient un rendez-vous avec un neurologue qui pour être fixé, m’envoie passer une IRM. Je suis dans un état de fatigue extrême mais je ne pense pas au pire. Je ne me doute de rien, d’ailleurs personne ne me dit rien. C’est à mon épouse que le médecin annonce que je souffre d’une tumeur au cervelet. Je me retrouve à l’hôpital de Colmar en neurochirurgie. Le diagnostic est confirmé. A ce moment-là, le ciel vient de me tomber sur la tête. » L’instant est grave, les mots prononcés sans ménagement sont d’une extrême froideur. Même le subconscient ne joue plus son rôle. Thierry tente de rassembler ses idées. « Ça part un peu dans tous les sens. Je suis pris de panique. Qu’on m’annonce que je risque de ne pas m’en sortir est une chose mais que je n’ai pas le temps de dire au revoir à ceux qui me sont chers, me terrorise. » Un concours de circonstances va toutefois survenir. Le spécialiste a dégagé un créneau et propose une opération dès le lendemain. L’intervention dure 4 heures, sans complication. Au réveil, Thierry est plutôt d’humeur badine. Il ne pense qu’à une chose, quitter l’hôpital, retrouver les siens, reprendre ses activités et surtout… « Attendre la fin de la trêve car le 9 février, je sais qu’on doit arbitrer pour la reprise du championnat. Le médecin est là, il fait une drôle de tête. Pour lui, pas question de gesticuler. Je dois me reposer et maintenant que la tumeur a été éradiquée, il veut en connaître l’origine. » Sans être resplendissant, l’état physique est acceptable. Il doit passer un nouveau scanner. Mais à l’interprétation des images, nouveau coup dur. «On m’annonce cette fois, que mes poumons sont touchés. C’est l’incompréhension la plus totale. Tu as l’impression de vivre un mauvais cauchemar, que le sort s’acharne. Que tu vas te réveiller et que quelqu’un va t’annoncer une bonne nouvelle. De neurologie, je suis transféré en pneumologie où un nouveau diagnostic est loin de me rassurer. »


                                  Edgar Dentz, pivot à Nancy entre les deux compères

Thierry ne s’étendra pas plus longtemps sur l’épisode, préférant insister sur l’indéfectible soutien de Valérie son épouse, Alex et Edgar ses deux grands "gamins" et Denis... Reibel, le "poto" de toujours, le frère, rencontré sur les bancs de l’école primaire et compagnon de sifflet depuis 26 ans. « Les messages que je continuais de recevoir, étaient vraiment sympas, empreints d’une pudeur qui m’a vraiment touché. Mais tu ne peux pas t’empêcher de penser à ce qui t’arrive. » Toutes les photos de ce bonhomme honnête, jovial, facétieux, toujours pourvu du bon mot, acerbe parfois envers les instances qui le dirigent, tout cela est battu en brèche par ce mal sournois qui le cloue au sol. « Un coup d’arrêt à ce que je faisais depuis tant d’années. Avec Denis, on savait qu’on arrivait au bout. On s’était fixé une limite, 55 ans, encore deux ou trois saisons, quoi. Et là, il m’arrive ce sale truc à 52 ans ! »  Les journées sont désormais rythmées par le protocole de soins qui peut paraître très lourd. Parfois, le moral en prend un coup. « Je garde espoir mais je vis au jour le jour, je ne cherche aucun responsable. Le hand est bien loin. Aujourd’hui, cela me fout les boules de regarder un match ! » Thierry Dentz n’a jamais laissé personne indifférent. Ses contradicteurs ont toujours éprouvé du respect à son égard. Les marques d’affection affluent de tous les côtés. Même les plus inattendues. « Pour ne pas le citer, Vincent Gérard. On a voulu nous opposer, nous faire passer pour des ennemis parce qu’à un moment, nos échanges ont été musclés. C’est un des premiers qui s’est informé de mon état de santé. Ses encouragements me sont allés droit au cœur. Et il n’est pas le seul à m’avoir écrit de belles choses. » Difficile d’avancer sans savoir de ce que sera fait le lendemain. La patience a des limites que Thierry a du mal à respecter. Les projets existent encore mais sont pour l’instant à l’arrêt. « Ce qui me manque le plus, ce sont des choses simples. Préparer mon sac avant un match, vivre ma passion. Je suis dans l’impossibilité de me projeter dans le futur. » Comme cette proposition d’un grand club de l’élite de l’intégrer à la tête de son équipe marketing. « Je suis vraiment très fier et très touché qu’on pense à moi pour un poste à hautes responsabilités. » Dentz-Reibel, binôme à l’ancienne va tourner la page d’un quart de siècle au service du sifflet. Entre ces deux là, les liens se sont encore un peu plus renforcés mais le lion qui tourne en cage aimerait avoir la force de se libérer de ses chaînes. « Je me suis fixé un objectif immédiat. Une sortie qui me ferait vraiment plaisir. A Bercy, le 25 mai pour les finales de coupe de France. Si mon état me le permet, j’y serai avec plaisir. Je me mettrai dans un coin, sans embêter personne. » Non Thierry, c’est de ne pas te voir dans les gradins qui nous embêterait le plus.

© Yves Michel
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