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Une sacrée page se tourne pour Guillaume Joli
Une sacrée page se tourne pour Guillaume Joli
4 Juin 2019 | France > LNH

Ce jeudi, la dernière journée de l'élite masculine coïncide avec la fin de carrière de certains grands acteurs du championnat. Thierry Omeyer, Benoit Doré et Arnaud Siffert accompagneront Guillaume Joli dans le clan des anciens handballeurs français. Avant de rejoindre l'entraînement du pôle Espoirs de Lyon, le Dunkerquois effectuera sa dernière sortie face à Nantes. 

par Yves MICHEL
 

C'est un avantage qu'il s'est offert et qu'il a eu le temps d'anticiper. Vendredi matin, Guillaume Joli sera un joueur à la retraite. Il met fin à dix-sept ans de carrière au plus haut niveau, vingt-cinq passés dans les salles de handball. Des moments de joie, de peine, de satisfaction, de déception, tout s'est enchaîné à vive allure pour ce Lyonnais d'origine au palmarès qui peut faire bien des envieux. Avec un sacre olympique, trois mondiaux, deux européens au cours des 118 sélections qu'il a honorées en équipe de France sans oublier une coupe de la Ligue et un titre de champion de France. Guillaume Joli ne surprendra personne, son avenir reste dans le handball, il changera quelques-unes de ses habitudes mais glissera vers ce qu'il a voulu toujours faire, transmettre son expérience et se lancer dans la formation. A la rentrée, il prendra la suite de Gilles Malfondet au pôle Espoirs de Lyon. Un retour aux sources pour l'enfant de Tassin-la-Demi-Lune, à l'ouest de la capitale des Gaules. Evocation d'une carrière bien remplie.



Comme beaucoup, c'est par atavisme que Guillaume Joli a basculé vers le handball. Très vite, il a suivi la trace de François son père à l'Union Olympique Demi-Lunoise dans la banlieue lyonnaise. « Je l'accompagnais dans les salles et le vendredi, après l'entraînement, il y avait toujours une séance de pénaltys avec les gardiens. Quand j'ai eu l'âge, je me suis pris au jeu et ça m’est resté. » Le chemin est balisé et à tout juste 16 ans, tout en intégrant le lycée Jean-Perrin et le pôle Espoirs de Lyon, il rejoint le club de Villefranche sur Saône en moins de 18. « J'ai vite été incorporé à l'équipe séniors en D2. J'ai fait une bonne saison mais Villeurbanne, le voisin qui évoluait en D1 m'a contacté et m'a fait signer pour deux saisons. » Même si le VHA ne se classe pas parmi les meilleurs de l’élite, Guillaume se sent parfaitement dans son élément et sa cote ne fait qu'augmenter. « J’ai été beaucoup marqué par Jean Pierre Delasette, le président qui a été un 2ème père pour moi, c’est lui qui m’a aidé à appréhender le milieu professionnel. Il avait même décidé que si l’équipe descendait, je partais pour Chambéry.» Au cours de l'été 2004, le gaucher se retrouve en Savoie dans un club qui s'est déjà forgé un palmarès.

 


« A l’époque, j’étais aussi en contact avec Montpellier. Si j’ai fait le choix d’aller à "Chambé", c’est  parce que je voulais continuer à jouer. Avec le recul, là aussi je ne regrette rien. La 1ère année, je termine quand même meilleur buteur du championnat (164 buts dont 71 à 7m avec près de 93% de réussite au tir). » Même si aucun trophée n'est venu se rajouter malgré de nombreux accessits dans toutes les compétitions domestiques et des matches mémorables en Ligue des Champions, les six saisons passées à Chambéry restent pour lui, un excellent souvenir. « J’ai vécu une aventure humaine très forte avec pas mal de rencontres importantes. C’est là-bas que j’ai progressé, que j’ai goûté à la Ligue des Champions et c’est grâce à cet environnement favorable que j’ai pu faire mes débuts en France A. En 2010, j’étais arrivé au terme de l’aventure. Je pense que si j’avais vraiment voulu rester, j’aurais pu prolonger mais j’avais envie de connaître autre chose, notamment à l’étranger. » Deux ans plus tôt, une tentative de jouer en Bundesliga à Nordhorn a tourné court. L'Allemagne, ça sera pour plus tard. Place à l'Espagne.

