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LBE: le masque n'est pas un artifice de séduction
LBE: le masque n'est pas un artifice de séduction
4 Septembre 2020 | France > LBE

Il faudra s'y résoudre. Le monde du handball va devoir vivre masqué. Au-delà du rendez-vous de Mardi gras, le coronavirus impose des règles que personne n'aurait imaginées il y a un an au démarrage de la saison. Les filles se sont enfermées dans une bulle qu'il va falloir rendre la plus hermétique possible. Au risque de voir une passion s'arrêter et toute une économie se fragiliser.

par Yves MICHEL

Ce jeudi, le petit monde du handball pro féminin effectuait une si particulière rentrée médiatique. Les clubs de LFH avaient délégué à la maison du handball à Créteil leur entraîneur, un de leur dirigeant et leur capitaine afin d'évoquer le début de la saison prévu le 9 septembre prochain. Seul Besançon manquait à l'appel. Raphaëlle Tervel qui effectue son dernier tour de piste à la tête des Doubistes a expliqué sur une vidéo enregistrée la veille, qu'une partie de son effectif était touché par la Covid. Il a suffi que quelques-unes des joueuses participent à une fête et soient au contact d'une seule personne testée positive pour mettre le doute dans les esprits. Toutes les activités sportives ont été annulées ainsi donc que la venue de la délégation dans le Val-de-Marne.

Qui sera le suivant ? La pandémie qui sévit depuis mars est insidieuse et le protocole sanitaire qui a été renforcé et qui prévoit désormais qu'une équipe affectée par trois cas positifs peut demander le report de son match, ne réglera pas tous les aléas.

Ce jeudi matin à Créteil, c'est surtout le masque qui cachait le minois des ambassadrices du handball national qui tenait la vedette. A chacun sa  fantaisie. Bout d'étoffe assorti au logo du club comme Paris 92 ou alors effigie du sponsor comme Nantes. A Dijon, Johanna Lathoud a passé son temps à réajuster un masque bien trop grand pour son visage élancé, Metz et Mérignac ont opté pour du classique avec une protection chirurgicale.

Le ton était donné. L'existence d'un championnat et même la survie d'un club peuvent désormais hors des terrains, dépendre d'un bout de tissu, de gestes sanitaires répétés à l'excès et d'un quotidien orchestré par un protocole sans cesse remanié. Un quotidien auquel tout le monde a du s'adapter. «C'est une situation qu'il faut intégrer et qui est particulièrement anxiogène, avoue Christophe Mazel (notre photo de tête masquée) parce qu'on la connaît mal, on se demande quel est son pouvoir de propagation, de nuisance sur la santé et donc on est à l'affût du moindre cas positif. » Sans pour autant que la stigmatisation n'atteigne l'individu ou le groupe touché, ce qui aurait selon le technicien dijonnais, un effet bien plus dévastateur que le virus lui-même. « Il ne faut pas que ceux sur qui ça tombe, culpabilisent. Ce n'est pas une maladie honteuse. L'exemple des joueurs de foot qui l'ont attrapée est excessivement commenté. Ils sont pointés du doigt comme si c'était des criminels. On l'est si on est conscient de porter le virus et de rendre visite à un proche dans un Ehpad. » En Côte d'Or, un des 22 départements classé en zone de vulnérabilité élevée, le club féminin a pour le moment été épargné même si quatre de ses huit matches amicaux initialement prévus ont été annulés à cause d'un adversaire suspecté positif. « On fait tout pour. On a trouvé un laboratoire qui accepte de prendre en charge tous les prélèvements virologiques (PCR) mais jusqu'à quand vu le nombre croissant de gens qui viennent spontanément se faire tester ? Peut-être va-t-il falloir modifier la règle des 72 h ? Ce qu'il faut, c'est se faire tester régulièrement. Une fois par semaine ne serait-ce pas suffisant ? » Si Dijon comme la plupart des formations de LFH n'éprouvent aucune difficulté en matière de dépistage systématique, d'autres sont à la peine pour renouveler les rendez-vous, c'est le cas notamment à Mérignac.

