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LBE : Audrey Deroin, une maman lanceuse d'alerte
LBE : Audrey Deroin, une maman lanceuse d'alerte
3 Septembre 2020 | France > LBE

A moins d'une semaine de la première journée, qui doit normalement voir Mérignac accueillir Brest, l'ailière droit girondine a hâte de disputer son premier match officiel depuis 15 mois. Mais le bon déroulement d'une saison plus que jamais dépendante des aléas sanitaires la tracasse aussi. « J'ai peur pour mon championnat », avoue-t-elle sans détour...


Dans les faits, la troisième saison d'Audrey Deroin à Mérignac sera la deuxième. La double vice-championne du monde (2009 en Chine, 2011 au Brésil) n'est plus apparue en compétition depuis le 18 mai 2019, un soir de victoire contre Saint-Maur (24-18, 6 buts) et de célébration de la remontée dans l'élite. Une succession de cas de force majeure, plus ou moins heureux, sont ensuite passés par là. Une grossesse, la naissance d'une petite fille au tout début de cette année, puis un confinement tombé pile quand elle devait retrouver les parquets.

Alors que le virus continue d'imposer son calendrier, ce qui a engendré l'annulation des deux derniers matches amicaux du club girondin, l'ailière qui soufflera ses 31 bougies ce dimanche se languit de renouer avec l'élite, plus de deux ans après avoir quitté Dijon pour la Nouvelle-Aquitaine. Mais pas dans n'importe quelles conditions... développées, comme tout le reste, avec sa franchise coutumière.


Cette saison écoulée blanche, pour diverses raisons, a-t-elle été la plus étrange de votre carrière ?

« J'ai accouché le 2 janvier, et je me suis battue comme une forcenée pour revenir le plus rapidement possible. J'ai été autorisée à reprendre les matches le 14 mars, avec la N1. En fait, deux jours auparavant, on nous a annoncé l'arrêt de tous les matches, et le mardi (17), on était confinés. Du coup, on m'a un peu coupé l'herbe sous le pied, mais je pense que c'était un mal pour un bien. »

Etait-il inenvisageable de rester inactive pendant ces huit semaines ?

« Déjà, pendant ma grossesse, je n'y arrivais pas ! J'étais encore en train de faire de la musculation. Bien évidemment, j'étais suivie par des professionnels, toujours à l'écoute de mon corps. Quand Amaïa est sortie de là-dedans (rires), je n'avais qu'une envie : vite retrouver les terrains. Après, malheureusement, il y a eu l'épidémie... J'ai passé le confinement au Pays Basque, chez ma belle-famille. Il y avait un grand terrain, de quoi s'occuper. On a appris à travailler la terre, j'ai planté des arbres, on a fait du potager, je me suis occupée de ma petite. Je me suis aussi entraînée. Ca m'a peut-être permis d'avoir plus de temps pour moi, pour perdre du poids et revenir en meilleure forme. »

« Plus dur que de revenir d'une blessure »

Mérignac a repris l'entraînement le 6 juillet. Avez-vous vécu ce jour comme une délivrance ?

« Ca faisait cinq mois qu'on ne s'était pas vues, qu'on n'avait pas joué au handball. Tout le monde avait hâte et à cœur de retravailler ensemble, malgré tous les protocoles sanitaires à mettre en place. Se préparer individuellement, ce n'est pas pareil que d'être avec un collectif, de vivre la chose ensemble. »

Les jambes ont-elle piqué ?
« Les jambes, et tout le corps, et ça pique toujours ! Clairement, revenir d'une grossesse, c'est plus dur que de revenir d'une blessure. Tout le corps est chamboulé, tout doit se remettre dans l'axe, il y a du poids à perdre, et la fatigue. Le corps doit réapprendre à encaisser la charge de travail. Quand tu rentres à la maison, il y a un bout de chou qui t'attend mais qui ne va pas forcément te laisser dormir ou récupérer comme avant... C'est très dur, mais c'est encore plus beau. Ca se fait amplement, c'est une histoire de volonté. »

La maternité vous a-t-elle changé ?
« Je suis entièrement la même joueuse, avec encore plus de volonté et de férocité, dans le sens où j'ai été sur le côté pendant un an. Je reviens avec les dents acérées. Jouer, je n'attends que ça. Après, je sens que sur des choses qui pourraient m'énerver ou m'atteindre, je suis beaucoup plus cool qu'avant. Etre maman, ça change dans le bon sens du terme. Un jour, Amaïa était à l'entraînement parce que le mari de Stine (Svangaard) la gardait. J'avais eu un coup de pompe, j'ai tourné la tête à un moment et j'ai croisé le regard de ma fille, qui m'a souri. Ca m'a redonné tellement de force que j'ai oublié que j'étais fatiguée ! C'est quelque chose qui vous transcende. »

« Soit on teste tout le monde, soit on ne teste personne »

Comme presque partout ailleurs, le coronavirus a tronqué la préparation du MHB. Sera-ce un handicap pour la reprise ?