Guillaume Joli débarque donc en Asobal, à Valladolid qui vient de terminer 3ème de la Liga et où Juan Carlos Pastor, le sélectionneur de la "Roja" championne du monde 2005 a imposé sa marque. « C'est ce qui m'est arrivé de mieux. Pastor est pour moi une référence. En plus, je ne suis pas en terre totalement inconnue car je retrouve le pivot Edu Fernandez avec qui j’ai joué trois ans à Chambéry, je suis vraiment bien accueilli. J’ai passé deux saisons exceptionnelles là-bas.» Pourtant les résultats ne sont pas au rendez-vous. Mais entre temps, le Français s'est illustré individuellement, au classement des buteurs de l'Asobal. Il aurait même pu être désigné comme meilleur ailier droit du championnat si un certain Luc Abalo, alors à Ciudad Real, ne l'avait pas devancé. « Sur le poste, "Lucio" était intouchable et c'est normal qu'il soit devant moi. Il y a toujours eu une saine émulation entre nous et non pas une rivalité. On est de la même génération, on a grandi ensemble, on a commencé à se côtoyer en sélection jeunes.» Les deux gauchers ont en effet suivi la filière fédérale et se sont tout naturellement retrouvés chez les "A". Mondial 2009 en Croatie, Euro 2010 en Autriche, Mondial 2011 en Suède. Les années fastes où rien ne résiste aux Bleus.



En 2012, voilà le Lyonnais embarqué dans l'Eurostar, direction Londres pour l'aventure olympique. Quatre ans plus tôt, la France a été sacrée à Pékin et les places sont très convoitées. Le joueur de Valladolid figure pourtant sur les 1ères feuilles de match. « Claude Onesta avait été très clair. On partait à 15 et il pourrait y avoir un changement à tous moments. Je me doutais bien que cela pouvait tomber sur moi. » La décision tombe avant le quart de finale contre l'Espagne. Joli est écarté au profit de William Accambray. « Sur le coup, j’ai du mal à encaisser mais quand ça se termine aussi bien pour l’équipe et qu’on a tous la médaille d’or autour du cou, la déception a disparu. C’est le meilleur souvenir de ma carrière de sportif de haut niveau. Ce que j’ai mal vécu, c’est ce qui s’est passé juste après… » Une leçon d'humilité qu'il n'est pas près d'oublier.

L'Allemagne a toujours été un espace convoité et après Nikola Karabatic, Igor Anic, Jérôme Fernandez, Thierry Omeyer et Daniel Narcisse, Kiel s'intéresse au Lyonnais âgé de 27 ans. La rumeur circule depuis un bon moment mais l'accord tarde à se concrétiser. « Au dernier moment, ils ont changé d'avis et ils ont pris Ekberg, le Suédois. C'était assez contrasté comme sentiment. Je passe d'un statut de champion olympique à un sportif au chômage et je me dis que je ne signerai jamais dans un top club européen. Je suis dépité mais il faut que je rebondisse rapidement.» L'intersaison et la préparation sont bien avancées, les effectifs constitués. Recruter un ailier, même gaucher, ne fait pas partie des priorités. Et pourtant, flairant le bon coup, Dunkerque se manifeste. « C'était inespéré, ils m'ont appelé dans les quinze jours qui ont suivi. Ça a été une bouée de sauvetage. Je me retrouve dans une bonne équipe qui vient de gagner le Trophée des Champions. J'ai tout de suite trouvé ma place et les deux saisons que j'ai passées sont passionnantes. » Pendant l'hiver 2012, Guillaume retrouve le rassemblement de l'équipe de France pour le Mondial espagnol mais sa joie sera de courte durée. A l'annonce des partants pour la Catalogne, Claude Onesta lui préfère Valentin Porte, bizut chez les "A".  « Je ne m'y attendais pas car j'avais l'impression d'avoir été meilleur que Val' pendant la prépa. Je suis déçu mais je relativise. Je rentre sur Dunkerque et je trouve une autre source de motivation.» Attitude payante puisque les Nordistes vont déjouer tous les pronostics, remporter une coupe de la Ligne et surtout, la saison suivante, le titre national en devançant le PSG. Guillaume Joli est rappelé en sélection et rajoute l'or de l'Euro 2014 à son palmarès.   



En fin de contrat à Dunkerque et sans proposition intéressante sur le sol français, Wetzlar lui donne l'opportunité de réaliser son rêve. Jouer outre-Rhin. « J'avais l'occasion de signer à Szeged mais je ne me voyais pas aller évoluer en Hongrie. Je débarquais dans un club certes moins prestigieux que Kiel mais qui avait réussi d'attirer dans son effectif Ivano Balic, Manaskov, Hombrados, Tonnesen, Fäth ou Prieto. Je signe trois ans.» Après une nouvelle médaille dorée au Mondial qatari, le sentiment de la 1ère saison en Allemagne est plutôt satisfaisant. Le club termine 8ème juste derrière les cadors. La période qui suit est moins florissante et pour le Français, le climat s'est détérioré. « Je n'ai pas eu de soucis avec mes partenaires. C'est plutôt avec l'entraîneur et les dirigeants que ça s'est mal passé. Ils avaient envie de changement et ils voulaient me remplacer. J'ai vite compris que même s'il me restait un peu plus d'un an à accomplir là-bas, il fallait que j'envisage une autre destination. Et en décembre 2015, Dunkerque s'est manifesté et ce qui m'a été proposé, m'a tout de suite séduit. Il reste quelques anciens et sur mon poste, il y a surtout des jeunes que je peux aider.» A bientôt 31 ans, retour au bercail sur un fleuve loin d'être tranquille.