D'où l'inquiétude de l'entraîneur Philippe Carrara (ci-dessus). «On doit s'inscrire sur internet et chacun des dossiers est traité par ordre de priorité. Le laboratoire s'est même étonné qu'on soit obligé de faire le test toutes les semaines. Il estime qu'à la base, le sportif prélevé était en bonne santé. Du coup, nous ne sommes pas prioritaires. » Le tout rehaussé par la situation d'un département, la Gironde classé en zone rouge. « On pourrait à terme se retrouver dans le cas extrême de se présenter à un match sans avoir de tests effectués dans les délais, faute de laboratoire. Il y a la solution du CHU mais c'est 3h minimum d'attente avec le risque de refus parce que le quota journalier a été atteint. Une fois l'examen pratiqué, il y a le résultat qui doit être connu au moins la veille du match. » Récemment sur une rencontre amicale dans l'ouest de la France, un arbitre n'a pas attendu les résultats, a dirigé la confrontation mais a été déclaré positif le lendemain. Toutes les personnes qu'il a croisées ce soir-là n'en ont heureusement pas subi les conséquences. La raison et la prudence doivent l'emporter même au sein des clubs les plus huppés, les mieux armés financièrement qui malgré une vigilance accrue n'ont pas été épargnés. A la mi-août, Metz a révélé un nouveau cas positif  après avoir été affecté au printemps. La préparation a été chamboulée, matches amicaux et certaines séances d'entraînement annulés. « On est quand même satisfait d'avoir pu reprendre, s'empresse de souligner le président mosellan Thierry Weizman (ci-dessous démasqué) On multiplie les tests, les résultats arrivent dans les délais, on n'a pas de soucis de ce côté-là. » Cela aide quand le patron du club est médecin et de surcroît travaille dans une clinique. « Tout le monde est formé aux gestes barrière, dans les Arènes, on fait en sorte de ne pas rencontrer les autres sportifs, les entrées et les sorties sont matérialisées. Les joueuses ont compris la nécessité de se préserver, elles n'ont pas envie de manquer un match. Surtout que la saison est sur le point de démarrer. »



Du côté de Brest, prétendant comme Metz à tous les accessits nationaux et européens, le discours est similaire. L'encadrement se voit avant tout pédagogue, sans céder à une sinistrose qui ne ferait que ternir l'ambiance et ce, malgré une reprise éprouvée par des cas déclarés. « Ce n'est pas simple, reconnaît Laurent Bezeau le coach breton, car on sent que cela peut rajouter certaines iniquités sportives. Dans un championnat où le moindre point perdu pourra avoir de fâcheuses conséquences. En plus, on remarque que les ARS (Agences Régionales de Santé) n'ont pas la même lecture selon les régions. » L'approche est empirique dans un système où l'uniformité est loin d'être la règle. Qui plus est lorsque les frontières sont franchies. « Le 12 septembre par exemple, on est sensé accueillir Valcea, on n'a aucune information sur la Roumanie par rapport à la gestion du virus, ça a l'air d'être très chaotique, certains pays comme la Hongrie ont fermé leur frontière même si des garanties ont été apportées pour la tenue des rencontres sportives, on peut se retrouver au cœur d'une chaîne de transmission qu'il sera difficile de casser, il y a aussi les déplacements, la fatigue et la récupération à gérer. De toute façon, tu peux prendre toutes les mesures possibles, il y aura toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête des filles. » Et comme pour remettre toute l'assemblée face à la réalité d'une situation critique à l'issue incertaine, Camille Comte, de Bourg de Péage a préféré secouer les esprits. « Aucun territoire n'est touché de la même façon et je ne vois pas l'intérêt de participer à une conférence de rentrée où la tendance serait de dire que tout va bien se passer. On veut revivre des émotions passées, on veut sentir le public derrière nous, c'est légitime mais cela nous empêche d'être clairvoyants sur l'avenir. Cette conférence ressemblait à celle de l'an dernier, il est nécessaire de vendre le championnat mais attention, les risques existent et ils sont importants. Il faut vraiment mesurer la réalité du terrain dans la lecture qu'on va avoir de ce championnat. Est-ce que cela va être un spectacle sécurisé pour les joueuses ?  Dans quel état seront les équipes qui n'ont pas eu d'opposition depuis 10 jours ?  Il faut que l'équité soit garantie au maximum. » Le technicien drômois reste convaincu que face à une situation exceptionnelle, l'ordre établi doit être corrigé. Que la réaction face au moindre problème soit immédiate. « On a besoin que les matches aient lieu. Avec le club, on est même prêt à changer d'adversaire si jamais celui qui est prévu a des gens positifs. Si une autre équipe se retrouve dans le même cas que nous, je suis d'accord pour l'affronter et sauver notre journée de championnat. Il faut assurer la continuité du travail, assurer la recette, maintenir le public en haleine. Il faut être prêt à des choses qui n'existaient pas avant. Cela ne pourra pas être possible tout le temps mais si on peut surmonter les problèmes d'organisation, il faut ne pas hésiter. » La saison dernière, 19 matches avaient pu avoir lieu avant le coup d'arrêt général, Bourg de Péage faisant partie des dernières équipes, le 6 mars à avoir fouler le parquet toulonnais.



L'impatience a balayé la frustration

Elles attendent ce moment depuis très exactement six mois. La néo nantaise ex brestoise Laurie Fontaine-Carretero (ci-dessus) et la néo parisienne ex messine Laura Flippes (un peu plus bas) veulent à nouveau stimuler leur adrénaline, frissonner aux encouragements d'un public survolté, pleurer de joie, crier leur colère après un loupé, peu importe mais que cette saison 2020-2021 commence enfin !