« Cette année, forcément, la préparation est délicate. Beaucoup de matches sont annulés par rapport au Covid, à toutes les mesures restrictives. Tu as peur de ne pas être prête pour le jour J, de ne pas avoir assez joué. Dans ces cas-là, il faut continuer à s'entraîner, redoubler d'efforts... Ca serait mentir de dire qu'on ne sera pas prêtes le 9 septembre parce que des matches amicaux ont été annulés. On est professionnelles, on fait des matches entre nous, on bosse ensemble pour être prêtes. Toutes les équipes sont dans le même cas. On sera toutes au même niveau. Cette année, c'est comme ça, on doit faire avec. J'espère juste que notre championnat ne sera pas bloqué. Il faut trouver un juste milieu dans les mesures. »

Faudra-t-il toucher beaucoup de bois pour que la saison se déroule plus ou moins normalement, aille à son terme ?

« J'entends qu'il faille des mesures sanitaires. Toutes les semaines, on a un test PCR. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on teste les professionnelles et pas les amateurs. Et il y a des amateurs dans les championnats pros et des pros dans les championnats amateurs. Forcément, il y a aura toujours des cas positifs. Alors soit on teste tout le monde, amateurs et professionnels, soit on ne teste personne, parce qu'on ne va jamais s'en sortir. Aujourd'hui, en D1, on est testées toutes les semaines. Sauf qu'entretemps, on voit des arbitres, des gens à la table de marque, des amateurs qui ont tous une vie. Et on peut se retrouver positif du jour au lendemain, en quarantaine, sans être forcément allé dans un endroit à risque. J'ai peur que ça fausse notre championnat. Je n'accuse personne, car c'est une situation hyper compliquée et je n'ai pas de solution. J'ai vraiment peur pour mon championnat, peur pour mon métier, peur pour l'économie de nos clubs. Vous imaginez une place sur deux au Mérignac HB, dans notre petit gymnase (450 places) ? »

« Prouver qu'on a notre place, différemment »

Vous avez quand même pu disputer trois matches amicaux (perdus contre Celles et Dijon, gagné contre Rochechouart) en août. Les sensations étaient-elles déjà au rendez-vous ?

« Physiquement, je pense être prête. J'ai perdu mon poids, je suis bien réathlétisée grâce à la préparation. Handballistiquement, il me faudra du temps pour retrouver mon niveau de jeu, mais je commence à avoir de bonnes sensations et ça me fait du bien. Collectivement, 85 % de l'effectif a changé. On a des choses positives et négatives. On continue de travailler dessus pour être prêtes le 9 septembre. On avance tranquillement, à notre rythme. »

L'effectif de Philippe Carrara a effectivement beaucoup bougé, avec huit renforts (Dazet, Zazai, Lignières, Falcon et Le Borgne dans les buts, etc.). Qu'apporteront-ils au collectif ?
« De la fraîcheur ! Elles sont venues dans le but de ne pas reproduire les erreurs de la saison passée, elles sont toutes motivées. Le groupe est équilibré avec de jeunes joueuses prometteuses et des joueuses d’expérience, pour ne pas dire des vieilles ! »

Après une si longue coupure, vous considérez-vous aussi comme une recrue ?

« Je suis un peu comme une recrue et une jeune joueuse, vu que je n'ai pas joué pendant un an et demi. C'est comme ça que je le ressens, mais quand je cours, mon corps me rappelle bien que j’ai 30 ans ! »

Bon dernier de LBE quand l'exercice précédent s'est arrêté (19 journées, 19 revers), Mérignac y reste cette saison. C'est une conséquence de l'élargissement de l'élite à 14 clubs. Il y a clairement une seconde chance à saisir...
« Même si tout le monde nous voyait mortes, enterrées et redescendre, je disais que le système des play-downs pouvait nous permettre de nous sauver. Là, on a une chance inouïe de repartir de zéro, de faire table rase du passé. J'y pense tous les jours. A nous de la saisir, de ne pas refaire la même saison que l'année dernière. On est en D1, et ce n'est pas pour rien qu'on y a notre place. Il faut le prouver, différemment. »

© Laurent Hoppe
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