Dans le Nord, l'ambiance a changé. Les promesses nées du titre de 2014 se sont évanouies, des cadres de l'époque ont quitté le navire, le club termine 6ème du championnat. Guillaume Joli a 31 ans et l'hiver suivant, au milieu de sa 2ème saison dunkerquoise, il doit se faire opérer du ménisque. Quelques mois d'arrêt qu'il aura du mal à compenser. Parallèlement, les relations se tendent avec les dirigeants et Patrick Cazal qui n'apprécient pas ses prises de position, notamment en fin de saison, en faveur d'Annotel (sur le départ) et de Grocaut (qui n'est pas prolongé). « Je n'ai jamais été quelqu'un de lisse et j'ai toujours dit ce que je pensais. Je ne regrette pas mes propos mais je ne m'attendais pas à ce que la situation prenne cette tournure.» La disgrâce, pire même l'humiliation. Invité à se mettre à disposition de la réserve et de disputer des matches avec des partenaires qui ont pour certains moitié moins que son âge. «Au début, c'est difficile à accepter mais j'ai essayé de tirer profit de cette période. Je n'ai mis aucune barrière et comme je l'avais toujours fait, j'ai essayé d'apporter mon expérience. Je remercie d'ailleurs tous ces jeunes qui m'ont accueilli pendant huit mois.» La punition a des limites, Joli réapparait sur une feuille de D1 en mars dernier. Sans pour autant être sollicité... ou si peu. « Je n'aurai jamais passé autant de temps sur un banc (sourires). L'entraîneur a fait un choix, il a pris ses responsabilités et je me dois de les respecter. » Une finale de coupe de France passe et le joueur n'a même pas droit à un regard, encore moins à un encouragement pour aller aider des partenaires en fâcheuse posture. L'intéressé lui, reste positif jusqu'au bout. « C'est vrai que ces derniers mois, il y a eu de la colère et de l'incompréhension, certaines attitudes m'ont blessé mais je n'ai pas envie de terminer sur une image de quelqu'un d'aigri. Je boucle ma 18ème année chez les pros, mon palmarès a dépassé ce que j'aurais pu imaginer. » Ce jeudi face à Nantes, il mettra fin à cette aventure. Peut-être qu'il aura l'occasion de fouler le terrain de Dewerdt et avoir la sortie qu'il mérite. Juste avant de songer à la reconversion.   


Guillaume Joli, champion olympique à Londres et ambianceur lors de l'ultime soirée

La reconversion dans un environnement familial

Comme un retour aux sources. Dans cette agglomération lyonnaise où tout a commencé. « J'ai toujours eu la passion de l'entraînement, la transmission vers les jeunes. J'ai passé mes diplômes d'entraîneur (DES handball) et la bonne occasion s'est présentée. Je serai salarié à la Ligue Auvergne-Rhône Alpes, détaché à l'entraînement et à la coordination du Pôle Espoirs de Lyon. Il y a dans cette région, plein de gamins à détecter et à faire progresser. » Guillaume s'inscrira dans le prolongement du travail phénoménal réalisé par Gilles Malfondet, véritable découvreur de talents (Joli, Beauregard, Bingo, Bonnefond, Villeminot, Traoré,...). Une étape avant de revenir vers le plus haut niveau et diriger une équipe de l'élite ? « Il ne faut jamais dire jamais. Mais ce n'est pas l'objectif du moment. J'ai vraiment envie d'apprendre mon métier. Au-delà de ça, j'espère que les dirigeants lyonnais pourront un jour se mettre d'accord pour bâtir le club de haut niveau que l'agglomération mérite.» Comme un jour, Jean-Michel Aulas, le patron des footeux lyonnais et ancien handballeur dans les années 60, avait tenté de le faire… en vain.

Les plus et les moins de Guillaume Joli

Le joueur le plus marquant ?
Marc Auboiron, ailier gauche de Villeurbanne qui m'a transmis de vraies valeurs
L'entraîneur le plus charismatique ?
Sans hésitation, Juan Carlos Pastor. Il m'a carrément ouvert les yeux sur le hand. Le sens du détail, très méticuleux.
Le gardien qui t'a posé le plus de problèmes ?
Je ne vais pas dire "Titi" car il va prendre la grosse tête (rires). Mais c'est vrai qu'il était au sommet de son art et j'ai souvent buté sur lui
Le fait de jeu le plus marquant pour toi ?
Un pénalty inscrit à la dernière seconde pour Valladolid face à Leon. On arrache le nul et on sort de la salle sous protection policière. Cela faisait 7 ans que le club n'avait pas pris le moindre point là-bas.
Le fait de jeu qui te laisse des regrets ?
Un carton rouge en finale du Mondial UNSS. J'avais 15 ans, j'avais été sanctionné pour un croche-patte sur un adversaire qui partait en contre-attaque. On perd le match et le titre.
Le club où tu aurais aimé évoluer ?
Le FC Barcelone
Le titre dont tu es le plus fier ?
La médaille d'or olympique à Londres en 2012

© Yves Michel
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