C'est le début d'une saison obligatoirement atypique ?

Laurie Fontaine Carretero : Depuis que je suis pro, j'ai passé du temps dans les clubs, excepté l'an dernier à Brest (7 mois de compét) et là, on tombe un peu dans l'inconnu et chaque match peut être le dernier. L'arrêt a été soudain.

Laura Flippes : Oui mais il faut tenter de faire abstraction des points négatifs même si cela va être quasiment impossible à faire.

Par quel sentiment es tu passée ?

LFC : une très grosse frustration car on n'était pas préparé à ça. A Brest, on avait plein d'objectifs et cela se passait plutôt bien. Ces dernières semaines, on a fait une très grosse préparation, très longue, on a voulu mettre tous les arguments de notre côté.

LF : J'étais à Metz et comme c'était ma dernière saison (après 7 ans passés en Moselle), j'avais à cœur de bien terminer et on était bien placée. Donc c'est rageant de n'avoir pu mener cette mission à bien, il a fallu se résigner.

Qu'est ce qui a changé au quotidien ?

LFC : Pas grand chose en fait. Je suis resté sur un rythme classique. Entraînement, repos, récupération, j'ai pris du temps pour moi. D'habitude, on essaie de se déplacer, d'aller voir la famille, les amis mais là, cela a été limité et surtout j'ai évité au maximum les endroits où il y avait beaucoup de monde.

LF : Il faut faire attention à beaucoup plus de choses dans son environnement. J'ai choisi de partir loin de ma famille donc la tentation d'être constamment au contact est un souci en moins. J'ai pris de nouvelles marques et ça va tout seul.

Il y a aussi un changement de cadre de vie…

LFC : C'est vrai, il y a des repères à recréer mais Nantes, je connais, mon copain y a joué (un certain Théo Derot) deux ans et il a pu me montrer quelques endroits. Je ne suis pas arrivée en terre inconnue. Pareil au niveau de l'effectif, je connaissais quelques joueuses.

LF : Il y a ces tests qu'il faut désormais faire de façon régulière. C'est assez stressant car on y va et ensuite il faut attendre le résultat pour savoir si on peut continuer à s'entraîner, faire un match ou pas, ce n'est pas évident à vivre au quotidien. Et puis ce coton-tige dans la narine, ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable ! (rires)



Le confinement a-t-il été perturbant ?

LFC : Non parce que je suis allé le passer à Nîmes chez ma mère, il y avait de l'espace, de quoi m'entretenir physiquement avec une salle de muscu à la maison et au final, je ne me suis pas tant ennuyée que ça.  

LF : Non, pas vraiment car depuis longtemps je me suis imposée une certaine hygiène de vie. Je sais que je ne peux pas sortir tous les soirs, qu'il y a des sacrifices à faire et c'est naturel. J'aime ce que je fais et comme mon corps est mon outil de travail, il y des excès à éviter.

L'incertitude de la reprise, comment l'as-tu vécue ?

LFC : Cela a été très long. Plusieurs questions se sont posées , il y avait un énorme flou. Ce qu'on sait, c'est que c'est la semaine prochaine, à Plan de Cuques avec des spectateurs en espérant que tout le monde respecte les gestes barrière pour que cela se passe au mieux.

LF : Plus ça se rapproche (la date du 6 septembre), plus on a envie que ça redémarre. Les matches amicaux ne remplacent pas la compétition.

T'es tu surprise à changer certaines de tes habitudes ?

LFC : Ah oui, carrément, mes sorties sont plus limitées. Si j'avais envie d'aller boire un café en bas de chez moi, le matin du match, ce n'est plus d'actualité. Le café, je le prends à la maison. Ya les contacts aussi. On ne se fait plus la bise entre collègues, on garde le masque pour se parler. Et puis le corps te fait comprendre aussi qu'il te faut savoir doser les efforts.

LF : on fait plus attention, évidemment.

Il y a aussi l'appréhension que la saison peut s'arrêter à tous moments ?

LFC : on en parle même entre joueuses. On a eu une préparation tronquée avec des matches, des tournois annulés, donc quand la phase officielle va débuter, on s'attend à tout. Ce qui va être dur à encaisser c'est la soudaineté d'une éventuelle annulation et qu'on doit rester bloquées en vase clos. On va disputer l'EHF en novembre, là aussi, il y a un grand point d'interrogation selon le pays où on devra aller. En fait, je prends au jour le jour et je travaille comme si j'étais sûre d'aller jusqu'au bout de la saison.

LF : On reste dans le flou sur l'articulation du championnat sur la durée de la saison. Il va falloir soigner l'aspect sportif, la performance mais en plus, redoubler de vigilance sur nos faits et gestes. C'est un peu stressant parce qu'on mesure à quel point on peut sanctionner l'équipe si on fait n'importe quoi à côté de notre activité. Cette année, l'expression « vivre match après match » va prendre tout son sens.



© Yves Michel
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